In a German Pension
(Hesperus Press, 2003)


Comment profiter au mieux d’une cure

Nous sommes dans les années 1910. Une jeune écrivaine anglaise séjourne, pour faire le plein de bon air et d’exercice, dans une pension de famille bavaroise. Elle ne peut éviter les autres pensionnaires, souvent envahissants, parfois désagréables. Qu’à cela ne tienne, elle les supporte le plus aimablement possible, les observe, et en tire le sujet d’un recueil de nouvelles. Autant d’aperçus de la bourgeoisie allemande de l’époque.
Une riche industrielle effectue tous les ans sa cure à Dorschausen. Elle arrive toujours munie d’un sac contenant mouchoirs, eau de Cologne, sans oublier les cure-dents. Elle n’oublie pas non plus de dispenser des conseils péremptoires à une veuve affligée de cinq filles, ou à la jeune anglaise, qui doit s’inventer un mari marin pour échapper aux questions sur sa solitude suspecte.
Une dame élégante se fait passer pour la sœur d’une baronne – c’est sa femme de chambre. Une dame Savante méprise l’ignorance de ses semblables. On voit aussi une jeune fille quelque peu écrasée par sa séduisante mère, un vrai baron qui ne parle à personne, mais qui mange en secret. Notre anglaise ne se contente pas de regarder, elle intervient : encourageant l’amoureux transi de la jeune fille, conversant avec le Baron, ce qui lui vaut la déférence immédiate de ces dames, qui poussent la bonté jusqu’à lui proposer leurs modèles de tricot.
Il se trouve aussi un mari persuadé d’être le seul à souffrir lors de l’accouchement de sa femme, et un monsieur qui provoque une dispute sur la distance parcourue en excursion. Les situations sont parfois plus amères, comme celle de la petite servante exploitée, folle de fatigue, ou de l’épouse qui préfèrerait oublier le viol de sa nuit de noces que son mari se rappelle avec satisfaction.

Chaque histoire est un instantané. La narratrice porte un regard plein d’acuité et d’humour sur ce petit monde. Elle sait pointer les travers des uns et des autres. Elle est aussi capable de compassion. En cela, elle fait penser à Jane Austen : une même veine de finesse et, en fin de compte, de tendresse envers ses personnages. Certaines nouvelles sont moins finies, pas encore aussi réussies que ce que Mansfield écrira par la suite (In a German Pension est sa première œuvre publiée, en 1911), mais l’on apprécie déjà ce talent d’auteur de nouvelles, genre noble depuis longtemps dans la littérature anglophone.

Laurence Tourniaire
(septembre 2003)

 

L'éditeur

L'auteur

Les nouvelles de Katherine Mansfield, La Cosmopolite Stock 2006

Comme le souligne Marie Desplechin dans sa jolie préface, les nouvelles de Katherine Mansfield « sont bizarres, charmantes, uniques. » Tournant résolument le dos à la narration classique, K. Mansfield, adepte convaincue du modernisme, n’a que faire des histoires bien ficelées qui proposent un début et une fin. La vie extérieure de ses héros semble très ordinaire mais la nouvelliste ne s’y intéresse guère. Seules comptent l’expérience intérieure et l’exploration d’une vaste gamme de sensations. A l’instar de Virginia Woolf qui lui vouait une admiration teintée de jalousie, elle dépeint des instants de vie intimes dont elle capture l’évanescente essence. Evoquant sans fioritures la complexité des sentiments humains, les désillusions amoureuses, amicales voire familiales, la solitude ou la cruauté morale, elle dépeint magistralement l’identité floue de personnages en devenir. Perpétuellement insatisfaite, elle avouait peu avant sa mort prématurée « qu’elle était fatiguée de ses petites histoires qui ressemblaient à des oiseaux élevés en cage.» Ses lecteurs, eux, ont toujours admiré son exquise liberté de penser et lui reconnaissent depuis longtemps une importance capitale dans l’évolution de l’art de la nouvelle.
F. C. (avril 2006)

 

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