La lucarne
Médium, l’école des loisirs, 2005
à partir de 12 ans


 

Histoire d’ « une fille qui rêve un peu trop et qui écrit des lettres à un inconnu »

Tout en haut d’un pavillon menacé de destruction, Dali occupe « une mansarde jaunie et délabrée » où elle aime s’isoler du reste de la maison et rêver… Chaque jour, la jeune fille prend ses jumelles, avance son bureau juste sous la lucarne, grimpe sur la table «branlicotante» et observe les faits et gestes du garçon d’en face ; le bel adolescent inconnu, mystérieux, inaccessible, l’attire et la trouble. Elle se met à lui écrire, en secret, des lettres qu’il ne lira sans doute jamais ; avec autant de sincérité que dans un journal intime, elle lui livre sa vie, ses désarrois, ses craintes et ses espoirs…

Au fil des treize lettres, au compte porte-bonheur, Dali exprime tous les mots jusque là «murés au fond de sa gorge». La cohabitation est plutôt chaleureuse avec sa grand-mère Bébo, sa maman et ses deux petites sœurs Tamara et Tsiala ; ensemble elles passent, aux yeux des autres, pour de « charmantes bohêmes sans le sou » ou de « pitoyables parasites ». Car la vie est rude ; c’est Dali la plus responsable, c’est elle qui fait les comptes et ravitaille la maison. Dans sa chambre, tout est propre et rangé, elle aime l’ordre. Elle voudrait tant qu’il en soit de même dans la vie quotidienne. Le père les a laissées tomber mais il revient de temps en temps, au gré de son humeur. Quand il sort ses trois filles, c’est pour les exhiber auprès de ses maîtresses. Dali s’en méfie beaucoup et lui garde rancune.

De la même façon, elle supporte difficilement l’amant de sa mère, elle pressent déjà le départ du bel Italien séducteur, un nouvel abandon : « l’attente d’une catastrophe est parfois plus dure à vivre que la catastrophe elle-même »… Pour se blinder contre les assauts de l’angoisse, Dali se referme sur sa souffrance ; elle communique peu et « reste dans l’ombre ». Les jeunes de son âge la trouvent fière, méprisante et « voyeuse »… Elle se réfugie dans le rêve, se prend un jour à admirer le voisin d’en face, à envier son aisance : « Quand je te regarde, je ne pense à rien et un sentiment de bien-être m’envahit … Tu aimes ton image comme j’aimerais aimer la mienne». Et Dali continue à écrire au jeune homme ; le confident imaginaire lui apporte l’amitié, la complicité, la confiance, la compréhension dont elle a besoin. Elle a tellement peur de tout ce qui peut arriver dans la réalité. Peu à peu, les mots écrits soulèvent la chape de plomb qui pèse sur son cœur. Libérée de tracas intimes par cette manière de confession, Dali change ; les autres la trouvent « bizarre », un habitué de la maison pense qu’elle doit être «amoureuse» ! Ce qui est sûr, en tout cas, c’est qu’elle en train de s’ouvrir au monde et de l’apprivoiser…

Kéthévane Davrichewy livre un peu de sa mémoire quand elle évoque les traditions de chants et de danses qui imprègnent le quotidien de Dali : les grands-parents de l’auteur sont originaires de Géorgie, comme Bébo. Elle installe aussi la jeune fille dans un univers très féminin dont l’atmosphère particulière fait partie de ses souvenirs. Enfin, elle traduit très justement, peut-être parce qu’elle les a autrefois elle-même éprouvés, les sentiments mélangés et le mal-être d’une adolescente de quinze ans en quête d’amour et de vérité. Tendres et tristes, ces lettres confidences veulent être un message d’espoir. Par la lucarne entre un coin de ciel bleu : « Dali est douée pour le bonheur » et Kéthévane Davrichewy en persuade ses lectrices avec talent et sensibilité.

Martine Falgayrac
(janvier 2005)

Martine Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

Du même auteur :
Jason et les filles L'Ecole des loisirs, 2004
Imbécile Heureux L'Ecole des loisirs, octobre 2002

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