Préface de Marc Lambron
Postface de Patrick Viveret
Coordonné par Claude Royon
(Economie et Humanisme)
A l’initiative de la Communauté
urbaine de Lyon
Autrement, 2004
collection Mémoires n° 105

 

 

 

Surprenante, Multiple, Cosmopolite

Le titre de l’ouvrage porte en lui-même une double possibilité d’errements ou, pour être positif, une double polysémie : l’humanisme, qui revêt des acceptions diverses suivant les époques, les mouvements, les points de vue ; Lyon, souvent victime de clichés, de préjugés, voire de caricatures. Il faut donc saluer cette publication à la fois plurielle et synthétique, qui rétablit des vérités culturelles en insistant sur les valeurs attestées marquant l’histoire de la ville : « Il faut insister sur le fait que l’humanisme lyonnais est concret, incarné, vécu sous de multiples formes », précise l’avertissement.

Au premier degré, voilà un livre à caractère historique, puisqu’il est construit selon l’évolution chronologique : de l’antiquité (hellénistique, gallo-romaine, chrétienne) au XXe siècle (laïc, radical, franc-maçon, catholique, social, résistant, humanitaire…) en passant par les périodes les plus éclatantes (Moyen âge, Renaissance, révoltes et solidarité du XIXe siècle…) et les plus obscures (paradoxe des Lumières, ambiguïtés de la Révolution, éclipses culturelles des XVIIe et XIXe siècles…). Lyon la surprenante, Lyon la multiple, Lyon la cosmopolite : chaque chapitre illustre les diverses facettes d’une ville dont tous les secrets ne seront jamais percés. Les autochtones redécouvriront – et les autres découvriront – des noms que la toponymie a rendus familiers, mais dont les personnalités qu’ils identifient ont peu à peu été oubliées : Irénée, Leidrade, Thomassin, Sala, Gadagne, Sébastien Gryphe, Jean de Tournes, Ménestrier, Perrache, le Major Martin, Jean-Marie Leclair, Gasparin, Hénon, Guimet, Bonnevay, Gailleton, Jean Prévost, Alban Vistel, Chambonnet, bien d’autres encore ; et, bien sûr, les plus connus n’ont pas été omis : Maurice Scève, Louise Labé, Ozanam, Augagneur, Joseph Folliet, Edouard Herriot, Henri Grouès (Abbé Pierre) etc.

Au second degré, sont évoqués et analysés les enjeux intellectuels, spirituels, sociaux, politiques qui ont marqué et marquent encore la vie lyonnaise : le conservatisme religieux et l’anticléricalisme, le catholicisme social et le radicalisme modéré, la recherche philosophique et la création littéraire, la révolte violente et l’action humanitaire, la cohésion identitaire et le rayonnement international, bref ce que recouvre la notion d’humanisme dans ses innombrables dimensions. La préface de Marc Lambron et la postface de Patrick Viveret abordent les problèmes de fond, à propos, entre autres, des « Dialogues en humanité » dont Lyon constitue un « terreau naturel ».

Certes, en 200 pages, il est impossible de tout traiter à fond, et on aurait aimé quelques précisions supplémentaires (par exemple à propos du « catholicisme social démocratique » qui aurait mérité une mise en avant plus explicite des théories d’Henri de Lubac plutôt que des autoréférences superflues). Mais le côté synthétique n’empêche pas les véritables analyses de spécialistes, universitaires ou non, lyonnais d’adoption ou d’origine. Et Lyon, l’humaniste intéressera tous ceux qui se préoccupent de l’histoire de cette « ville de foi et de révolte » et, plus généralement, de l’histoire des idées et des cultures.

Jean-Pierre Longre
(novembre 2004)

Jean-Pierre Longre, enseignant en littérature du XXème siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains contemporains et sur la comparaison des langages littéraire et musical. Il a participé à l'édition des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

 

Lyon, révolutions tranquilles
d'Alice Géraud - Autrement, collection Villes en mouvement, 2006

Autrement
http://www.autrement.com