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Louÿs
le voluptueux
«
L’important est d’avoir toujours une cigarette à
la main ; il faut envelopper les objets d’une nuée
céleste et fine qui baigne les lumières et les ombres,
efface les angles matériels, et, par un sortilège
parfumé, impose à l’esprit qui s’agite
un équilibre variable d’où il puisse tomber
dans le songe. »
Ainsi s’exprime
(n’en déplaise à nos contemporains hygiénistes)
un écrivain en mal d’inspiration, narrateur de la nouvelle
éponyme de ce recueil, qui voit un soir débarquer
chez lui une inconnue prétendant être une certaine
Callistô, venue de la Grèce Antique. L’écrivain
pense d’abord avoir à faire à une affabulatrice
mais les propos de la belle l’intriguent : elle soutient en
effet que rien n’a vraiment changé depuis son époque
lointaine, et elle s’en voit fort déçue. Puis,
en parfaite conférencière, elle énumère
avec force exemples tous les domaines dans lesquels les Grecs excellaient
déjà, déplorant qu’en près de
deux mille ans, l’espèce humaine n’ait pas su
inventer davantage et renouveler les arts, les ornements, la philosophie,
l’architecture, ou encore les plaisirs charnels. «
Vois-tu, le monde est un jeune homme qui donnait des espérances
et qui est en train de rater sa vie », lui dit-elle…
En quête d’une volupté « nouvelle »,
la femme fantôme (pourtant dotée de tous les attraits
nécessaires) séduit l’écrivain, qui ne
se fait pas prier. Ce texte (conte ou nouvelle, c’est selon)
à la fois érudit et cocasse est un bel hommage à
l’Antiquité, thème cher à Pierre Louÿs,
qui se montre ici fort inventif en télescopant deux époques
et deux visions de l’Histoire et de ses mouvements.
Dans le même
recueil, on retrouve l’antiquité dans La
nuit de printemps, sorte de vaudeville tragique (comme
si la tragédie ne pouvait appartenir qu’à cette
époque), où le grotesque le dispute à l’effroi.
Ailleurs, c’est Vénus qui est invoquée (Une
ascension au Venusberg), dans un texte où un
vieil homme tourmenté, pour ne jamais avoir goûté
à l’amour charnel (« je me suis damné
par ma faute en mentant chaque jour à la loi de la vie »),
se confie au narrateur.
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Un désespoir que l’on rencontre sous une autre
forme dans L’In-plano, Conte de Pâques,
où la petite Cécile, en l’absence de ses
parents, explore la bibliothèque qui lui est interdite,
un lieu qui lui offre un aperçu de la suite de malheurs
que la vie lui réserve ; une fable désespérante
et faussement édifiante, où l’hypocrisie
adulte (causée par le désir de surprotéger
l’enfant en lui dissimulant la vérité
de la condition humaine) est dévoilée, quand
le père dit à la fillette :
« Voilà ce qui arrive aux petites filles
qui vont dans les bibliothèques. Elles lisent sur la
vie certaines choses qu’elles n’ont pas besoin
de savoir… » |
D’autres,
pour échapper à certains tourments existentiels, se
réfugient dans le célibat, telle la narratrice de
La persienne, traumatisée par un drame sanglant
auquel elle a assisté à l’âge de 17 ans,
qui lui « a tout appris », par procuration,
des « réalités (…), tous les secrets
de la vie, de l’amour et de la mort… ». Si
l’auteur ne juge pas ouvertement ses personnages, il ne semble
pas non plus éprouver d’affection démesurée
pour eux, préférant les manipuler, épingler
leurs travers ou leurs postures morales, et les observer avec un
sourire que l’on imagine tout aussi narquois que celui du
lecteur, complice, qui découvrira avec délectation
ce petit recueil.
B.
Longre
(juillet 2008)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique
littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

lire
aussi
La fausse Esther -
Collection « les contes singuliers » Ed. Finitude, 2004
http://www.arbre-vengeur.fr/
Sur
l'auteur, on ira aussi lire cet article de Tang Loaëc :
Pierre
Louÿs et les 12 princesses
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