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Il
arrive qu’un deuxième roman ne soit pas à la
hauteur du précédent...
...et les écueils
que l’on rencontre dans The Mermaid’s Purse
(rythme faiblard, événements et résolution
prévisibles) n’apparaissaient pas dans Losing
Gemma, un excellent premier roman à suspense.
Ici, dès le départ, l’auteure offre beaucoup
trop de clés au lecteur qui, passif et peu sollicité,
observe avec une indifférence grandissante les émois
psychologiques et professionnels de Cass Bainbridge – celle-ci
a quitté Londres pour Brighton, laissant derrière
elle un compagnon plutôt vexé – et dont la paranoïa
irrite… La réflexion sur les notions de filiation et
de perte demeure malheureusement trop superficielle pour nous atteindre
et les bonnes idées de départ (Londonienne isolée
en province, sentiment d’inadéquation et d’aliénation
sociales, perte des repères quotidiens) sont certes exploitées,
mais l’auteure enfonce des portes ouvertes, sans jamais nous
surprendre…
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De
surcroît (et pour finir), trop d’invraisemblances
narratives submergent le récit, qui se veut au départ
psychologico-poético-réaliste... Bref, si l'on
veut lire ce roman il faut le faire de loin, éventuellement
pour satisfaire sa curiosité (en attendant le troisième…),
tout sachant que l’on n’en tirera certainement
pas le plaisir escompté !
B.
Longre
(novembre 2004) |
Losing
Gemma, Michael
Joseph / Penguin, 2002
Comment j'ai
perdu mon amie, Denoël, 2002
Périple
cauchemardesque
Esther et Gemma
sont inséparables depuis l'enfance, mais tandis que la première
semble vouée à réussir tout ce qu'elle entreprend,
l'autre, un peu complexée, ne cesse de se renfermer, assaillie
par des difficultés familiales et le désintérêt
de ses parents. A vingt-trois ans, Esther vient de réussir
sa licence d'anthropologie à Oxford et embarque Gemma sur
les routes de l'Inde, un voyage qu'elle prépare depuis de
nombreux mois et qui pourra enfin faire d'elle une vraie baroudeuse,
assurée et expérimentée. Gemma n'est jamais
vraiment sortie d'Angleterre et est accablée par la chaleur
et les doutes dès que les deux jeunes filles débarquent
à l'aéroport de Delhi. Esther la téméraire,
en quête d'aventures imprévisibles, refuse d'être
une banale touriste et préfère laisser faire le hasard,
en dépit des peurs que Gemma la docile exprime à demi
mots; l'arrogance et la naïveté de la première
les entraînent alors dans des situations inextricables, et
transforment leur voyage initiatique, parsemé d'étranges
rencontres, en un périple perdu d'avance, quasi cauchemardesque.
Peu à peu, Esther a l'impression que Gemma lui échappe,
l'évite, pour bientôt totalement la rejeter... De Delhi
à Calcutta, puis d'Orissa à Agun Mazir, un village
reculé où des centaines de pèlerins viennent
rendre hommage à un tombeau musulman, l'on suit leurs mésaventures,
leur amitié qui s'effiloche et leur relation houleuse avec
Coral, une jeune fille plutôt étrange, qui s'accroche
insidieusement à elles.
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Lorsque
Esther comprend qu'elle a définitivement perdu Gemma,
ses certitudes s'effondrent, et ce n'est que plusieurs années
plus tard, de retour en Inde, qu'elle osera affronter la vérité
et remonter aux causes véritables de la disparition de
son amie.
Excepté quelques incartades dans les pensées de
Gemma, le récit gravite autour d'Esther, aux prises avec
l'effondrement de son monde et de ce qu'elle croyait être
des valeurs sûres; elle a beaucoup étudié,
mais la découverte de l'Inde, sur le terrain, lui réserve
des surprises ; elle s'y voit contrainte d'adapter son mode
de pensée occidental à un autre système
culturel qu'elle avait, jusqu'à présent, l'illusion
de comprendre ; la perte des repères dans un environnement
nouveau, voire hostile, est particulièrement bien décrite
et participe à l'élaboration du suspense et de
la paranoïa grandissante du personnage. De la même
façon, elle croit connaître Gemma, et ne s'attend
nullement à la métamorphose de leur amitié. |
L'auteure, anthropologue
et professeur à l'université du Sussex, a vécu
une année durant dans une famille musulmane du Bangladesh
; elle en a ramené des notes qui alimentèrent ses
recherches académiques, mais aussi un recueil de nouvelles,
qui s'inspirent de cette expérience (Songs at the River's
Edge: stories from a Bangladeshi village). Ses voyages l'ont
aussi amenée en Inde, où elle a séjourné
plusieurs mois, un voyage qui a changé sa vie, et qui a largement
influencé ce roman, même si l'histoire qu'il raconte
n'a rien d'autobiographique. L'auteur concilie parfaitement le fait
d'écrire deux types d'ouvrages différents (l'un purement
académique, l'autre fictionnel) et explique qu'elle voit
en l'anthropologie une autre façon de raconter des histoires.
Loin d'être un banal thriller, Losing Gemma
est discrètement sous-tendu de multiples questions sur la
condition féminine et le choc des cultures, sur le tiers-monde
et son économie (est-il moral, par exemple, de donner de
l'argent à des enfants affamés, au risque de déstabiliser
l'économie locale ?) ; une excellente aventure exotique et
psychologique, bien ficelée, au suspense bien mené.
B.
Longre
(avril 2002)
Du
même auteur
Songs at the River's Edge (nouvelles) (Virago, 1991;
Pluto Press, 1996)
Global Migrants, Local Lives : Travel and Transformation in Rural
Bangladesh
(Oxford University Press, 1995).
Anthropology, Development and the Post-modern Challenge (avec
David Lewis)
(Pluto Press, 1997)

http://www.penguin.co.uk
http://www.penguin.co.uk/Book/BookFrame/0,1011,,00.html?0CS
http://www.sussex.ac.uk/press_office/media/media204.shtml
du
même auteur
http://www.sai.uni-heidelberg.de/intwep/zingel/gardne97.htm
http://www.wluml.org/english/publications/dossiers/dossier21/
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