Molière
mise en scène Gildas Bourdet

TNP, Lyon
du 3 au 9 décembre 2001
Théâtre National de Marseille
la Criée

du 14 au 16 décembre 2001

 


au TNP, Villeurbanne
renseignements et location : 04 78 03 30 00


avec
Caroline Appéré, Olivier Breitman, Marianne Epin, Philippe Faure, Daniel Langlet, Patrick Laviosa, Luce Mouchel, Guy Perrot, Dominique Pinon, Isabelle Thomas

La lumière s'éteint, le rideau s'ouvre suivant le rythme et les accents d'une musique enjouée, découvrant un volumineux Argan, assis en pyjama et bonnet de nuit à une table de travail. Puis le rideau se referme la lumière se rallume... surprise des spectateurs ! Mais la lumière s'éteint à nouveau, le rideau s'ouvre suivant le rythme et les accents d'une musique enjouée, découvrant un volumineux Argan assis à sa table de travail... La scène se produira trois fois, comique de répétition, déclenchant le rire et les applaudissements du public. Le ton est donné : bienvenu dans le monde du burlesque.
Le décor a, pour l'occasion, revêtu son costume d' Arlequin : des couleurs vives et tranchées, presque fluorescentes, et un effet de perspective en fond de scène permettant de mettre en valeur le jeu des masques. Mais ce décor lisse et dépouillé se révélera riche en portes et échappatoires : les commodités côté jardin où Argan peut se soulager des conséquences de ses clystères, l' antichambre ménageant les allées et venues de Toinette, l'escalier d'où surgissent les personnages féminins ( l'ont-elles bien descendu ?), l'entrée par où proviennent les personnages extérieurs, et la cheminée où Cléante pourra se dissimuler.
Argan commence alors son monologue alliant à la gymnastique cérébrale et verbale de périlleuses acrobaties, et révélant à chaque profil présenté un nez proéminent, que l'on retrouvera sur tous les personnages. Un souvenir de Polichinelle peut-être ? En tout cas une réactualisation de la commedia dell' arte.
Le spectateur est entraîné dans un tourbillon d'éclats de rire. Durant deux actes le rythme est endiablé : les lazzi s'enchaînent, et le public ne sait où donner de la tête. Gildas Bourdet réussit à faire renaître le comique de farce : un comique grotesque, parfois scabreux et grossier, mettant clairement en valeur que dans Diafoirus résonne le mot foire, dans Purgon le mot purge... et que les médecins n'ont « pas accoutumé de parler à des visages ». Sur scène le corps exulte, se défoule, sans retenue ni pudeur.
Si cette pièce est la « somme du comique molièresque », elle est aussi la comédie de la peur et de la mort. Pour le metteur en scène «  le grotesque et le rire ont indissolublement partie liée avec la mort ». Dans cette ronde des masques, dans cette mise en abyme de théâtre dans le théâtre où Béline joue les épouses aimantes, Cléante se fait maître à chanter, Toinette se fait médecin, et Argan malade, Béralde, porte-parole du dramaturge, incarnera un rôle aux résonances tragiques : celui de Molière. Avec son mouchoir taché de sang dans lequel il étouffe ses derniers souffles et sa mort qui survient sur scène, il rappellera la fatale représentation du 17 février 1673. « N'y a-t-il point danger à contrefaire la mort ? - Non quel danger y aurait-il ? » Le metteur en scène a souvenance de cette coïncidence tragique dans sa mise en scène. Au troisième acte, le rythme ralentit, le ton devient plus sérieux.
Certains s'y ennuieront un peu, regrettant le rythme des deux premiers actes, d'autres salueront l'hommage. Quoiqu'il en soit le spectacle est incontournable.

Isabelle Bory & J-E Denave

 

L'intrigue
Argan, malade imaginaire, entend faire épouser à sa fille Angélique Thomas Diafoirus, fils et neveu de médecin, et médecin lui-même. Béline, belle mère de la jeune fille - qui cajole Argan pour capter l’héritage avec l’aide d’un notaire peu scrupuleux - préférerait, quant à elle, l’envoyer au couvent... Mais Angélique aime Cléante et se concilie l’appui de Toinette, servante de la maison ; celle-ci lui promet de s’employer à faire quitter à son maître «ce dessein burlesque»... C'est la dernière pièce de l'auteur, à coup sûr une des plus comiques, où il intègre magistralement des intermèdes chantés et dansés.




extrait

BÉRALDE : Mon Dieu! mon frère, ce sont pures idées, dont nous aimons à nous repaître; et, de tout temps, il s'est glissé parmi les hommes de belles imaginations, que nous venons à croire, parce qu'elles nous flattent et qu'il serait à souhaiter qu'elles fussent véritables. Lorsqu'un médecin vous parle d'aider, de secourir, de soulager la nature, de lui ôter ce qui lui nuit et lui donner ce qui lui manque, de la rétablir et de la remettre dans une pleine facilité de ses fonctions; lorsqu'il vous parle de rectifier le sang, de tempérer les entrailles et le cerveau, de dégonfler la rate, de raccommoder la poitrine, de réparer le foie, de fortifier le coeur, de rétablir et conserver la chaleur naturelle, et d'avoir des secrets pour étendre la vie à de longues années : il vous dit justement le roman de la médecine. Mais quand vous en venez à la vérité et à l'expérience, vous ne trouvez rien de tout cela, et il en est comme de ces beaux songes qui ne vous laissent au réveil que le déplaisir de les avoir crus.
ARGAN : C'est-à-dire que toute la science du monde est renfermée dans votre tête, et vous voulez en savoir plus que tous les grands médecins de notre siècle.
BÉRALDE : Dans les discours et dans les choses, ce sont deux sortes de personnes que vos grands médecins. Entendez-les parler : les plus habiles gens du monde; voyez-les faire : les plus ignorants de tous les hommes.
ARGAN : Hoy! Vous êtes un grand docteur, à ce que je vois, et je voudrais bien qu'il y eût ici quelqu'un de ces messieurs pour rembarrer vos raisonnements et rabaisser votre caquet.
BÉRALDE : Moi, mon frère, je ne prends point à tâche de combattre la médecine; et chacun, à ses périls et fortune, peut croire tout ce qu'il lui plaît. Ce que j'en dis n'est qu'entre nous, et j'aurais souhaité de pouvoir un peu vous tirer de l'erreur où vous êtes, et, pour vous divertir, vous mener voir sur ce chapitre quelqu'une des comédies de Molière.
ARGAN : C'est un bon impertinent que votre Molière avec ses comédies, et je le trouve bien plaisant d'aller jouer d'honnêtes gens comme les médecins.
BÉRALDE : Ce ne sont point les médecins qu'il joue, mais le ridicule de la médecine.




Voir aussi : Monsieur de Pourceaugnac

Molière
http://www.site-moliere.com/
http://www.site-moliere.com/pieces/malade.htm
http://www.multimania.com/moliere/

Gildas Bourdet
L'Atelier
http://www.atelier-theatre-actuel.com/saison/pieces/piece14/biopiece.htm

TNP
http://www.tnp-villeurbanne.com