Lyon, révolutions tranquilles
d'Alice Géraud
Autrement, collection Villes en mouvement, 2006
Photographies d’Anne-Sophie Zika. Préface de Robert Marmoz

 

 

Une agitation bienfaisante.

Ceux qui vivent à Lyon depuis longtemps sentent les métamorphoses que leur ville a connues depuis les années où les façades sombres abritaient les secrets d’un repli provincial sur le commerce, l’industrie et la religion. Ceux qui sont partis depuis plusieurs années et qui reviennent avec des souvenirs figés ne font pas que sentir ces métamorphoses : ils les constatent ouvertement, les mesurent jusqu’à en « perdre les clefs de la ville », selon l’heureuse formule de Robert Marmoz, les photographient d’un œil neuf et perplexe, comme le fait Anne-Sophie Zita dont les clichés en noir en blanc illustrent l’agitation bienfaisante de l’agglomération.

Car Lyon ne devient pas seulement cette cité à laquelle les maires récents, Michel Noir, Raymond Barre, Gérard Collomb ont voulu conférer une stature internationale. Selon les auteurs de l’ouvrage, au rythme, par exemple, des vélos qui l’investissent peu à peu, elle est une « ville en mouvement », au même titre que celles qui figurent dans la même collection (comme Budapest, Londres, Istanbul, Genève, São Paulo…). Alice Géraud a ainsi choisi de présenter et d’interroger des personnalités qui en font l’actualité ; « personnalités » n’est peut-être pas le mot adéquat ; il s’agit plus souvent de trublions que de notables, d’incitateurs que d’institutionnels.

En cinq « séquences » (« La ville héritée », « La ville regardée », « La ville renouvelée », « La ville partagée », « La ville décalée »), on rencontre – qu’ils soient lyonnais de longue date ou d’adoption récente – aussi bien un éditeur singulier, artisan du livre qui a su imposer ses choix dans la vie littéraire (Pierre-Jean Balzan) que la convaincante proviseure du Lycée Robert-Doisneau de Vaulx-en-Velin ; aussi bien un crieur public au service des Croix-roussiens (Gérald Rigaud) que la directrice naguère contestée, maintenant bien implantée, du traditionnel Théâtre des Célestins (Claudia Stavisky) ; aussi bien un politologue analysant la fête du 8 décembre et la Biennale de la danse (Philippe Dujardin) que le directeur du Festival « Les Invites » de Villeurbanne (Patrice Papelard) ; aussi bien le fondateur des « Casseurs de pub » (Vincent Cheynet) que l’architecte urbaniste de Lyon-Confluence (François Grether)… Il faudrait citer tous ceux qui font le dynamisme de la vie associative, qui tentent d’inscrire dans le paysage lyonnais le droit au logement, à la reconnaissance politique des banlieues, à l’humanisation des prisons, à la culture pour tous ; ceux qui font bouger l’art (la musique, le cinéma, l’écriture, les lumières et les couleurs urbaines, la gastronomie). Le choix est forcément partiel et subjectif, mais il est ici représentatif des images qu’il faut avoir maintenant de Lyon : une ville aux « révolutions tranquilles », à voir « autrement ».

Jean-Pierre Longre
(août 2006)

Jean-Pierre Longre enseigne la littérature contemporaine à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur de plusieurs revues, il a participé à la publication des romans de Queneau dans la Bibliothèque de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie et Belgique en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau en scènes (Presses Universitaires de Limoges, 2005) et Jean Prévost aux avant-postes (Collectif, avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

 

Lyon l’humaniste - Autrement, 2004, collection Mémoires n° 105

Autrement
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