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Depuis Warrant,
son premier ouvrage publié en 1967 par J.-J. Pauvert, le
chemin de Manz'ie, semé de fulgurances et de mystères,
de ralentis et d'accélérations, l'a mené (nous
a menés) jusqu'à une trilogie achevée comme
il se doit en trois temps, et si on calcule bien en près
de vingt ans : La fille du rabbin, œuvre composée
de trois « romans » : Répertoire pour un Piaf masculin,
En bas de la mer, La fille du grand rabbin de l'éternité.
Occupons-nous
du premier temps, consacré à la présentation
de l'oeuvre de Saxophone-Saxe, « chanteur sur papier », héros
de la trilogie. Roman, nous informe la couverture, mais cette réduction
du livre à un genre particulier en dit trop peu. Le récit,
exigeant et flamboyant, éclate jusqu'à saturation
dans le rythme des paroles dites-écrites, et à l'instar
de toute identité imposée à l'homme par la
société, l'oeuvre rejette toute définition
que voudrait lui imposer la critique. Saxophone-Saxe, dit l'auteur,
« est capable de produire des choses étonnantes, extraordinaires,
mais elles lui explosent à la figure. » La figure du
lecteur, quant à elle, n'est pas épargnée par
ces explosions. En éclats sonores étonnants et détonants,
les mots imposent leur rythme, leur tonalité, leurs harmoniques,
avant de se soucier de toute signification ; celle-ci s'impose peu
à peu par le dedans des phrases, modelées au gré
des méandres syntaxiques et des chocs verbaux. « Je suis
pas un écrivain qui pose des mots sur du papier. Je les attrape
au vol. Je les note tout haut. […] J'ai rendez-vous sur mon instrument
de parole comme si la musique renversée partout – il n'y
a pas moyen de l'éponger – continuait à rouler »,
avoue le musicien de l'écriture urbaine. La narration se
fait poème, le poème se fait musique, la musique se
fait rythme obsessionnel, comme le refrain du métro dans
le chapitre (chapitre ? couplet ? mouvement ?) intitulé « (métropolitain
cauchemar dream avec chômeur parolier) » : « Je bourlingue
la nuit dans le métro, station arrêt cauchemar, Denfert
est en enfer – je bourlingue ma vie dans le métro ».
On n'en finirait
pas de citer des extraits de ce Répertoire, comme pour réentendre
sans cesse les mélodies choisies d'une partition ; pas seulement
les réentendre, mais les interpréter et réinterpréter,
se les jouer et rejouer intérieurement, dans la secrète
solitude de l'audition, en se disant que tout commentaire est superflu.
J.P.
Longre
Jean-Pierre
Longre, maître de conférences en littérature
du XXème siècle à l'Université Jean
Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical.
Il participe actuellement à l'édition des romans de
Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur
les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

Chez
Pétrelle : Me suis fait tout seul de Thibault
De Vivies
Editions
Pétrelle
http://www.editionspetrelle.fr
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