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Une
écrivaine démasquée
| Ce
court roman est un régal d’ironie sur l’Angleterre
victorienne. Il met en scène une famille de la gentry,
et une gouvernante écossaise. La jeune femme, à
son arrivée, se comporte comme un modèle du
genre. Non seulement elle possède toute la culture
et les compétences nécessaires à sa fonction,
mais elle manifeste aussi une gentillesse et un sens du service
qui ne peuvent qu’enchanter ses employeurs. Très
vite, cependant, se dessine une personnalité déterminée.
Elle n’hésite pas à rappeler à
l’ordre, discrètement mais fermement, le fils
aîné qui la traitait avec condescendance, et
manifeste des talents d’actrice exceptionnels.
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La charmante
jeune femme est donc une intrigante, fort habile. Le lecteur ne
l’ignore pas, ayant accès à l’envers du
décor. C’est un délice de la voir mener sa route,
à l’insu de ses employeurs. Ceux-ci sont abusés
par leur naïveté parfois, mais surtout par leur complaisance
et leur arrogance de classe. C’est en cela que réside
l’ironie, ces multiples petits riens où transpirent
les préjugés, qui aiguillonnent le désir de
revanche de Miss Muir. Ele joue habilement des sentiments complexes
entretenus par son entourage envers une « inférieure
». On la voit utiliser, classiquement, la flatterie et la
séduction. Plus habilement, elle sait aussi profiter des
bons sentiments et de la véritable gentillesse de certains
à son égard. Même, elle parviendra, de façon
magistrale, à détourner à son profit le sens
de l’honneur de l’oncle titré – honneur
dont elle est dépourvue, mais qui la sauvera.
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Ainsi,
sur un argument plutôt banal, celui de la gouvernante
intéressée, l’histoire se déroule
de façon assez fine et moderne. Bien que très
ancrée dans les mœurs d’une époque,
elle comporte une morale, ou une absence de morale, qui se rit
des travers de cette société. Le dénouement
reste incertain jusqu’à la fin, ce qui laisse au
lecteur le plaisir du suspense et d’un récit bien
mené, avec des personnages prévisibles mais nuancés,
et une méchante moins malfaisante et ingrate qu’on
ne pourrait le croire.
Ce livre est une heureuse surprise, d’autant que l’auteur,
l’américaine Louisa May Alcott, est connue du public
français comme l’auteur des Quatre
filles du Docteur March (Little Women).
Dans Behind the Mask, publié
en 1866 sous le pseudonyme de A.M. Barnard, on découvre,
loin des chroniques domestiques, une facette très différente
de cette écrivaine |
Laurence
Tourniaire
(mai 2004)

Hesperus
Press
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