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Production Théâtre Vidy-Lausanne
Texte inédit traduit par la Maison Antoine Vitez,
et lu lors du cycle de Lectures des dramaturgies dEurope de
lEst au Festival dAvignon 2000
La pièce sera créée le 8 janvier 2002 au
Théâtre de Vidy-Lausanne
Margarit Minkov (1947-1997), bulgare, écrivit La cheminée
à l'époque de la chute du mur de Berlin : un signe
d'espérance et de changement politique imminent, qui devint
peu à peu illusoire. Cette sensation de trompe-l'oeil, de
perte des repères, est parfaitement incarnée par l'appartement
en pente d'Iris et Henri, les deux protagonistes de La Cheminée
: outre une fenêtre tentatrice, seule ouverture vers le "dehors"
craint et interdit, et une cheminée vide, il y a une porte
inexistante, peinte sur le mur, mais qui existe si l'on veut bien
y croire.
Iris et Henri, enfermés là depuis un temps indéfini,
discutent, se disputent, se bercent de mots et d'illusions, fouillant
leur mémoire en quête de leur histoire commune : leurs
esprits, comme dans une nébuleuse, ne parviennent plus à
dire qui ils sont, où ils sont et comment ils ont atterri
là, alors que la porte est un mur... La folie émergente
du couple, signalée par de multiples symptômes, frappe
et dérange : sentiments exacerbés, paranoïa récurrente,
rires ou pleurs hystériques, spasmes abdominaux, digressions
abracadabrantes, qui s'enroulent dans un cercle infini, vrais et
faux mensonges, quiproquos sans queue ni tête...
Peu à peu, les mots en perdent leur sens et leur cohésion
et ce vide langagier est comme la métaphore du vide qui suffoque
deux êtres en perdition, qui, paradoxalement, ne cessent de
se raccrocher aux mots. Iris se perd dans d'étranges élucubrations
existentielles ; Henri se gargarise de ces mots qui sont comme un
rempart contre un ennemi invisible ; il aime à rabrouer Iris,
à ironiser sur son ignorance. Mais sous son apparence d'intellectuel
sentencieux et rigoriste, se dissimule une bête apeurée,
qui se réfugie sous le canapé dès que la situation
devient critique. Dans La Cheminée, le langage
a une authentique fonction dramaturgique ; il est le troisième
personnage, celui qui sauve ses semblables en les maintenant en
éveil, à l'affût des paroles ou du silence de
l'autre.
Leurs disputes mesquines (le chien s'est-il vraiment suicidé
? et a-t-il vraiment existé ?) et sentimentales (qui sont
cette Hilda et ce John, que Henri semble si bien connaître
?) tournent au vinaigre et l'on rit de l'incommunicabilité
pathologique du couple, de leur impossible harmonie et des joutes
verbales réalistes et absurdes tout à la fois. Mais
petit à petit, sans que l'on en prenne d'abord conscience,
un glissement subtil s'opère, du drame domestique, de la
névrose quotidienne à la fable politique, acide et
implacable. Une terreur inexplicable s'empare de Henri, tourmenté
à l'idée d'avoir commis un crime subversif et pourtant
dérisoire à nos yeux. La peur animale qui l'envahit
nous fait mesurer l'ampleur du pouvoir étatique totalitaire
qui submerge leur existence et les empêche d' "être".
Une seule échappatoire demeure, un trou béant dans
le mur du fond, la fameuse cheminée...
Les messages de l'auteur s'infiltrent habilement dans le chaos construit
de la pièce, une oeuvre cohérente en dépit
de l'apparente démence des personnages (incarnés par
Jean-Quentin Châtelain et Catherine Matisse, deux comédiens
au jeu parfait et ambigu à souhait). Une folie qui dénonce,
sans ambages, avec une poésie mêlée de sarcasme,
le pouvoir répressif d'un état, jamais nommé,
mais dont on comprend qu'il brise des vies en s'insinuant dans l'esprit
et le quotidien des citoyens, rendant ainsi la
condition humaine encore plus insupportable.
B.
Longre
(janvier 2002)
Margarit Minkov (1947-1997) commence par écrire pour
la radio, puis la télévision. Ses pièces se
distinguent par leur humour pétillant et un sens du dialogue
brillant. Deux dentre elles remportent des prix importants,
qui le placent à la tête du Bureau littéraire
du Théâtre « Larme et Rire » de
Sofia. Des restrictions budgétaires lobligent à
quitter son poste en 1996. Ses pièces ont été
jouées en République Tchèque, en Russie, au
Canada, en Suisse, en Autriche et en Macédoine.
Théâtre Les Ateliers
5, rue du petit david
69002 Lyon
réservations 04 78 37 46 30

Théâtre
Les Ateliers
http://www.theatrelesateliers.com
http://www.theatre-contemporain.net/cv/bellegarde/pdgvb.htm
http://www.solitairesintempestifs.com/minkov/cheminee/presentation.htm
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