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Le
droit à la couleur…
Après
le Canada, le Brésil, l’Italie, ou encore l’Allemagne,
La historia de los colores voit enfin
le jour en France – et ce en grande partie grâce à
l’obstination de Thierry Lenain,
qui était sur le point d’acheter les droits de l'ouvrage
quand les éditions Syros ont accepté le projet : publier
cet album jeunesse "raconté" par le sous-commandant
Marcos, illustré par Domi, traduit et postfacé par
Françoise Escarpit, journaliste spécialiste de l’Amérique
Latine, qui connaît bien le Chiapas et la lutte zapatiste.
Dans la foulée,
les éditions Syros publient Marcos sous le passe-montagne,
un ouvrage documentaire très complet qui
reprend une vingtaine de discours de Marcos, accompagnés
de cartes, chronologies et rétrospectives historiques et
politiques parfaitement présentées et agencée
: utile pour qui veut comprendre le mouvement zapatiste et le combat
de l’Armée de libération qui s’est fait
connaître début 1994 en prenant villes et villages
du Chiapas, un état du sud du Mexique : « une insurrection
indienne contre l’Etat mexicain », pour la défense
des Indiens mais aussi de tous les démunis et de tous les
oubliés – une manière de leur donner la parole
et de faire entendre un discours de justice et de dignité
face à un libéralisme sans âme.
La
grande histoire des couleurs se présente comme
une rencontre entre Marcos et un vieux conteur indien, qui narre
comment les couleurs sont venues au monde et sont depuis conservées
par le perroquet, emblème de ce conte des origines de facture
classique mais qui contient une belle leçon, pluraliste,
humaniste et lucide — à savoir que chacun, quelles
que soient sa couleur et ses idées, doit pouvoir être
entendu et respecté :
«
les couleurs, comme les idées, sont nombreuses »
et les hommes et les femmes « trouveront le bonheur
quand toutes ces couleurs et toutes ces idées auront une
place dans le monde. »
Les couleurs
sont des richesses, à partager équitablement, à
respecter… Nulle diatribe politique ou propagande idéologique
ne vient alourdir la limpidité du récit, qui ne fait
que prôner le droit à la diversité et s'opposer
à toute uniformisation (mondialisation ?) ; un album illuminé
par les couleurs chaudes et intenses des illustrations de l’artiste
Domi, indienne mazatèque, qui prend part à la lutte
zapatiste depuis plusieurs années ; des traits fluides et
appuyés tout à la fois, des aplats entrecoupés
de parties grattées, qui apportent relief et mouvement, des
personnages figés mais expressifs… un naïvisme
d’une grande maturité esthétique, en parfaite
harmonie avec la clarté du conte et ses multiples significations
sous-jacentes.
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Ce
bel ouvrage s’adresse aux enfants mais aussi à
tous, et Marcos, en rapportant une parabole universelle que
lui a transmise Antonio, mort en 1994, ne revendique rien
(il refuse même de percevoir des droits d’auteur)
et se fait uniquement passeur, les mots et les histoires devant
être libres d’aller et de venir, d’être
échangés et partagés, pour le bien commun.
Une position utopique ? Peut-être… mais vivifiante
et vitale.
Blandine
Longre
(mai 2006) |
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

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http://www.co-errances.org/article.php3?id_article=690 |