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L’amour,
l’indicible
Poète
de langue créole et romancier de langue française,
vivant à Haïti, Lyonel Trouillot publie cette année
L’amour avant que j’oublie,
son cinquième roman à paraître en France, nouvelle
réussite au sein d’une œuvre belle et forte qui
avance avec toujours plus d’humanisme dans sa quête
: l’expression de l’intime dans l’urgence du réel.

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C’est
l’œuvre d’un poète devenu conteur,
plongé dans un monde chaotique et miséreux,
son pays, Haïti, dont il a choisi de ne pas s’exiler
; une œuvre d’une grande densité, la densité
de la vie haïtienne, avec son foisonnement de personnages,
de pensées colorées, de choix dramatiques, d’actes
et de sentiments héroïques… Tout cela se
traduit, dans L’amour avant que j’oublie
comme dans ses romans précédents (citons Rue
des pas-perdus, ou Bicentenaire), par une inénarrable
multiplicité d’histoires, de sous-histoires,
de récits, d’anecdotes emmêlés avec
virtuosité face au grand miroir du temps. Violence,
misère, insalubrité – le quotidien d’Haïti
est décrit sans misérabilisme ni concessions,
à partir du destin du narrateur, « l’Écrivain
» plus tout jeune, qui, confronté à la
délicatesse, à la difficulté du discours
amoureux, se penche sur sa propre jeunesse, et sur le legs
de ses trois figures tutélaires solitaires : «
l’Historien », « l’Étranger
», et Raoul. |
L’amour
avant que j’oublie est un véritable tour de force
méta-littéraire, qui ne sacrifie pas pour autant le
réel sur l’autel du langagier : respectant la hiérarchie
qui place l’amour loin par-delà les mots, Lyonel Trouillot
explore avec une intelligence hors norme le rapport entre l’intime
et le fictif, entre le désir et la mémoire, par l’entremise
de la mythologie personnelle qui définit tout un chacun,
et si son héros est un écrivain, c’est un écrivain
sans poudre aux yeux, sans botte secrète, sans effets de
manche, un écrivain qui s’avère, en matière
d’indicible, être un modèle universel, le martyr
muet d’un mal magnifique. L’urgence politico-sociale
de ses livres antérieurs laissant de plus en plus la place
à une urgence existentielle, l’écriture fragmentaire
de Lyonel Trouillot gagne ici en sagesse comme en mélancolie,
en profondeur réflexive comme en intensité, et malaxe
le romanesque, pétri de poésie comme d’oralité,
pour en faire la condition inespérée d’un dialogue
à valeur morale et esthétique, au sein d’un
monde qui ne permet guère l’optimisme.
Nicolas
Cavaillès
(novembre 2007)

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http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/trouillot.html
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