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avec Jason Robards,
Philip Baker Hall, Tom Cruise, John C. Reilly, Melora Walters, Julianne
Moore, William H. Macy, Philip Seymour Hoffman, Jeremy Blackman,
Melinda Dillon
Le film s'ouvre sur trois séquences tragi-comiques, débitées
à toute allure dans un style purement journalistique : meurtres,
suicides, homicides involontaires. Le commentaire assène
alors l'idée qui sous-tendra la démonstration à
venir, et auquel le spectateur se devra d'orienter sa réflexion
: tout n'est-il que hasard ? les coïncidences ne sont-elles
pas plutôt régies par une puissance inconnue et implacable
? L'entrée en matière, quoique par trop explicite,
paraît efficace et forte. Générique.
D'autres personnages
se succèdent alors à une vitesse débridée
sur l'écran, dans un tourbillon d'images, de plans confus
; on les aperçoit plus qu'on ne les voit et leurs paroles
sont noyées sous une musique assourdissante. Peu à
peu le rythme s'apaise et nous allons enfin pouvoir décrypter
les intrigues et démêler les fils d'une narration en
apparence déréglée, qui présente neuf
destins croisés ; durant 24 heures décisives (3 heures
de film) ils vont s'affronter ou s'éviter :
Linda Partridge (Julianne Moore, excellente en épouse névrosée),
part en quête de morphine et autres drogues, apparemment pour
soulager son mari Earl, un vieil homme fortuné qui se meurt
d'un cancer (Jason Robards). Son infirmier, Phil (Philip Seymour
Hoffman) veille affectueusement sur lui et l'écoute parler
de ses erreurs passées. Sur sa demande, Phil tente de contacter
son fils, qu'Earl n'a plus vu depuis des années. Ce fils,
c'est Franck Mackey (Tom Cruise), gourou charismatique du sexe qui
remotive, par ses paroles crues et un jeu de scène provocant,
des mâles éconduits par les femmes, et sa méthode
"Seduce and destroy" ("Séduire et détruire")
fait fureur. Dans le même temps, Jimmy Gator (Philip Baker
Hall), le présentateur vedette du jeu télévisé
"What do kids know" (produit par Earl Partridge), apprend
qu'il ne lui reste plus que deux mois à vivre (encore le
cancer !) mais persiste à animer son émission. Stanley
Spector (Jeremy Blackman), 12 ans, y participe, plus pour satisfaire
l'ego et le compte en banque de son père que pour le plaisir.
Un ancien gagnant des années 60, le pathétique Donnie
Smith (William H. Macy), vit un amour impossible qui le pousse à
se faire poser un appareil dentaire, identique a celui du barman
qu'il aime ! Enfin, Jim Kuring (John C. Reilly), un policier consciencieux
et dévot, tombe amoureux de Claudia, camée et dépressive,
qui semble haïr son père, Jimmy Gator.
Le titre est
d'abord le nom d'une avenue de San Fernando Valley, à Los
Angeles, mais la fleur épanouie évoque aussi l'éclatement
des intrigues, qui tournent autour des mêmes thèmes.
Les actions décousues ont en effet un dénominateur
commun : le sentiment de regret et de culpabilité qui envahit
certains des personnages est révélateur de leurs "mauvaises"
actions passées (par opposition, le gentil policier s'est
dédié à faire le Bien ...) ; d'abord l'adultère,
associé au cancer qui ronge les êtres (Gator et Partridge)
puis le manque d'amour (ou le trop d'amour pour Gator) envers ses
enfants. Linda, elle aussi, est tourmentée par sa conscience
et son passé volage, et Donnie Smith regrette avec nostalgie
ses succès télévisuels.
Une analyse sociologique est amorcée mais souvent en surface,
rendue archétypale par les efforts moralisateurs du cinéaste,
et la satire occasionnelle demeure bien faiblarde, excepté
les scènes, parodiques à souhait, présentant
un Tom Cruise qui se donne en spectacle devant un auditoire d'hommes
frustrés. En réalité, le cinéaste semble
vouloir s'essayer à mêler différents registres
(et le résultat peut paraître inégal), en alternant
provocation et parodie, dépression urbaine (les femmes sont
sujettes à des accès de déprime parfois hystériques),
moralisme de bon ton (Donnie remet en place l'argent volé
à son ex-patron) ou sentimentalisme à l'américaine,
qui verserait dans le mélo si les séquences se prolongeaient
(le rencontre du policier et de Claudia, ou l'infirmier compatissant,
toujours au bord des larmes ...)
Emerge un paradoxe
: l'originalité du film doit beaucoup à l'entrelacs
d'intrigues et pourtant, dans le même temps, certaines séquences
succèdent si rapidement les unes aux autres que l'émotion
n'a plus d'espace pour se développer et un sentiment de frustration
envahit le spectateur, parfois confronté à un épisode
brusquement coupé en plein essor.
En dépit du jeu parfait des acteurs et de la perspective
biblique originale amenée dans la dernière partie
du film (inconsciemment annoncée par le policier qui déclare
"It's raining cats and dogs", "il pleut des cordes"
en Français, mais "des chats et des chiens" en
anglais) et qui vient, par le chaos qu'elle engendre, remettre un
semblant d'ordre dans des vies plutôt misérables, on
ne parvient pas à se sentir impliqué : un excès
de distance et de vitesse nous en empêche, et il manque à
l'ensemble la petite étincelle et la lucidité synthétique
d'un Altman.
Il est vrai (et là, le cinéaste s'est imposé
un obstacle inutile) que le parallèle avec Shorts
Cuts est inévitable, et l'accumulation de points
communs est embarrassante : destins entrecroisés, structure
entrelacée, variations sur le thème du hasard, les
unités de temps et de lieux (Los Angeles), jusqu'à
la catastrophe finale (davantage surnaturelle dans Magnolia).
Il est aussi vrai que le film d'Altman s'inspire librement des nouvelles
d'un grand auteur américain (Raymond
Carver) alors que P.T. Anderson déclare :"Magnolia,
c'est ma vie. C'est comme si je me retrouvais nu en public.",
ce qui rend la comparaison délicate et peu pertinente.
Néanmoins, et malgré des relents puritains et moraux
désagréables, ce film possède des qualités
indéniables de mise en scène et de montage et la performance
des acteurs ne peut que réjouir, surtout lorsqu'un long métrage
est aussi long que celui-là.
B.Longre
(février 2001)

Berlin
2000
http://www.filmfestivals.com/berlin_2000/competition/film_magnolia.htm
Le
film (site officiel, de nombreuses infos et photos)
http://www.magnoliamovie.com/
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