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Nouvelles chroniques san franciscaines
La narratrice,
Izzy Spellman, vit peut-être à San Francisco, mais
ne ressemble pas à la Mary Ann des fameuses Chroniques
de la susdite ville, d’Armistead Maupin. Izzy, 28 ans, habite
encore chez papa maman… qui sont aussi ses employeurs ; une
situation qui l’empêche de mener une existence paisible,
quoique ce ne soit pas l’objectif de la jeune femme, très
tôt formée au palpitant métier de détective
privé, comme le veut la tradition familiale. Elle se surprend
à rêver d’indépendance, tente de démissionner
(entre autres pour se venger de ses géniteurs, qui la harcèlent),
en pure perte. Au fil de l’aventure, elle prend conscience
que ses talents sont limités et que fouiner dans la vie des
autres, les filer ou les surveiller sont les seules missions qu’elle
soit capable de remplir (et encore…).
Entre une mère qui veut coûte que coûte la caser
avec un avocat (n’importe lequel, pourvu qu’il ne ressemble
pas aux garçons qui, jusqu’à présent,
se sont succédés dans la vie d’Izzy), un oncle
alcoolique (qui s’offre régulièrement des fugues
dans des tripots clandestins), un frère «parfait»,
aux antipodes de la narratrice, une jeune sœur qui pratique
le chantage à tout va et s’exerce à la filature
sauvage, Izzy (sans parler de ses propres failles) a rarement le
temps de reprendre son souffle.
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C’est
avec un humour acide et une vivacité que nombre d’héroïnes
lui envieront qu’elle narre ses aventures, que ce
soient les « guerres spellmaniennes »,
ses déboires sentimentaux, les affaires qu’elle
est chargée de résoudre, son adolescence chaotique
(longue suite de cuites et de petits méfaits dont
elle a dressé la liste) ou les facéties de
sa sœur, calculatrice, capricieuse mais très
futée… On ne se lasse pas du récit des
brouilles à répétition, des tentatives
d’ingérence des uns dans la vie des autres,
de sa quête de l’homme idéal (elle a
toujours en vue un futur ex-petit ami – sur lequel
elle ne se fait pas d’illusion…). Lisa Lutz,
dont c’est ici le premier roman, a créé
une figure féminine attachante, gaffeuse subversive
mais lucide, loin d’être superficielle, et dont
le parcours cocasse explore la vie de famille et ses limites,
les relations entre générations et la difficulté
à se séparer – mieux que n’importe
quel essai psychosociologique.
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En filant Izzy
jour et nuit, ses parents font peut-être de sa vie un enfer,
mais leur comportement n’est que l’expression de leur
attachement démesuré… (C’est du moins
ce qu’ils prétendent). Les Spellman, famille californienne
atypique, foncièrement fantaisiste, sont à l’image
de ce premier opus, dans lequel l’auteure exploite et détourne
avec aplomb tous les poncifs liés au genre du roman de détective
– les « affaires » à résoudre n’étant
que des prétextes permettant à Izzy de se dévoiler
(ou d’être humiliée)… Avec un seconde tome
et un long-métrage en préparation, une affaire à
suivre…
Blandine
Longre
(juillet 2007)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais,
est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et
critique littéraire, elle s’intéresse tout
particulièrement aux écritures contemporaines (francophone,
anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature
pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation)
et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

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