After the man before
Methuen, 2004

 

Constructions, déconstruction...

Dans Après l'homme d'avant l'auteur prend plaisir à brouiller les pistes, un peu à la façon du personnage évoqué dans le titre, et que l'on ne connaîtra qu'à travers quelques fragments épistolaires qu'il s'est amusé à dissimuler dans les murs d'une maison victorienne délabrée. La bâtisse vient d'être achetée par Elizabeth, assistante sociale, qui a pris sous son aile Richard, un artiste traité pour quelques "soucis" psychiatriques ; quand elle propose à ce dernier de s'installer temporairement dans la maison afin qu’il l’aide à la rénover, il accepte, sachant que l'espace lui permettra d'élaborer ses "constructions" en trois dimensions.

Les relations entre les personnages réservent quelques surprises (l'insertion habile du journal intime morcelé du précédent occupant - "the man before" -, ou la vraie-fausse histoire d'amour entre Richard et Elizabeth...) mais en dépit de leur épaisseur psychologique et poétique, il est difficile d'éprouver pour eux une quelconque empathie, voire de l'antipathie, l'auteur ne cessant de nous imposer un regard pointilleux d'analyste: objectif, volontairement détaché, mais toujours méticuleux, rigoureux à l'extrême, dans une tentative sans cesse renouvelée de réordonner le désordre de vies éparpillées, d'existences malmenées, d'êtres en quête d'un bonheur inaccessible, ou, du moins, d'un état psychologique confortable permettant de supporter leur inéluctable solitude.

Ce processus narratif et littéraire d'ordonnancement jamais achevé se retrouve dans l'activité artistique de Richard, fondée sur l'assemblage d'objets trouvés. Cet homme est, en quelque sorte, un collectionneur, et en récupérant dans les poubelles ou les caniveaux des objets brisés, abandonnés de ceux qui n'en voyaient plus l'utilité, il leur offre une nouvelle vie, une renaissance inespérée, en considérant leur beauté quotidienne et ordinaire. Une froide efficacité que l'on retrouve chez Hilary, la sœur d’Elizabeth, lorsqu'elle se charge d'organiser les obsèques de leur père, hospitalisé mais encore vivant..., ou encore chez Elizabeth qui, tout en étant plus fantasque que sa sœur, pense que son mal-être disparaîtra lorsqu’elle aura réorganisé son existence dans sa nouvelle maison, où les travaux n'avancent pourtant pas très vite... Cette obsession de l'ordre et du rangement confère à ce roman un intérêt non négligeable, mais l'ensemble demeure légèrement bancal d'un point de vue structurel et les préoccupations des personnages manquent d'une ampleur suffisante pour que nous soyons véritablement touchés par la grâce...

B. Longre
(octobre 2004)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

L'éditeur
http://www.methuen.co.uk

http://www.pulp.net/top10/19/alan-mahar.html