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Un regard
poétique sur l’adolescence
En Australie,
Margaret Wild est l’un des auteurs pour enfants les plus populaires.
Elle a publié plus de quarante ouvrages illustrés
dont certains ont reçu les prix les plus prestigieux de la
littérature pour jeunesse (deux albums, Fox
et Les couleurs de la vie sont parus à
l’Ecole des Loisirs). Avec Porte-poisse,
c’est à un tout autre genre qu’elle s’attaque
: la vie d’une adolescente écrite sous la forme d’environ
200 courts poèmes (rarement plus d’une page chacun)
en vers non rimés.
La Poisse ne s’est pas toujours appelée ainsi ; au
début du livre, elle se prénomme Ginnie et vit chez
sa mère avec sa sœur Grace, mentalement attardée
(le handicap de cette dernière a provoqué le départ
du père, « le Salopard », comme le surnomme sa
fille). Comme toutes les autres adolescentes, elle a ses amies :
Connie – lesbienne –, Séréna – totalement
ignorée par ses parents – ou la toujours sage Suzon
; elle a aussi un petit ami, Charlie, un beau gosse qui au fond
de lui est très mal dans sa peau :
« Lentement je me rase,
et je regarde pétrifié
ce masque souriant si familier.
Je voudrais
l’arracher
mais j’ai peur
de ce qui se cache derrière. »
Celui-ci se pend quelques mois plus tard, ce qui laisse Ginnie profondément
choquée ; elle qui était une bonne élève
se met à faire l’école buissonnière et
va retrouver des garçons, la nuit, dans un parc voisin. C’est
ainsi qu’elle rencontre Ben, un adolescent complexé
par sa petite taille, avec qui elle essaye d’oublier Charlie
:
« Nous sourions
Il n’est vraiment pas grand
Mais il a une bonne tête.
Je sens bien qu’il voudrait m’inviter à sortir.
Et je crois que je dirais oui. »
Un jour, Ben bouscule Hal qui a alors le malheur de lui dire «
Petit, fais gaffe » ; furieux, Ben trébuche
et se fend le crâne sur le trottoir. Désormais, Ginnie
adopte ce surnom donné par les autres : La Poisse ; refusant
de croire à un accident, elle harcèle les parents
de celui qu’elle considère comme un assassin de coups
de fils anonymes. Plus tard, elle fait la connaissance de ce même
Hal dont elle tombe aussitôt amoureuse ; mais elle aura bien
du mal à lui avouer son forfait.
Ce roman très original, au style audacieux, est plein de
justesse. Le thème du suicide ou du mal de vivre chez les
adolescents n’est pas nouveau mais grâce à l’utilisation
des vers blancs, Margaret Wild a soigneusement dû choisir
chacun des mots utilisés et Porte-Poisse ne verse jamais
dans le moralisme. Les relations entre Ginnie et le reste de sa
famille sont particulièrement touchantes et finement analysées,
que ce soit les passages concernant Grace, la sœur mongolienne
ou « le Salopard ». Malgré la gravité
du sujet, l’auteur a su alterner des poèmes à
l’humour caustique – concernant la plupart du temps
les amies de Ginnie – avec d’autres dépeignant
avec délicatesse et retenue la poignante douleur des proches
des disparus.
Porte-Poisse est un livre à la
beauté âpre et rare, à savourer lentement.
Anne
Weber
(mars 2003)

Christian
Bourgois
http://www.christianbourgois-editeur.fr
http://www.kanemiller.com/corp/wild.asp
http://www.allen-unwin.com.au/authors/apWild.asp
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