Le nom de code d’Anastasia
traduit de l'anglais par Agnès Desarthe
Neuf de L'Ecole des loisirs, 2004
à partir de 10 ans

 

Jolie Ecriture Fraîche et Idéale Contre les Assauts du Stress

Dans ce nouvel épisode de la série des Anastasia, la jeune fille choisit un nom de code, «Jeficas», et entame une correspondance avec un JHC très attirant. Elle aborde le monde des adultes, fascinée par leurs mystères. Elle se prépare en même temps à participer au mariage de Kirsten, la sœur de son amie Meredith, en tant que demoiselle d’honneur junior. Elle veut y être belle et admirée…

Anastasia Krupnik a 13 ans, mesure 1m71 : elle se décrit comme « une fille de 5e, maigre comme un clou, avec de grosses lunettes ». Le « tournant de sa vie » fut le jour où eurent lieu à la fois la naissance de son petit frère et la mort de sa grand-mère. Sam a maintenant 3 ans et « de temps à autre une étincelle démoniaque au fond de l’œil ». Le foyer est paisible, mère illustratrice, père poète à ses heures, les deux « sur la même longueur d’onde ». Frank le poisson rouge reçoit les confidences d’Anastasia quand elle ne les partage pas avec ses fidèles amies Sonya, Daphné et Meredith. Quant aux gars de 5e, ce sont vraiment « de gros nuls, immatures » !
D’ailleurs les quatre filles renoncent à courir après les garçons de leur âge : quelle économie de temps ! Anastasia s’oppose aussi à l’idée du mariage, pour ce qui la concerne seulement, car elle compte bien se montrer à celui des autres, c’est toujours l’occasion de faire la fête ! Que c’est bon de s’imaginer, derrière Kirsten, « dans une robe longue, descendant l’allée centrale, point de mire de tous les regards, impressionnés, admiratifs » ! Être belle et plaire en quelque sorte !
Mais si l’adolescente ne veut plus s’occuper des garçons, elle est intriguée par les hommes qui se cachent derrière les petites annonces d’une revue paternelle, la sérieuse New York Review of books. Secrètement, elle vient de répondre à celle-ci : « JHC, 28 ans, charme juvénile, fortune en héritage, recherche JF, grande, non-fumeuse, pour partager vacances aux Caraïbes et pourquoi pas histoire d’amour ». Souhaitant voiler sa véritable identité, et surtout sa jeunesse, elle utilise un nom de code : Jeficas. Elle convainc ses parents qu’il s’agit d’un surnom, contraction de « Je suis efficace » ! Pour son correspondant, le décodage varie : «Jolie, Elancée, Frivole, Impatiente, Célibataire, Attachante, Sensible » ou encore « Jolie Etudiante au Futur Intéressant, Coureuse Aimant le Sport ». L’affaire se complique lorsque Septimus Smith, le JHC en question, sélectionne Jeficas parmi les 416 réponses qu’il a reçues, réclame « une » photo et annonce sa visite pour le week-end du mariage. Préparation de la cérémonie et correspondance amoureuse se rejoignent alors dangereusement…

Loïs Lowry rapporte justement l’univers de questionnement et de doutes qui caractérise l’adolescence ; elle aime aussi les mots et son personnage joue avec eux, en voulant s’en servir ou les comprendre. Les mystérieux « woks » reçus par les mariés sont prétextes à de savoureux dialogues. Quant à « une » photo, cela peut bien être celle de n’importe qui, pas forcément la vôtre. Septimus dit aimer les « sloops », les « courses » et consacrer beaucoup de temps à la gestion de son « portefeuille » : Anastasia interprètera à sa façon… Ainsi de gentils quiproquos et malentendus émaillent le roman. La jeune fille sollicite ses parents pour saisir ce qu’on lui demande et ne pas avoir l’air trop bête ; mais elle n’hésite pas à recourir aux informations et conseils de divers magazines, Cosmopolitan par exemple. Le résultat est plein d’humour et parfaitement rendu en français par Agnès Desarthe.

Anastasia se sent prête pour une histoire d’amour, mais se rend compte, finalement, qu’elle est encore bien « Jeune, Excessive, Fauchée, Immature, Célibataire et - pour encore quelques- Années Solitaires ». L’aventure est toute en tendresse, pointant l’importance des échanges familiaux et la sensibilité de l’adolescence. Chaque chapitre se termine par une lettre d’Anastasia ou de Septimus : cette structure très organisée rassure et rythme le récit. On a très envie de lire d’autres petites aventures de cette héroïne sympathique et drôle, pour retrouver Loïs Lowry et sa Jolie Ecriture Fraîche et Idéale Contre les Assauts du Stress.

Martine Falgayrac
(juillet 2004)

Martine Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

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