|
Surprenante, Multiple, Cosmopolite
Le
titre de l’ouvrage porte en lui-même une double possibilité
d’errements ou, pour être positif, une double polysémie
: l’humanisme, qui revêt des acceptions diverses suivant
les époques, les mouvements, les points de vue ; Lyon, souvent
victime de clichés, de préjugés, voire de caricatures.
Il faut donc saluer cette publication à la fois plurielle
et synthétique, qui rétablit des vérités
culturelles en insistant sur les valeurs attestées marquant
l’histoire de la ville : « Il faut insister sur
le fait que l’humanisme lyonnais est concret, incarné,
vécu sous de multiples formes », précise
l’avertissement.
Au
premier degré, voilà un livre à caractère
historique, puisqu’il est construit selon l’évolution
chronologique : de l’antiquité (hellénistique,
gallo-romaine, chrétienne) au XXe siècle (laïc,
radical, franc-maçon, catholique, social, résistant,
humanitaire…) en passant par les périodes les plus
éclatantes (Moyen âge, Renaissance, révoltes
et solidarité du XIXe siècle…) et les plus obscures
(paradoxe des Lumières, ambiguïtés de la Révolution,
éclipses culturelles des XVIIe et XIXe siècles…).
Lyon la surprenante, Lyon la multiple, Lyon la cosmopolite : chaque
chapitre illustre les diverses facettes d’une ville dont tous
les secrets ne seront jamais percés. Les autochtones redécouvriront
– et les autres découvriront – des noms que la
toponymie a rendus familiers, mais dont les personnalités
qu’ils identifient ont peu à peu été
oubliées : Irénée, Leidrade, Thomassin, Sala,
Gadagne, Sébastien Gryphe, Jean de Tournes, Ménestrier,
Perrache, le Major Martin, Jean-Marie Leclair, Gasparin, Hénon,
Guimet, Bonnevay, Gailleton, Jean Prévost, Alban Vistel,
Chambonnet, bien d’autres encore ; et, bien sûr, les
plus connus n’ont pas été omis : Maurice Scève,
Louise Labé, Ozanam, Augagneur, Joseph Folliet, Edouard Herriot,
Henri Grouès (Abbé Pierre) etc.
Au
second degré, sont évoqués et analysés
les enjeux intellectuels, spirituels, sociaux, politiques qui ont
marqué et marquent encore la vie lyonnaise : le conservatisme
religieux et l’anticléricalisme, le catholicisme social
et le radicalisme modéré, la recherche philosophique
et la création littéraire, la révolte violente
et l’action humanitaire, la cohésion identitaire et
le rayonnement international, bref ce que recouvre la notion d’humanisme
dans ses innombrables dimensions. La préface de Marc Lambron
et la postface de Patrick Viveret abordent les problèmes
de fond, à propos, entre autres, des « Dialogues en
humanité » dont Lyon constitue un « terreau naturel
».
 |
Certes,
en 200 pages, il est impossible de tout traiter à
fond, et on aurait aimé quelques précisions
supplémentaires (par exemple à propos du «
catholicisme social démocratique » qui aurait
mérité une mise en avant plus explicite des
théories d’Henri de Lubac plutôt que
des autoréférences superflues). Mais le côté
synthétique n’empêche pas les véritables
analyses de spécialistes, universitaires ou non,
lyonnais d’adoption ou d’origine. Et Lyon,
l’humaniste intéressera tous
ceux qui se préoccupent de l’histoire de cette
« ville de foi et de révolte »
et, plus généralement, de l’histoire
des idées et des cultures.
Jean-Pierre
Longre
(novembre 2004)
|
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème
siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est
l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

Lyon,
révolutions tranquilles
d'Alice Géraud - Autrement, collection Villes
en mouvement, 2006
Autrement
http://www.autrement.com
|