Porte-poisse
Titre original : Jinx
Traduit de l’anglais (Australie)
par Jean Rosenthal

Christian Bourgois Éditeur, 2003

 

Un regard poétique sur l’adolescence

En Australie, Margaret Wild est l’un des auteurs pour enfants les plus populaires. Elle a publié plus de quarante ouvrages illustrés dont certains ont reçu les prix les plus prestigieux de la littérature pour jeunesse (deux albums, Fox et Les couleurs de la vie sont parus à l’Ecole des Loisirs). Avec Porte-poisse, c’est à un tout autre genre qu’elle s’attaque : la vie d’une adolescente écrite sous la forme d’environ 200 courts poèmes (rarement plus d’une page chacun) en vers non rimés.
La Poisse ne s’est pas toujours appelée ainsi ; au début du livre, elle se prénomme Ginnie et vit chez sa mère avec sa sœur Grace, mentalement attardée (le handicap de cette dernière a provoqué le départ du père, « le Salopard », comme le surnomme sa fille). Comme toutes les autres adolescentes, elle a ses amies : Connie – lesbienne –, Séréna – totalement ignorée par ses parents – ou la toujours sage Suzon ; elle a aussi un petit ami, Charlie, un beau gosse qui au fond de lui est très mal dans sa peau :

« Lentement je me rase,
et je regarde pétrifié
ce masque souriant si familier.
Je voudrais
l’arracher
mais j’ai peur
de ce qui se cache derrière. »


Celui-ci se pend quelques mois plus tard, ce qui laisse Ginnie profondément choquée ; elle qui était une bonne élève se met à faire l’école buissonnière et va retrouver des garçons, la nuit, dans un parc voisin. C’est ainsi qu’elle rencontre Ben, un adolescent complexé par sa petite taille, avec qui elle essaye d’oublier Charlie :

« Nous sourions
Il n’est vraiment pas grand
Mais il a une bonne tête.
Je sens bien qu’il voudrait m’inviter à sortir.
Et je crois que je dirais oui. »


Un jour, Ben bouscule Hal qui a alors le malheur de lui dire « Petit, fais gaffe » ; furieux, Ben trébuche et se fend le crâne sur le trottoir. Désormais, Ginnie adopte ce surnom donné par les autres : La Poisse ; refusant de croire à un accident, elle harcèle les parents de celui qu’elle considère comme un assassin de coups de fils anonymes. Plus tard, elle fait la connaissance de ce même Hal dont elle tombe aussitôt amoureuse ; mais elle aura bien du mal à lui avouer son forfait.
Ce roman très original, au style audacieux, est plein de justesse. Le thème du suicide ou du mal de vivre chez les adolescents n’est pas nouveau mais grâce à l’utilisation des vers blancs, Margaret Wild a soigneusement dû choisir chacun des mots utilisés et Porte-Poisse ne verse jamais dans le moralisme. Les relations entre Ginnie et le reste de sa famille sont particulièrement touchantes et finement analysées, que ce soit les passages concernant Grace, la sœur mongolienne ou « le Salopard ». Malgré la gravité du sujet, l’auteur a su alterner des poèmes à l’humour caustique – concernant la plupart du temps les amies de Ginnie – avec d’autres dépeignant avec délicatesse et retenue la poignante douleur des proches des disparus.
Porte-Poisse est un livre à la beauté âpre et rare, à savourer lentement.

Anne Weber
(mars 2003)

Christian Bourgois
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http://www.kanemiller.com/corp/wild.asp

http://www.allen-unwin.com.au/authors/apWild.asp