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Histoire
d’ « une fille qui rêve un peu trop
et qui écrit des lettres à un inconnu »…
Tout en haut
d’un pavillon menacé de destruction, Dali occupe «
une mansarde jaunie et délabrée » où
elle aime s’isoler du reste de la maison et rêver…
Chaque jour, la jeune fille prend ses jumelles, avance son bureau
juste sous la lucarne, grimpe sur la table «branlicotante»
et observe les faits et gestes du garçon d’en face
; le bel adolescent inconnu, mystérieux, inaccessible, l’attire
et la trouble. Elle se met à lui écrire, en secret,
des lettres qu’il ne lira sans doute jamais ; avec autant
de sincérité que dans un journal intime, elle lui
livre sa vie, ses désarrois, ses craintes et ses espoirs…
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Au
fil des treize lettres, au compte porte-bonheur, Dali exprime
tous les mots jusque là «murés au
fond de sa gorge». La cohabitation est plutôt
chaleureuse avec sa grand-mère Bébo, sa maman
et ses deux petites sœurs Tamara et Tsiala ; ensemble
elles passent, aux yeux des autres, pour de « charmantes
bohêmes sans le sou » ou de « pitoyables
parasites ». Car la vie est rude ; c’est
Dali la plus responsable, c’est elle qui fait les comptes
et ravitaille la maison. Dans sa chambre, tout est propre
et rangé, elle aime l’ordre. Elle voudrait tant
qu’il en soit de même dans la vie quotidienne.
Le père les a laissées tomber mais il revient
de temps en temps, au gré de son humeur. Quand il sort
ses trois filles, c’est pour les exhiber auprès
de ses maîtresses. Dali s’en méfie beaucoup
et lui garde rancune. |
De la même
façon, elle supporte difficilement l’amant de sa mère,
elle pressent déjà le départ du bel Italien
séducteur, un nouvel abandon : « l’attente
d’une catastrophe est parfois plus dure à vivre que
la catastrophe elle-même »… Pour se blinder
contre les assauts de l’angoisse, Dali se referme sur sa souffrance
; elle communique peu et « reste dans l’ombre
». Les jeunes de son âge la trouvent fière, méprisante
et « voyeuse »… Elle se réfugie
dans le rêve, se prend un jour à admirer le voisin
d’en face, à envier son aisance : « Quand
je te regarde, je ne pense à rien et un sentiment de bien-être
m’envahit … Tu aimes ton image comme j’aimerais
aimer la mienne». Et Dali continue à écrire
au jeune homme ; le confident imaginaire lui apporte l’amitié,
la complicité, la confiance, la compréhension dont
elle a besoin. Elle a tellement peur de tout ce qui peut arriver
dans la réalité. Peu à peu, les mots écrits
soulèvent la chape de plomb qui pèse sur son cœur.
Libérée de tracas intimes par cette manière
de confession, Dali change ; les autres la trouvent « bizarre
», un habitué de la maison pense qu’elle doit
être «amoureuse» ! Ce qui est sûr, en tout
cas, c’est qu’elle en train de s’ouvrir au monde
et de l’apprivoiser…
Kéthévane
Davrichewy livre un peu de sa mémoire quand elle évoque
les traditions de chants et de danses qui imprègnent le quotidien
de Dali : les grands-parents de l’auteur sont originaires
de Géorgie, comme Bébo. Elle installe aussi la jeune
fille dans un univers très féminin dont l’atmosphère
particulière fait partie de ses souvenirs. Enfin, elle traduit
très justement, peut-être parce qu’elle les a
autrefois elle-même éprouvés, les sentiments
mélangés et le mal-être d’une adolescente
de quinze ans en quête d’amour et de vérité.
Tendres et tristes, ces lettres confidences veulent être un
message d’espoir. Par la lucarne entre un coin de ciel bleu
: « Dali est douée pour le bonheur »
et Kéthévane Davrichewy en persuade ses lectrices
avec talent et sensibilité.
Martine
Falgayrac
(janvier 2005)
Martine
Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école
élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage
de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût
et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature
jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner
et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore
activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

Du
même auteur :
Jason et les filles
L'Ecole des loisirs, 2004
Imbécile Heureux L'Ecole
des loisirs, octobre 2002
http://www.ecoledesloisirs.fr |