The Blind Assassin
Virago, 2001

Le tueur aveugle
10/18, juin 2003

 

La fortune des Chase, par une conteuse née

La notoriété de la littérature canadienne anglophone repose en grande partie sur quelques auteures majeures, dont Carol Shields, Alice Munro et Margaret Atwood. Alors que paraît son tout nouveau roman, Oryx and Crake, attardons-nous sur l'avant-dernier, The Blind Assassin, qui nous transporte, une fois encore, dans l'infini vertige de la littérature. Dire qu'il a reçu le Booker prize en 2000 ne peut suffire à prouver ses qualités - même si ceci en est généralement un gage.
The Blind Assassin procède à la façon d'un jeu de mémoire complexe et palpitant, truffé d'histoires à tiroirs et construit comme un long puzzle, mis en place par une vieille femme, la narratrice, qui, avant de mourir, est bien décidée à coucher sur le papier, d'une main arthritique mais sereine, ce que personne n'a jamais su ou deviné sur son compte et sur celui de sa jeune soeur, Laura. Iris Chase Griffen revient sur la mort suspecte de Laura, survenue quarante ans plus tôt, puis sur leur enfance et leur jeunesse, passée dans une grande demeure de Port Ticonderoga, au Canada ; Avilion, où planait l'ombre d'Adelia, leur grand-mère, incarnation de la splendeur passée du domaine et des Chase, notables, industriels ; une mère disparue trop tôt, la tendresse bourrue de Reenie, la gouvernante, l'alcoolisme et la raideur d'un père qui ne s'est jamais remis de la première guerre mondiale et de son expérience des tranchées.

Tandis Qu'Iris et Laura grandissent, souvent livrées à elles-mêmes et que la fortune des Chase s'évanouit, puis est frappée par la grande dépression, d'autres personnages entrent peu à peu en scène : Alex Thomas, un jeune idéaliste que l'on soupçonne d'être communiste et qui fascine la jeune Laura ; Richard Griffen, un affairiste, opportuniste et sa terrible sour Winifred. Les souvenirs d'Iris sont entrecoupés de coupures de presse qui font référence à sa famille (le regard glacial et superficiel que le monde porte sur les nantis) et les chapitres s'un roman publié de façon posthume, écrit par Laura Chase avant sa mort, qui s'intitule justement, The blind assassin : une histoire d'amour secrète, en tous points autobiographique, dans laquelle on retrouve un amant, inventif conteur à ses heures, qui raconte à sa maitresse, lors de leurs furtives rencontres, une histoire mêlant science-fiction et chronique antique et qu'il a intitulée The blind assassin...

Ce n'est certainement pas la première fois que l'auteure propose un roman aussi déroutant et inoubliable : les mises en abîme y sont traitées avec talent (le lecteur se laisse faire, transporté d'un monde à l'autre), la civilisation de Sakiel-Norm qui comporte quelques clins d'oeil à La servante écarlate (The Handmaid's Tale), est digne d'un grand récit d'anticipation ou d'heroic fantasy et surtout, on retrouve, tout au long du roman, une réflexion approfondie sur la fonction de l'écriture et du langage ; pour toutes ces raisons, The Blind Assassin est à placer parmi les grandes créations de Margaret Atwood, au même titre que Cat's eye ou que Life before Man.

B. Longre
(septembre 2003)

http://www.virago.co.uk

http://www.web.net/owtoad/welcome.html

http://www.zone-litteraire.com/entretiens.php?art_id=362

http://www.cariboo.bc.ca/atwood/