de Bertolt Brecht

à l'ENSATT 15 - 27 avril 2002
Du lundi au samedi à 20h
Mise en scène Peter Kleinert

Traduction Jean-Claude Hémery
Musique Kurt Weill
Assistante / interprète
Leyla-Claire Rabih
Avec la 61ème promotion

 

Texte publié à L'Arche (Grandeur et décadence de Mahagonny, 1956/1983)

Comédiens Mahaut D'Arthuys, Juliette Delfau, Muriel Gaudin, Marianne Pommier, Anne-Valérie Soler, Hélène Viviès, Jérémie Chaplain, Xavier Chevereau, Simon Delétang, Fabrice Lebert, Cédric Michel, Anthony Poupard, Sidney Wernicke, Cédric Zimmerlin
Direction Musicale
Jürgen Beyer et Philippe Grammatico

Les démons, par la même promotion.



ENSATT
04 78 15 05 07
4 rue Sœur Bouvier
69005 Lyon

 

Un petit Mahagonny présenté par l'ENSATT est une création qui se fonde sur deux matériaux brechtiens complémentaires, Mahagonny Songspiel, et Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny.
Mahagonny Songspiel, créé la première fois en 1927 à Baden-Baden, est né de la collaboration entre Bertolt Brecht et Kurt Weill : un spectacle musical d'une durée de 25 minutes, comprenant 6 chansons (dont la célèbre Alabama Song), à la trame squelettique, reprise et développée trois ans plus tard par les deux artistes dans Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny ; cet opéra en trois actes, créé en mars 1930 à Leipzig (et rapidement interdit en Allemagne, l'on s'en doute) retrace la naissance, l'expansion et la chute de Mahagonny, une ville créée de toutes pièces au milieu du désert américain par 3 criminels en fuite : ils ne peuvent se résoudre à travailler eux-mêmes et, habilement, ils pensent qu'il sera plus simple de récolter l'argent des chercheurs d'or du coin. Le centre de la "ville-piège" devient "l'Hôtel de l'Homme Riche", et lui donnant l'allure d'un petit paradis sur terre (repos garanti, prostituées, alcool et amusement à profusion...) les 3 complices y attirent, avec force panneaux publicitaires, de plus en plus de mécontents fourbus et heureux de trouver une "ville d'or", une (fausse) terre promise où ils peuvent dépenser (justement) leur or.

Mais un jour, l'un d'eux, un bûcheron venu de l'Alaska, découvre qu'il y manque quelque chose ; il a en effet aperçu un écriteau "Défense de" et déclare "on s'embête dans ce trou ! / Ah, tout votre Mahagonny, jamais ça ne rendra un homme heureux parce que c'est trop calme...". Il est le seul à affirmer avec lucidité que "Le typhon le plus dévastateur / Est bien moins terrible que l'homme / Quand il cherche à se divertir / (...) Rien n'est plus terrible que l'homme". Il énonce alors la nouvelle loi de Mahagonny, "C'est ton droit", une devise à laquelle tous vont désormais se plier, faisant de la ville un lieu de débauche, comparable à une Babylone moderne. Mais lorsque ce même bûcheron se retrouve sans le sou, la justice (ironiquement incarnée par les 3 criminels fondateurs de la ville) n'hésite pas à le condamner à la chaise électrique,
Le tableau 20 décrit les dernières semaines de la ville, qui ne va pas tarder à sombrer dans le chaos, et où les personnages défilent dans un désordre total, portant des pancartes et chantant ce vers terriblement sarcastique (un leitmotiv dans la pièce), qui résume toute leur inhumanité :
"Comme on fait son lit on se couche / Personne ne vient border personne / C'est moi qui te marcherai sur les pieds, / C'est toi qui seras piétiné."

Brecht admet que son opéra est "culinaire", la musique engendrant une certaine forme d'irréalité, source de la jouissance du spectateur ; mais "si culinaire que puisse être Mahagonny, il a déjà pourtant une fonction de changement de la société, il met précisément le culinaire en question, il attaque la société qui a besoin d'opéras semblables" (Ecrits sur le Théâtre 2, 1930). L'auteur ne nie donc pas le plaisir du spectateur, mais Mahagonny est avant tout un opéra innovant, épique, où le centre de gravité traditionnel est déplacé : le théâtre épique raconte un processus et fait de l'observateur, confronté à des événements qui mettent en scène des humains et un monde en évolution, un être en éveil, il l'encourage à l'action, en lui procurant une nouvelle approche d'un problème ; les procédés du théâtre épique sont ici appliqués à l'opéra et de la même façon, la musique s'allie au texte pour prendre position. Brecht remet ainsi en cause les formes traditionnelles de l'opéra classique, et particulièrement le modèle wagnérien où, dit-il, "l'idéologique était si culinairement conditionné que le sens de ces opéras était (...) un sens en train de s'effacer, et qui se résorbait alors dans la jouissance". Avec Mahagonny, il affirme la nécessité de la fonction idéologique de l'opéra, qui ouvre à la discussion et à une remise en cause sociale ; ainsi, comme dans toute oeuvre brechtienne, on y retrouve cette tendance à une allégorie un peu simpliste mais forte, ce penchant pour la parabole (ici communiste, contre un capitalisme sauvage) et la satire, et le recours à des procédés populaires comme le chant et la musique, mais aussi un radicalisme qui semble toujours nécessaire et salvateur aujourd'hui.


Peter Kleinert est directeur de l'Institut de Mise en scène à l'école Ernst Busch de Berlin, professeur pour la mise en scène et la dramaturgie.

C'est ce que l'adaptation de Peter Kleinert prétend retenir, en assimilant la ville de Mahagonny à une représentation allégorique de la société consumériste et de l'industrie des loisirs, en la comparant à "Disney Land" ou aux villes artificielles comme Las Vegas : des lieux où le plaisir règne en maître, où chacun peut déréaliser son existence (tout en annihilant son humanité), et vivre d'illusions, à la condition d'avoir de l'argent... C'est ainsi que le bûcheron condamné à mort entend ses juges lui chanter : "Pour manque d'argent / Ce qui est bien le plus grand crime / Qu'on puisse commettre sur terre ! "
Le metteur en scène, pour qui "en soixante-dix ans, l'histoire de Mahagonny n'a pas perdu de sa valeur", nous promet donc un grand show télévisé intitulé "la vie est un grand jeu et tout le monde est candidat" et un jeu d'acteur "ludique et ouvert", un spectacle paradoxalement "riche en divertissements et en surprises" !

B. Longre
(mars 2002)

Ajoutons que l'International Brecht Society (en association avec la Kurt Weill Society) entend commémorer, en 2003, les 75 ans de Mahagonny, sous la forme d'un congrès : des études et des interventions qui viseront à analyser ce que les thèmes évoqués par la pièce peuvent, encore aujourd'hui, nous offrir, artistiquement, historiquement...


Brecht sur Sitartmag


La vie de Galilée
Les Célestins, mars
2003
La bonne âme du Setchouan
ENSATT, 2001
Mère Courage
TNP 2002

Fatzer
les subsistances, mai 2001
La vie de Galilée
Maison de la Danse, octobre 2000

Autres pièces de l'ENSATT

Les démons
Dostoïevski
L'île des esclaves
Marivaux
Monsieur de Pourceaugnac
Molière
Roberto Zucco
Koltès
L'éveil du printemps
Frank Wedekind
Répétition Publique
Enzo Cormann
Preparadise Sorry Now
Fassbinder
La bonne âme du Setchouan
Brecht

 



La Musique
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images
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Les chansons
http://www.operaheb.co.il/libretto/mahagony.html

L'auteur
http://polyglot.lss.wisc.edu/german/brecht/index.html

L'ENSATT
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