Pommes de pin
de François David, illustrations d’Eric Battut
Les petits vers
d’Arnauld Pontier, illustrations d’Anne Buguet
Lo Pais d’enfance, Le Rocher, 2005

 

Poèmes à lire et à dire


Lo Pais d’Enfance, maison née en 1995, publie des recueils de poèmes pour jeunes lecteurs. Une collection d’albums a fait son apparition quelques années plus tard (Eric Battut, Jennifer Dalrymple, Michel Cosem, Michel Piquemal, etc.)

La réalité détournée

Les poèmes de François David ont la forme et la tournure de haïkus : quand quelques mots suffisent à révéler une énigme infime, à conférer un nouvelle texture aux choses environnantes, à capter un instant singulier ; Pommes de pin est un recueil de courts poèmes qui décrivent quelques gestes insérés au quotidien, un regard vers le lointain ou un coup d’œil lancé à un chat, une balle rouge que l’on garde en poche ou encore un cerf-volant échappé, des petits riens qui se font essentiels : « Le rocher / en forme de visage / me fixe de tous ses yeux / absents.»

Des clins d’œil qui se répètent quand le réel ploie et cède sous la plume du poète : les draps sont ici des vagues, l’oiseau est un parapente, et vice-versa… La pudeur qui se dégage de l’ouvrage est particulièrement en phase avec les esquisses épurées en regard, mais l’humour n’est jamais loin et se retrouve dans des jeux de mots, qui arrivent par surprise, et ponctuent quelques-uns des textes : « Sur le sentier qui serpente / soudain / une vipère. / Un pas de côté juste à temps pour / éviter sa mort sûre. » !

L’apologue amusant

Autre poète, autre style. Arnauld Pontier, lui, investit avec énergie l’univers de la fable animalière et propose un charmant éventail de textes en rimes qui jouent avec bonheur sur les assonances et autres allitérations que nous offre la langue ; il propose un regard différent sur quelques animaux familiers ou exotiques : en exploitant les clichés et le symbolisme auxquels on associe généralement le zèbre, le mille-pattes ou le pou, et en les détournant ou en les modifiant légèrement.

Le résultat est cocasse et astucieux, comme dans Le dromadaire et le chameau, une brève histoire de fraternité, ou dans Le morse (qui « vient d’envoyer un message codé » sans se douter qu’un danger se prépare). De nombreuses saynètes mettent en scène les petits des animaux (Drôle de zèbre, Petit crocodile) et l'on rencontre ailleurs des personnages fanfarons ou bourrés d’autres défauts (Kangourou fiérot, Les castors, Le roi lion), comme on en voit dans les fables traditionnelles ; on trouvera là aussi de la tendresse pour les plus petits (Le petit ours, ou Cafard Trouillard). Inutile d’y chercher d’édifiantes leçons de morales – l’idée consiste ici à divertir et à inciter à lire et/ou à dire, pour que soit jouée la musique des mots.

Blandine Longre
(janvier 2006)

de François David
On n'aime pas les Chats - ill. G. Alibeu, Sarbacane, 2006
Oh ! Les amoureux - avec Isabelle Simon (Sarbacane)
Un éléphant peut en cacher un autre - collectif d'illustrateurs (Sarbacane)
Je suis un ange (Motus)
Poèmes sans queue ni tête d’après Edward Lear, ill. Henri Galeron, (Motus)
La petite sœur de Kafka, ill. Anne Herbauts, (Esperluète)
Chat qui vole (Editions du jasmin)
L'oiseau bonheur ill. L. Corvaisier(Albin Michel)
Est-elle Estelle ? ill. Alain Gauthier (Motus)
Les enfants de la lune et du soleil, ill. Henri Galeron (Motus)

d'Anauld Pontier
romans
Equinoxe (Actes Sud 2006)
Le Cimetière des anges (Actes Sud 2005)
La Treizième cible (Actes Sud 2003)
La fête impériale (Actes Sud 2002 / Babel 2006)

pour la jeunesse
La légende du jardin japonais ill. François Place (A. Michel jeunesse)

http://www.arnauld-pontier.com