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Texte
publié à L'Arche
(Grandeur et décadence de Mahagonny, 1956/1983)
Comédiens
Mahaut D'Arthuys, Juliette Delfau, Muriel Gaudin, Marianne Pommier,
Anne-Valérie Soler, Hélène Viviès,
Jérémie Chaplain, Xavier Chevereau, Simon
Delétang, Fabrice Lebert, Cédric Michel,
Anthony Poupard, Sidney Wernicke, Cédric Zimmerlin
Direction Musicale
Jürgen Beyer et Philippe Grammatico
Les démons, par la
même promotion. |

ENSATT
04 78 15 05 07
4 rue Sœur
Bouvier
69005 Lyon
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Un
petit Mahagonny présenté par l'ENSATT est
une création qui se fonde sur deux matériaux brechtiens
complémentaires, Mahagonny Songspiel, et Grandeur
et décadence de la ville de Mahagonny.
Mahagonny Songspiel, créé la
première fois en 1927 à Baden-Baden, est né
de la collaboration entre Bertolt Brecht et Kurt Weill
: un spectacle musical d'une durée de 25 minutes, comprenant
6 chansons (dont la célèbre Alabama Song),
à la trame squelettique, reprise et développée
trois ans plus tard par les deux artistes dans Grandeur et
décadence de la ville de Mahagonny ; cet opéra
en trois actes, créé en mars
1930 à Leipzig (et rapidement interdit en Allemagne, l'on
s'en doute) retrace la naissance, l'expansion et la chute de Mahagonny,
une ville créée de toutes pièces au milieu
du désert américain par 3 criminels en fuite : ils
ne peuvent se résoudre à travailler eux-mêmes
et, habilement, ils pensent qu'il sera plus simple de récolter
l'argent des chercheurs d'or du coin. Le centre de la "ville-piège"
devient "l'Hôtel de l'Homme Riche", et lui donnant
l'allure d'un petit paradis sur terre (repos garanti, prostituées,
alcool et amusement à profusion...) les 3 complices y attirent,
avec force panneaux publicitaires, de plus en plus de mécontents
fourbus et heureux de trouver une "ville d'or", une (fausse)
terre promise où ils peuvent dépenser (justement)
leur or.
Mais un jour, l'un d'eux, un bûcheron venu de l'Alaska, découvre
qu'il y manque quelque chose ; il a en effet aperçu un écriteau
"Défense de" et déclare "on
s'embête dans ce trou ! / Ah, tout votre Mahagonny, jamais
ça ne rendra un homme heureux parce que c'est trop calme...".
Il est le seul à affirmer avec lucidité que "Le
typhon le plus dévastateur / Est bien moins terrible que
l'homme / Quand il cherche à se divertir / (...) Rien n'est
plus terrible que l'homme". Il énonce alors la nouvelle
loi de Mahagonny, "C'est ton droit", une devise
à laquelle tous vont désormais se plier, faisant de
la ville un lieu de débauche, comparable à une Babylone
moderne. Mais lorsque ce même bûcheron se retrouve sans
le sou, la justice (ironiquement incarnée par les 3 criminels
fondateurs de la ville) n'hésite pas à le condamner
à la chaise électrique,
Le tableau 20 décrit les dernières semaines de la
ville, qui ne va pas tarder à sombrer dans le chaos, et où
les personnages défilent dans un désordre total, portant
des pancartes et chantant ce vers terriblement sarcastique (un leitmotiv
dans la pièce), qui résume toute leur inhumanité
:
"Comme on fait son lit on se couche / Personne ne vient
border personne / C'est moi qui te marcherai sur les pieds, / C'est
toi qui seras piétiné."
Brecht
admet que son opéra est "culinaire", la musique
engendrant une certaine forme d'irréalité, source
de la jouissance du spectateur ; mais "si culinaire que
puisse être Mahagonny, il a déjà pourtant une
fonction de changement de la société, il met précisément
le culinaire en question, il attaque la société qui
a besoin d'opéras semblables" (Ecrits sur le Théâtre
2, 1930). L'auteur ne nie donc pas le plaisir du spectateur, mais
Mahagonny est avant tout un opéra innovant,
épique, où le centre de gravité traditionnel
est déplacé : le théâtre épique
raconte un processus et fait de l'observateur, confronté
à des événements qui mettent en scène
des humains et un monde en évolution, un être en éveil,
il l'encourage à l'action, en lui procurant une nouvelle
approche d'un problème ; les procédés du théâtre
épique sont ici appliqués à l'opéra
et de la même façon, la musique s'allie au texte pour
prendre position. Brecht remet ainsi en cause les formes traditionnelles
de l'opéra classique, et particulièrement le modèle
wagnérien où, dit-il, "l'idéologique
était si culinairement conditionné que le sens de
ces opéras était (...) un sens en train de s'effacer,
et qui se résorbait alors dans la jouissance". Avec
Mahagonny, il affirme la nécessité
de la fonction idéologique de l'opéra, qui ouvre à
la discussion et à une remise en cause sociale ; ainsi, comme
dans toute oeuvre brechtienne, on y retrouve cette tendance à
une allégorie un peu simpliste mais forte, ce penchant pour
la parabole (ici communiste, contre un capitalisme sauvage) et la
satire, et le recours à des procédés populaires
comme le chant et la musique, mais aussi un radicalisme qui semble
toujours nécessaire et salvateur aujourd'hui.

Peter Kleinert est directeur de l'Institut de Mise en
scène à l'école Ernst Busch de Berlin,
professeur pour la mise en scène et la dramaturgie. |
C'est
ce que l'adaptation de Peter Kleinert prétend
retenir, en assimilant la ville de Mahagonny à une
représentation allégorique de la société
consumériste et de l'industrie des loisirs, en la comparant
à "Disney Land" ou aux villes artificielles
comme Las Vegas : des lieux où le plaisir règne
en maître, où chacun peut déréaliser
son existence (tout en annihilant son humanité), et
vivre d'illusions, à la condition d'avoir de l'argent...
C'est ainsi que le bûcheron condamné à
mort entend ses juges lui chanter : "Pour manque d'argent
/ Ce qui est bien le plus grand crime / Qu'on puisse commettre
sur terre ! "
Le metteur en scène, pour qui "en soixante-dix
ans, l'histoire de Mahagonny n'a pas perdu de sa valeur",
nous promet donc un grand show télévisé
intitulé "la vie est un grand jeu et tout le
monde est candidat" et un jeu d'acteur "ludique
et ouvert", un spectacle paradoxalement "riche
en divertissements et en surprises" !
B.
Longre
(mars 2002)
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Ajoutons
que l'International Brecht Society (en association avec la
Kurt Weill Society) entend commémorer, en 2003, les
75 ans de Mahagonny, sous la forme d'un congrès : des études
et des interventions qui viseront à analyser ce que les thèmes
évoqués par la pièce peuvent, encore aujourd'hui,
nous offrir, artistiquement, historiquement...

La
Musique
http://www.kwf.org/pages/m2main.html
http://www.kwf.org/
images
http://radio.cbc.ca/programs/ideas/shows/mahagony/
Les
chansons
http://www.operaheb.co.il/libretto/mahagony.html
L'auteur
http://polyglot.lss.wisc.edu/german/brecht/index.html
L'ENSATT
http://www.artotal.com/form/ensatt.htm
http://www.ensatt.fr
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