The
Leader of The Luddites
May 1812 by Mess, Walker and Knight,
Sweetings Alley, Royal Exchange
La résistance à
coups de marteau
Une épopée
courageuse qui finit au gibet : voilà comment on pourrait
résumer le destin du Luddisme et de ses partisans. Si on
en trouve des épigones sur le Vieux Continent, l’étendue
du soulèvement des « Destructeurs de Machines »
est cependant circonscrite avec précision : elle se déroula
entre 1811 et 1816 en Angleterre, dans un triangle défini
par le Lancashire, le Yorkshire et le Leicestershire. À l’époque,
le pays connaissait une transition rapide, pour ne pas dire sauvage,
vers ce qu’on appellerait ensuite la Révolution industrielle,
et passait ainsi d’une économie traditionnelle, basée
sur l’artisanat de manufactures locales et des rites de fraternité,
à un mode de production automatisé, nettement plus
individualiste.
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Les
principaux concernés par ce bouleversement furent
les travailleurs du secteur textile (bonnetiers, tricoteurs,
etc.), qui contestèrent non seulement les cadences
infernales et les baisses de salaire qu’induisait
l’utilisation de nouveaux métiers à
tisser, mais qui remirent surtout en cause la qualité
de l’ouvrage qu’ils en tiraient désormais.
Ce sont finalement moins de véritables aspirations
révolutionnaires que des réflexes de préservation
des conditions de travail antérieures qui motivèrent
les ouvriers à se révolter et à s’organiser
pour briser, lors d’expéditions punitives en
général nocturnes, les outils de leur oppression.
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Ayant adopté
collectivement le nom d’un réfractaire qui, au XVIIe
siècle, aurait cassé sa machine à coups de
marteau, les Luddites furent à l’origine de milliers
de saccages et firent l’objet d’une mythologie populaire,
nourrie de chansons, de récits légendaires et de poèmes
en leur honneur. Notons que les premières manifestations
de ce genre éclorent non loin de Nottingham, un comté
déjà célèbre pour être le berceau
d’un autre justicier. Le mouvement suscita des engouements
littéraires, tels que ceux de Charlotte Brontë qui l’évoque
dans son roman Shirley en 1849, ou de Lord Byron, qui prit
d’ailleurs brillamment sa défense devant la chambre
des Lords. Cela n’empêcha cependant pas le vote de lois
drastiques, qui sanctionnaient tout Luddite de lourdes peines de
prison, voire de pendaison. Réprimée dans le sang,
cette forme d’activisme se réfugia dans le légalisme,
perdit donc de son aura et de sa puissance, pour se laisser submerger
par le discours technophile et la confiance aveugle dans le Progrès.
Elle renaît depuis quelques décennies aux États-Unis,
par exemple sous la plume de David Noble (qui fut renvoyé
de son poste de conservateur à la Smithonian Institution
de Washington, après avoir trop mis en valeur le dernier
spécimen de Marteau Enoch, arme favorite des Luddites) ou
encore dans les colis de l’inventif Unabomber.
En abordant
tour à tour ses aspects historiques, socio-économiques,
sémantiques et idéologiques, Bourdeau, Jarrige et
Vincent offrent du sujet une synthèse particulièrement
éclairante. Ils montrent en quoi le Luddisme, récupéré
aujourd’hui par les tenants de l’écologie politique
et des altermondialistes pour la plupart mal informés, obéit
à une optique réactionnaire, irriguée notamment
par les principes du méthodisme et radicalement opposée
au mercantilisme de la Modernité. Les auteurs y voient même
l’un des plus grands moments de lucidité de notre civilisation
par rapport au machinisme. On serait bien tenté de les croire…
Mais où diantre ai-je rangé ma masse ?
Frédéric
Saenen
(avril 2006)
Frédéric
Saenen, licencié
en philologie romane, professeur de français-langue étrangère,
auteur et poète, collabore à de nombreuses revues
de poésie ou de critique littéraire, en Belgique et
en France et participe régulièrement à des
lectures publiques. Depuis mai 2003, avec Frédéric
Dufoing, il anime Jibrile,
revue de critique littéraire et politique.

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http://www.wcml.org.uk/group/luddite.htm |