De la syncope musicale à la syncope littéraire
Pour son
premier roman, l’auteur a choisi de rendre hommage à
un musicien passionné de jazz, accordéoniste et
batteur, ayant préféré l’anonymat
à la reconnaissance, dont la vie est racontée
sous un nom d’emprunt, suite à une rencontre décisive
avec ce personnage bien réel vivant toujours à
l’heure actuelle dans le sud de la province de Luxembourg.
La vie de
ce petit rouquin mal aimé de sa mère, ne se consolant
pas de la mort d’une sœur adorée, accordéoniste
virtuose à douze ans puis jouant dans les bals de sa
région, la Lorraine belge, au cours de batterie du maître
Kenny Clarke en passant par la guerre de Corée en tant
que volontaire à dix-sept ans, se déroule d’une
façon mouvementée, à la mesure de cette
musique qu’il vénère, de cette syncope qui
est « une maladie musicale qui sert à guérir
la phrase » mais qui le sauvera : « sans
la musique je serais aux travaux forcés ».
Ce roman foisonnant (un demi-siècle d’histoire
contemporaine, de la turbulence de sa jeunesse à l’âge
de la retraite et la transmission du savoir) nous emporte en
un maelstrom verbal dans lequel les accidents rythmiques et
harmoniques, ces accords de « musique de nègre
», se conjuguent en mots et phrases swingantes, frappantes,
captivantes, enivrantes, envoûtantes, comme un respiration
syncopée ou chaloupée venant du soufflet de son
accordéon, comme un cœur qui bat avec des baguettes,
« avec des bouts de bois de fagots, il tape sur les
casseroles, les chaises, les portes, les armoires, il tape dans
les toilettes, sur les fenêtres, Louis est fou, on disait
à ma mère t’as engendré un fou, il
tape sur tout, tout le temps… »

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Louis
Mellyne, celui dont la photo aurait pu faire la couverture
des magazines spécialisés a donc décidé
de rester dans sa région. Lucien Putz, celui dont
le roman célèbre cette vie à la fois
de renoncement et d’exaltation, nous invite à
une réflexion sur la création artistique,
sur le sens à donner à son existence. Il
espère que le lecteur le suivra tout au long de
ce chemin et qu’il ne s’arrêtera pas
au premier caillou venu se coincer dans sa chaussure ;
qu’il soit rassuré, dans la mienne, je n’ai
pas trouvé le plus petit grain de sable.
Enfin, je voudrais citer la belle dédicace : «
A un artiste clandestin et exilé, accordéoniste
dissident et dissonant, maître batteur et ramasseur
de feuilles… avec la voix de Louis Mellyne.»
Total respect, Messieurs.
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Jacques
Chesnel
(mai 2008)
Jacques
Chesnel, membre démissionnaire de l'Académie
du Jazz, est l'auteur de plusieurs ouvrages sur le jazz dont
Le Jazz en quarantaine, 1940-1946 (Isoète) et
Les Grands Créateurs de Jazz avec G.Arnaud (Bordas)
; il a été consultant et auteur pour l'Encyclopédie
Encarta sur CD-Rom.
Peintre, il prépare une rétrospective de 50 années
de peintures inspirées par le Jazz.
www.jazz-chesnel.com

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