du 22 janvier au 7 février 2002

au Théâtre Les Ateliers, Lyon


une pièce de
Margarit Minkov
Mise en scène
Véronique Bellegarde
Texte français Tséna Miléva
avec Jean-Quentin Châtelain et Catherine Matisse


Production Théâtre Vidy-Lausanne
Texte inédit traduit par la Maison Antoine Vitez, et lu lors du cycle de Lectures des dramaturgies d’Europe de l’Est au Festival d’Avignon 2000
La pièce sera créée le 8 janvier 2002 au Théâtre de Vidy-Lausanne



Margarit Minkov (1947-1997), bulgare, écrivit La cheminée à l'époque de la chute du mur de Berlin : un signe d'espérance et de changement politique imminent, qui devint peu à peu illusoire. Cette sensation de trompe-l'oeil, de perte des repères, est parfaitement incarnée par l'appartement en pente d'Iris et Henri, les deux protagonistes de La Cheminée : outre une fenêtre tentatrice, seule ouverture vers le "dehors" craint et interdit, et une cheminée vide, il y a une porte inexistante, peinte sur le mur, mais qui existe si l'on veut bien y croire.

Iris et Henri, enfermés là depuis un temps indéfini, discutent, se disputent, se bercent de mots et d'illusions, fouillant leur mémoire en quête de leur histoire commune : leurs esprits, comme dans une nébuleuse, ne parviennent plus à dire qui ils sont, où ils sont et comment ils ont atterri là, alors que la porte est un mur... La folie émergente du couple, signalée par de multiples symptômes, frappe et dérange : sentiments exacerbés, paranoïa récurrente, rires ou pleurs hystériques, spasmes abdominaux, digressions abracadabrantes, qui s'enroulent dans un cercle infini, vrais et faux mensonges, quiproquos sans queue ni tête...
Peu à peu, les mots en perdent leur sens et leur cohésion et ce vide langagier est comme la métaphore du vide qui suffoque deux êtres en perdition, qui, paradoxalement, ne cessent de se raccrocher aux mots. Iris se perd dans d'étranges élucubrations existentielles ; Henri se gargarise de ces mots qui sont comme un rempart contre un ennemi invisible ; il aime à rabrouer Iris, à ironiser sur son ignorance. Mais sous son apparence d'intellectuel sentencieux et rigoriste, se dissimule une bête apeurée, qui se réfugie sous le canapé dès que la situation devient critique. Dans La Cheminée, le langage a une authentique fonction dramaturgique ; il est le troisième personnage, celui qui sauve ses semblables en les maintenant en éveil, à l'affût des paroles ou du silence de l'autre.
Leurs disputes mesquines (le chien s'est-il vraiment suicidé ? et a-t-il vraiment existé ?) et sentimentales (qui sont cette Hilda et ce John, que Henri semble si bien connaître ?) tournent au vinaigre et l'on rit de l'incommunicabilité pathologique du couple, de leur impossible harmonie et des joutes verbales réalistes et absurdes tout à la fois. Mais petit à petit, sans que l'on en prenne d'abord conscience, un glissement subtil s'opère, du drame domestique, de la névrose quotidienne à la fable politique, acide et implacable. Une terreur inexplicable s'empare de Henri, tourmenté à l'idée d'avoir commis un crime subversif et pourtant dérisoire à nos yeux. La peur animale qui l'envahit nous fait mesurer l'ampleur du pouvoir étatique totalitaire qui submerge leur existence et les empêche d' "être". Une seule échappatoire demeure, un trou béant dans le mur du fond, la fameuse cheminée...
Les messages de l'auteur s'infiltrent habilement dans le chaos construit de la pièce, une oeuvre cohérente en dépit de l'apparente démence des personnages (incarnés par Jean-Quentin Châtelain et Catherine Matisse, deux comédiens au jeu parfait et ambigu à souhait). Une folie qui dénonce, sans ambages, avec une poésie mêlée de sarcasme, le pouvoir répressif d'un état, jamais nommé, mais dont on comprend qu'il brise des vies en s'insinuant dans l'esprit et le quotidien des citoyens, rendant ainsi
la condition humaine encore plus insupportable.

B. Longre
(janvier 2002)


Margarit Minkov (1947-1997) commence par écrire pour la radio, puis la télévision. Ses pièces se distinguent par leur humour pétillant et un sens du dialogue brillant. Deux d’entre elles remportent des prix importants, qui le placent à la tête du Bureau littéraire
du Théâtre « Larme et Rire » de Sofia. Des restrictions budgétaires l’obligent à quitter son poste en 1996. Ses pièces ont été jouées en République Tchèque, en Russie, au Canada, en Suisse, en Autriche et en Macédoine.


Théâtre Les Ateliers

5, rue du petit david
69002 Lyon
réservations 04 78 37 46 30


Théâtre Les Ateliers
http://www.theatrelesateliers.com

http://www.theatre-contemporain.net/cv/bellegarde/pdgvb.htm

http://www.solitairesintempestifs.com/minkov/cheminee/presentation.htm