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L'Ange
de Rome
Le dernier castrat
européen, Alessandro Moreschi, mourut dans l'anonymat en
1922, après avoir connu le succès dans les salons
mondains et les grandes églises, notamment à la chapelle
Sixtine, dont il fut l'un des piliers vocaux.
Dernier avatar d'une longue lignée qui nous paraît
depuis longtemps disparue (officiellement la castration fut abolie
au sein de l'Eglise catholique au début du XIXe siècle,
mais le fonctionnement des choeurs du Vatican continua à
l'exiger pendant une centaine d'années encore), celui que
l'on surnomma « l'Ange de Rome » vécut à une époque
charnière entre la tradition héritée du chant
baroque et la modernité technique : il put enregistrer sa
voix sur des « cylindres », qui ont même été
récemment transcrits sur CD.
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De
cette conjonction entre passé et présent, Luc
Leruth a tiré un récit à la fois didactique
et romanesque : 22 chapitres correspondant à 22 cylindres
enregistrés entre le 10 juin et le 10 juillet 1914 (fin
d'une époque, début des bouleversements du XXe
siècle), et sur lesquels Moreschi livre souvenirs et
réflexions, des mémoires vocaux. L'idée
est bonne : on s'intéresse aux souffrances et aux joies
du castrat, à son histoire d'amour (ratée forcément),
à ses va-et-vient entre amitiés et jalousies...
Le tout rapporté à la première personne,
dans un vagabondage sonore qui n'exclut pas la méditation
sur la comparaison entre chant et écriture : « Je
devais sans cesse revoir le plan parce que le texte lui-même,
au fur et à mesure que je l'écrivais, m'emportait
dans une autre direction. Le chanteur ne subit pas ce phénomène.
En entamant un chant, il s'engage dans un chemin qui le conduit.
Le chant prend possession de lui. » |
Le
roman est là, donc, avec ce qu'il faut de péripéties,
narrant de l'intérieur les moments forts d'une destinée
originale. L'agrément de la lecture se double d'une sorte
de satisfaction : celle d'acquérir des connaissances historiques
(l'histoire des castrats), physiologiques (les subtilités
de l'opération), techniques (l'enregistrement sur cylindres)...
Bref, tout cela se lit avec plaisir, et la littérature musicale
s'en porte bien.
Jean-Pierre
Longre
(novembre 2001)
Jean-Pierre
Longre, maître de conférences en littérature
du XXème siècle à l'Université Jean
Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical.
Il participe actuellement à l'édition des romans de
Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur
les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

http://www.gallimard.fr/
La
castration et les castrats
http://catalogue.ircam.fr/articles/textes/Depalle95a/
http://indigo.ie/~transgen/castion.htm
La
voix chantée
http://www.quid.fr/web.php?web=/WEB/MUSIQUE/Q011180.HTM#N17
http://www.lpl.univ-aix.fr/lpl/personnel/scotto/articles/voixchantee.htm
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