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Comment
profiter au mieux d’une cure
Nous sommes
dans les années 1910. Une jeune écrivaine anglaise
séjourne, pour faire le plein de bon air et d’exercice,
dans une pension de famille bavaroise. Elle ne peut éviter
les autres pensionnaires, souvent envahissants, parfois désagréables.
Qu’à cela ne tienne, elle les supporte le plus aimablement
possible, les observe, et en tire le sujet d’un recueil de
nouvelles. Autant d’aperçus de la bourgeoisie allemande
de l’époque.
Une riche industrielle effectue tous les ans sa cure à Dorschausen.
Elle arrive toujours munie d’un sac contenant mouchoirs, eau
de Cologne, sans oublier les cure-dents. Elle n’oublie pas
non plus de dispenser des conseils péremptoires à
une veuve affligée de cinq filles, ou à la jeune anglaise,
qui doit s’inventer un mari marin pour échapper aux
questions sur sa solitude suspecte.
Une dame élégante se fait passer pour la sœur
d’une baronne – c’est sa femme de chambre. Une
dame Savante méprise l’ignorance de ses semblables.
On voit aussi une jeune fille quelque peu écrasée
par sa séduisante mère, un vrai baron qui ne parle
à personne, mais qui mange en secret. Notre anglaise ne se
contente pas de regarder, elle intervient : encourageant l’amoureux
transi de la jeune fille, conversant avec le Baron, ce qui lui vaut
la déférence immédiate de ces dames, qui poussent
la bonté jusqu’à lui proposer leurs modèles
de tricot.
Il se trouve aussi un mari persuadé d’être le
seul à souffrir lors de l’accouchement de sa femme,
et un monsieur qui provoque une dispute sur la distance parcourue
en excursion. Les situations sont parfois plus amères, comme
celle de la petite servante exploitée, folle de fatigue,
ou de l’épouse qui préfèrerait oublier
le viol de sa nuit de noces que son mari se rappelle avec satisfaction.
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Chaque
histoire est un instantané. La narratrice porte un
regard plein d’acuité et d’humour sur ce
petit monde. Elle sait pointer les travers des uns et des
autres. Elle est aussi capable de compassion. En cela, elle
fait penser à Jane Austen : une même veine de
finesse et, en fin de compte, de tendresse envers ses personnages.
Certaines nouvelles sont moins finies, pas encore aussi réussies
que ce que Mansfield écrira par la suite (In
a German Pension est sa première œuvre
publiée, en 1911), mais l’on apprécie
déjà ce talent d’auteur de nouvelles,
genre noble depuis longtemps dans la littérature anglophone.
Laurence
Tourniaire
(septembre 2003)
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L'éditeur
L'auteur |
Les
nouvelles de Katherine Mansfield,
La Cosmopolite Stock 2006
Comme
le souligne Marie Desplechin
dans sa jolie préface, les nouvelles de Katherine Mansfield
« sont bizarres, charmantes, uniques. »
Tournant résolument le dos à la narration classique,
K. Mansfield, adepte convaincue du modernisme, n’a que
faire des histoires bien ficelées qui proposent un
début et une fin. La vie extérieure de ses héros
semble très ordinaire mais la nouvelliste ne s’y
intéresse guère. Seules comptent l’expérience
intérieure et l’exploration d’une vaste
gamme de sensations. A l’instar de Virginia Woolf qui
lui vouait une admiration teintée de jalousie, elle
dépeint des instants de vie intimes dont elle capture
l’évanescente essence. Evoquant sans fioritures
la complexité des sentiments humains, les désillusions
amoureuses, amicales voire familiales, la solitude ou la cruauté
morale, elle dépeint magistralement l’identité
floue de personnages en devenir. Perpétuellement insatisfaite,
elle avouait peu avant sa mort prématurée «
qu’elle était fatiguée de ses petites
histoires qui ressemblaient à des oiseaux élevés
en cage.» Ses lecteurs, eux, ont toujours admiré
son exquise liberté de penser et lui reconnaissent
depuis longtemps une importance capitale dans l’évolution
de l’art de la nouvelle.
F. C. (avril 2006) |

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