Losing Gemma
Michael Joseph / Penguin, avril 2002
Comment j'ai perdu mon amie
traduction de P. Rouard
Denoël, avril 2002

The Mermaid's Purse
Penguin, 2004

 

Il arrive qu’un deuxième roman ne soit pas à la hauteur du précédent...

...et les écueils que l’on rencontre dans The Mermaid’s Purse (rythme faiblard, événements et résolution prévisibles) n’apparaissaient pas dans Losing Gemma, un excellent premier roman à suspense. Ici, dès le départ, l’auteure offre beaucoup trop de clés au lecteur qui, passif et peu sollicité, observe avec une indifférence grandissante les émois psychologiques et professionnels de Cass Bainbridge – celle-ci a quitté Londres pour Brighton, laissant derrière elle un compagnon plutôt vexé – et dont la paranoïa irrite… La réflexion sur les notions de filiation et de perte demeure malheureusement trop superficielle pour nous atteindre et les bonnes idées de départ (Londonienne isolée en province, sentiment d’inadéquation et d’aliénation sociales, perte des repères quotidiens) sont certes exploitées, mais l’auteure enfonce des portes ouvertes, sans jamais nous surprendre…

De surcroît (et pour finir), trop d’invraisemblances narratives submergent le récit, qui se veut au départ psychologico-poético-réaliste... Bref, si l'on veut lire ce roman il faut le faire de loin, éventuellement pour satisfaire sa curiosité (en attendant le troisième…), tout sachant que l’on n’en tirera certainement pas le plaisir escompté !

B. Longre
(novembre 2004)

 

 

 

 

Losing Gemma, Michael Joseph / Penguin, 2002
Comment j'ai perdu mon amie, Denoël, 2002

Périple cauchemardesque

Esther et Gemma sont inséparables depuis l'enfance, mais tandis que la première semble vouée à réussir tout ce qu'elle entreprend, l'autre, un peu complexée, ne cesse de se renfermer, assaillie par des difficultés familiales et le désintérêt de ses parents. A vingt-trois ans, Esther vient de réussir sa licence d'anthropologie à Oxford et embarque Gemma sur les routes de l'Inde, un voyage qu'elle prépare depuis de nombreux mois et qui pourra enfin faire d'elle une vraie baroudeuse, assurée et expérimentée. Gemma n'est jamais vraiment sortie d'Angleterre et est accablée par la chaleur et les doutes dès que les deux jeunes filles débarquent à l'aéroport de Delhi. Esther la téméraire, en quête d'aventures imprévisibles, refuse d'être une banale touriste et préfère laisser faire le hasard, en dépit des peurs que Gemma la docile exprime à demi mots; l'arrogance et la naïveté de la première les entraînent alors dans des situations inextricables, et transforment leur voyage initiatique, parsemé d'étranges rencontres, en un périple perdu d'avance, quasi cauchemardesque. Peu à peu, Esther a l'impression que Gemma lui échappe, l'évite, pour bientôt totalement la rejeter... De Delhi à Calcutta, puis d'Orissa à Agun Mazir, un village reculé où des centaines de pèlerins viennent rendre hommage à un tombeau musulman, l'on suit leurs mésaventures, leur amitié qui s'effiloche et leur relation houleuse avec Coral, une jeune fille plutôt étrange, qui s'accroche insidieusement à elles.

Lorsque Esther comprend qu'elle a définitivement perdu Gemma, ses certitudes s'effondrent, et ce n'est que plusieurs années plus tard, de retour en Inde, qu'elle osera affronter la vérité et remonter aux causes véritables de la disparition de son amie.
Excepté quelques incartades dans les pensées de Gemma, le récit gravite autour d'Esther, aux prises avec l'effondrement de son monde et de ce qu'elle croyait être des valeurs sûres; elle a beaucoup étudié, mais la découverte de l'Inde, sur le terrain, lui réserve des surprises ; elle s'y voit contrainte d'adapter son mode de pensée occidental à un autre système culturel qu'elle avait, jusqu'à présent, l'illusion de comprendre ; la perte des repères dans un environnement nouveau, voire hostile, est particulièrement bien décrite et participe à l'élaboration du suspense et de la paranoïa grandissante du personnage. De la même façon, elle croit connaître Gemma, et ne s'attend nullement à la métamorphose de leur amitié.

L'auteure, anthropologue et professeur à l'université du Sussex, a vécu une année durant dans une famille musulmane du Bangladesh ; elle en a ramené des notes qui alimentèrent ses recherches académiques, mais aussi un recueil de nouvelles, qui s'inspirent de cette expérience (Songs at the River's Edge: stories from a Bangladeshi village). Ses voyages l'ont aussi amenée en Inde, où elle a séjourné plusieurs mois, un voyage qui a changé sa vie, et qui a largement influencé ce roman, même si l'histoire qu'il raconte n'a rien d'autobiographique. L'auteur concilie parfaitement le fait d'écrire deux types d'ouvrages différents (l'un purement académique, l'autre fictionnel) et explique qu'elle voit en l'anthropologie une autre façon de raconter des histoires. Loin d'être un banal thriller, Losing Gemma est discrètement sous-tendu de multiples questions sur la condition féminine et le choc des cultures, sur le tiers-monde et son économie (est-il moral, par exemple, de donner de l'argent à des enfants affamés, au risque de déstabiliser l'économie locale ?) ; une excellente aventure exotique et psychologique, bien ficelée, au suspense bien mené.

B. Longre
(avril 2002)

Du même auteur
Songs at the River's Edge (nouvelles) (Virago, 1991; Pluto Press, 1996)
Global Migrants, Local Lives : Travel and Transformation in Rural Bangladesh
(Oxford University Press, 1995).
Anthropology, Development and the Post-modern Challenge (avec David Lewis)
(Pluto Press, 1997)

http://www.penguin.co.uk

http://www.penguin.co.uk/Book/BookFrame/0,1011,,00.html?0CS

http://www.sussex.ac.uk/press_office/media/media204.shtml

du même auteur
http://www.sai.uni-heidelberg.de/intwep/zingel/gardne97.htm
http://www.wluml.org/english/publications/dossiers/dossier21/