Behind a Mask, or A Woman’s Power
Hesperus Press, 2004

Derrière le masque
traduit et préfacé par
Veronique David-Marescot
Editions Interférences, 2002


Une écrivaine démasquée

Ce court roman est un régal d’ironie sur l’Angleterre victorienne. Il met en scène une famille de la gentry, et une gouvernante écossaise. La jeune femme, à son arrivée, se comporte comme un modèle du genre. Non seulement elle possède toute la culture et les compétences nécessaires à sa fonction, mais elle manifeste aussi une gentillesse et un sens du service qui ne peuvent qu’enchanter ses employeurs. Très vite, cependant, se dessine une personnalité déterminée. Elle n’hésite pas à rappeler à l’ordre, discrètement mais fermement, le fils aîné qui la traitait avec condescendance, et manifeste des talents d’actrice exceptionnels.

La charmante jeune femme est donc une intrigante, fort habile. Le lecteur ne l’ignore pas, ayant accès à l’envers du décor. C’est un délice de la voir mener sa route, à l’insu de ses employeurs. Ceux-ci sont abusés par leur naïveté parfois, mais surtout par leur complaisance et leur arrogance de classe. C’est en cela que réside l’ironie, ces multiples petits riens où transpirent les préjugés, qui aiguillonnent le désir de revanche de Miss Muir. Ele joue habilement des sentiments complexes entretenus par son entourage envers une « inférieure ». On la voit utiliser, classiquement, la flatterie et la séduction. Plus habilement, elle sait aussi profiter des bons sentiments et de la véritable gentillesse de certains à son égard. Même, elle parviendra, de façon magistrale, à détourner à son profit le sens de l’honneur de l’oncle titré – honneur dont elle est dépourvue, mais qui la sauvera.

Ainsi, sur un argument plutôt banal, celui de la gouvernante intéressée, l’histoire se déroule de façon assez fine et moderne. Bien que très ancrée dans les mœurs d’une époque, elle comporte une morale, ou une absence de morale, qui se rit des travers de cette société. Le dénouement reste incertain jusqu’à la fin, ce qui laisse au lecteur le plaisir du suspense et d’un récit bien mené, avec des personnages prévisibles mais nuancés, et une méchante moins malfaisante et ingrate qu’on ne pourrait le croire.
Ce livre est une heureuse surprise, d’autant que l’auteur, l’américaine Louisa May Alcott, est connue du public français comme l’auteur des Quatre filles du Docteur March (Little Women). Dans Behind the Mask, publié en 1866 sous le pseudonyme de A.M. Barnard, on découvre, loin des chroniques domestiques, une facette très différente de cette écrivaine

Laurence Tourniaire
(mai 2004)

Hesperus Press
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