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Une
sage femme.
Vanessa Henman
est très inquiète : son fils unique, Justin, sur lequel
reposaient toutes ses ambitions maternelles, est mal en point, assurément
dépressif. Entre l'écriture de son dernier roman et
ses cours de "creative writing", Vanessa (dont la carrière
littéraire s'essouffle) n'a pas le temps de gérer
les problèmes de son fils adulte. Une seule solution, que
lui souffle Justin : demander à son ancienne femme de ménage
ougandaise, Mary Tendo, de revenir quelque temps à Londres
pour prendre soin de Justin qui, enfant, était très
attaché à elle, véritable mère de substitution.
Mary, qui a quitté la Grande-Bretagne il y a plus de dix
ans, se dit que l'occasion est belle ; elle pourra gagner de quoi
aider son village et sait qu'elle ne part que pour quatre mois -
et elle ne sera plus accueillie comme femme de ménage, mais
presque comme une amie.
En réalité, les épreuves qui l'attendent ont
beaucoup à voir avec Vanessa, mère possessive, étouffante,
femme névrosée, frustrée et hautaine qui, sous
ses airs de fausse bonté, perpétue tous les clichés
paternalistes qui ne suffisent pas à cacher le mépris
encore ressenti pour les Africains. Sa langue fourche souvent (elle
présente toujours Mary comme sa femme de ménage, sa
chose...), la petitesse de ses sentiments est traitée avec
une délectable ironie, de même que sa fausse générosité
(qu'elle regrette toujours a posteriori) dissimule le profond sentiment
de culpabilité du petit blanc qui se voudrait large d'esprit.
La cohabitation donne lieu à de multiples quiproquos, à
une incompréhension réciproque qui va au-delà
du langage, et qui renvoie à des codes culturels antagonistes.
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Mary Tendo n'est plus la jeune femme soumise que Vanessa a
connue ; elle n'est plus l'esclave d'antan, l'étudiante
étrangère forcée d'abandonner ses études
pour survivre ; elle connaît ses droits, n'est pas dupe
et sait résister aux attaques et aux mesquineries (parfois
inconscientes) de Vanessa, elle lui tient tête et fait
comme bon lui semble, rétorquant régulièrement
qu'elle n'est plus "femme de ménage",
qu'elle est uniquement venue s'occuper de Justin. Le personnage
de Mary porte le roman tout entier : une femme volontaire,
un peu candide parfois — un trait que sa vivacité
d'esprit atténue vite — dont l'histoire personnelle
douloureuse est peu à peu révélée.
Son impertinence toujours à-propos, son esprit critique
enchantent le lecteur, en particulier quand elle observe les
occidentaux, "des enfants" pour elle (saine
inversion des points de vue qui se fonde sur l'ingénuité
apparente du personnage, pourtant dotée d'une exemplaire
sagesse.) |
A côté
d'elle, Vanessa l'hystérique paraît bien petite - fausse
petite-bourgeoise (en réalité issue d'un milieu rural
défavorisé, des origines honteuses qu'elle préfère
oublier) que l'auteure se délecte à ridiculiser, sans
pour autant la priver de son humanité. Mais quand Mary se
met en tête d'écrire elle aussi, de relater sa vie,
elle préfère ne pas en parler à Vanessa - dont
la jalousie est légendaire - : "Un jour j'ai l'intention
d'écrire l'histoire de cette fille. J'entends sa voix dans
ma tête chaque nuit. Toutes ses erreurs m'ont rendues sage."
Mary raconte son enfance et sa jeunesse dans des chapitres insérés
intitulés "extraits de la vie de Mary Tendo"
et le flux des souvenirs fait voyager très loin du monde
étriqué de "La Henman", comme la
surnomme Mary.
Ces histoires
croisées explorent toute l'étendue de la notion de
choc culturel, et la romancière met en relief ce qui constitue
les centres névralgiques intimes des personnages, tout en
ne cessant de se jouer des préjugés (raciaux, sociaux,
sexuels, etc.), un peu à la façon de Zadie
Smith ; réjouissante satire post-coloniale, fable sociale
qui dénonce sans ambages le racisme larvé mais authentique
de la "middle class" britannique, My cleaner
procure de grands bonheurs de lecture, inoubliables.
B.
Longre
(mars
2004)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la
littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte
et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

du
même auteur :
The Flood (Saqi 2004)
Light Years (Saqi 2004)
The White Family (Saqi 2002)
http://www.telegrambooks.com/archives/my_cleaner/
http://www.saqibooks.com/
http://www.contemporarywriters.com/authors/?p=auth41
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