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Monsieur
le Seuil a trouvé un bon filon, un « niche »
pour reprendre un terme de marketing, mais il ne faudrait pas croire
— après tout — que les éditeurs ne font
pas de commerce. Ce filon, c’est Henning Mankell, écrivain
suédois, célèbre pour les aventures du policier
Kurt Wallander qu’il raconte depuis plusieurs années.
Monsieur
le Seuil a lancé Henning Mankell avec Le Guerrier
Solitaire, sorti en France en 1999 (couronné
avec le Prix Mystère de la Critique 2000) et en Suède
en 1995. En réalité, Kurt Wallander existait déjà,
mais publié par Monsieur Christian Bourgois dans Les
meurtriers sans visage, sorti en Suède en 1991
et traduit en français en 1994.
Monsieur le Seuil a gardé la main et a ainsi publié
deux autres romans dans la continuité du précédent,
le second, donc, de Mankell (La Cinquième Femme
et Les Morts de la Saint-Jean),
mettant toujours en scène Kurt Wallander, le policier quadra,
un brin désabusé, dans sa Scanie natale, petite région
du sud de la Suède, isolée de la grande criminalité
(dans les apparences) mais confrontées (dans la réalité)
à la montée de la délinquance, comme partout.
Le seul
hic, c’est qu’on a un peu l’impression que devant
le succès fou de ce triptyque que tous les accros du policier
se sont arrachés, Monsieur le Seuil s’est, du coup,
lancé dans l’exploitation « commerciale »
du filon Mankell. Et voilà-ti pas que l’on ressort
des tiroirs les anciennes productions du Suédois, déjà
sorties dans son pays d’origine, mais antérieurement.
Et
alors-là, superbe paradoxe que seules savent produire les
dynamiques financières, on se retrouve avec « notre
» héros, Kurt Wallander, le même, mais entre
deux épisodes. Une fois, il n’est pas encore acoquiné
avec la lettonienne Baiba alors que l’on sait déjà
que son histoire ne va pas durer. Une autre fois, son père
va se marier avec son aide-ménagère mais on sait qu’il
meurt quelque temps après. Une autre fois, on découvre
son assistant, le jeune Martinsson, tout gentil alors que, plus
tard, il devient un jeune loup aux dents longues et ça on
le sait déjà quand on lit les épisodes précédents
mais publiés plus tard. De
quoi vous perdre définitivement dans les méandres
de la complexité psychologique humaine et vous faire perdre
la raison ; le lecteur alternant entre une phase d’hésitation
confuse sur sa capacité à comprendre et une phase
de perplexité sur le sens général de la vie
de Wallander.
Bref,
la sortie des trois derniers livres de Mankell n’est pas la
suite des aventures de Kurt Wallander mais une sorte de «
complément biographique » pour ceux qui voudraient
approfondir tel aspect de la personnalité du héros
ou zoomer sur un épisode de sa vie en particulier, et bien
sûr, tout ça, dans le désordre. Monsieur le
Seuil vient ainsi de réinventer la machine à remonter
le temps des éditions !
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Cette
fois, dans La lionne blanche (sorti
en mars 2004) Kurt Wallander est aux prises avec un assassinat,
une femme a disparu, puis découverte quelques jours plus
tard dans un puits, pas très loin d’une maison
incendiée de façon déconcertante. Kurt
Wallander va être confronté à une tentative
de complot politique qui se fomente en Suède pour décapiter
le régime sud-africain ! La petite région de Scanie,
inconnue pour tout non-spécialiste de la Suède,
devient alors le lieu d’agressions, de course poursuites,
d’enlèvements, de tueries. Malgré tout ça,
qui, avouons-le, n’est pas très jojo, on n’en
finit pas d’aimer Mankell. D’abord, parce que le
héros est très sympathique, un peu « homme
perdu », sans illusion, sans ami, qui aime l’opéra,
et cherche désespérément un petit coin
de bonheur, une femme pour le rendre heureux et l’apaiser
au retour de ses journées de policier en prise aux maux
de la société. |
Ensuite,
pour l’intrigue, toujours touffue et complexe, dont les fils
s’emberlificotent et se dénouent comme par miracle
à la fin.
Enfin,
par le style. Mankell, c’est comme une toile de peinture,
aux traits épais et gras au début, on entre dans un
univers dense, embrumé, où l’on ne comprend
pas tout, et petit à petit, le pinceau se fait plus léger,
pointilliste, les éléments s’accordent entre
eux, le brouillard se lève pour révéler le
vrai visage de la réalité, le puzzle se construit
doucement, mais inéluctablement.
Alors
oui, malgré tout ça, Monsieur le Seuil, malgré
les petitesses du jeu commercial de l’édition qui nous
font retourner en arrière dans la vie de notre héros
préféré, nous aimons bien, quand même,
Kurt Wallander et nous le retrouverons avec plaisir pour ses prochaines
aventures !
David
Piovesan
(avril 2004)

Le
Seuil
http://www.seuil.com
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