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" Il
n'est pas d'uvre moderne qui ne porte en elle l'indice ou
la justification de sa venue au monde ". Ce qu'a écrit
Jean Starobinski à propos des textes récents,
la critique génétique tente, depuis un bon quart de
siècle, de l'appliquer au champ littéraire tout entier.
Le livre de Louis Hay explique avec beaucoup de précision
la naissance, l'évolution, les procédés et
les enjeux de cette (relativement) nouvelle approche de la création.
Le critique,
ce " passeur entre l'univers des écrivains et celui
des lecteurs ", donne vie à l'uvre en la considérant
du côté des processus qui l'ont fait naître ;
en distinguant au préalable le texte - le produit fini livré
au lecteur sous sa forme unique - et l'écriture en mouvement,
qui donne forme au travail et informe sur le parcours, sur la "
littérature des écrivains ". On découvre
alors qu'il y a une " écriture à programme
" (celle de Schiller, de Zola, de Martin du Gard...) qui
se fonde sur des projets précis, et une " écriture
à processus " (celle de Goethe, de Valéry,
de Breton...) qui avance par paliers successifs ; que l'étude
des avant textes ouvre des horizons d'investigation larges et divers,
liés à la culture collective et individuelle, à
la construction esthétique, au langage ; bref que la critique
génétique nous fait pénétrer dans la
" troisième dimension de la littérature, celle
de son devenir ", nous mettant en position d'appréhender
l'uvre d'art à la fois comme un " nécessaire
" et un " possible ".
S'appuyant sur
des pages manuscrites de Valéry, Faulkner, Ponge, Perec etc.,
Louis Hay établit une typologie éclairante
des documents de genèse (carnets, cahiers, journaux) et montre
comment certains écrivains - dont Gide avec le Journal
des Faux-Monnayeurs, ou Ponge avec La fabrique du pré
- ont intégré à leur uvre le récit
même du travail littéraire. Les illustrations ne se
bornent pas à des exemples représentatifs d'un ensemble,
mais nous livrent aussi de surprenants manuscrits, tels ceux des
Suisses Robert Walser
et Gottfried Keller, saturant la page d'une écriture foisonnante.
C'est bien là l'un des mérites de l'ouvrage : mettre
en avant la double portée de l'étude génétique,
ses enjeux à la fois matériels et intellectuels, techniques
et interprétatifs. Et toute la dernière partie ("
Pratiques ") met l'accent sur la "codicologie",
sur l'apport des technologies modernes à l'analyse objective
des manuscrits - égratignant au passage certains leurres
et illusions de la graphologie -, sur l'histoire et l'avenir de
l'édition génétique redevable en particulier
à l'informatique.
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La
littérature des écrivains - dont le
titre évoque un point de vue complémentaire
de celui des lecteurs, le point de vue de la création
en regard de celui de la réception - est un ouvrage
indispensable à qui veut faire le point sur l'état
actuel de la critique génétique ; un point de
suspension, forcément provisoire dans un domaine en
pleine expansion. Les développements théoriques
et pratiques, les reproductions de documents, les définitions
typologiques, les rappels historiques et les études
de cas nous mènent au cur d'une science qui est
le pendant indispensable de la critique textuelle.
J-P.
Longre
(juillet 2002)
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Jean-Pierre
Longre, maître de conférences en littérature
du XXème siècle à l'Université Jean
Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical.
Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

Les
éditions José Corti
http://jose-corti.fr/
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