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Que la force...
Loïc Le
Borgne, écrivain journaliste, s’est fait connaître
en littérature avec sa trilogie publiée chez Mango,
dans la collection Autres mondes : Le Cycle
d’Eden. Destiné aux adolescents, ce Space
opera entraîne les lecteurs dans un voyage à la fois
poétique et très animé, en compagnie de la
jeune Marine et de ses compagnons embarqués à la recherche
d’un mythique Monde bleu. L'auteur revient aujourd’hui
en force avec un roman fantastique d’une rare intensité,
dans lequel il explore les terreurs de l’enfance.
Le narrateur, un homme de 37 ans, n’a rien oublié de
son enfance à Duarraz, petit village breton proche de Rennes,
de ses amis disparus, des heures noires vécues avec eux,
et surtout du Bonhomme noir qui a hanté leurs jours et leurs
nuits. Pour un temps seulement, cela s’était estompé,
bulle de répit illusoire, mais voilà que cela revient
aujourd’hui, alors que son fils, Tristan, dix-sept ans, veut
se rendre seul à l’enterrement de son amie, parce que
l’on ne peut pas lutter contre le temps, on ne peut pas effacer.
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Alors,
pour libérer ce qu’il a enfoui, pour dire l’indicible,
il va écrire, écrire pour son fils, écrire
pour lui aussi et pour sa femme, Marie, morte deux ans plus
tôt : « Je vais écrire ces jours enfuis,
Une histoire de peur et de néant, mais aussi de rires
et de lumière. » Il raconte l’année
de ses onze ans, c’était en 1980, pas tout à
fait le Moyen-Age mais presque, dit-il. Une époque
où il n’y avait pas de consoles, pas d’ordinateurs
dans toutes les maisons, pas de TGV ni de téléphones
portables. Une époque cependant où les gosses
avaient des héros venus de la Guerre des Etoiles
ou du pays du Soleil levant : Luke Skywalker le Jedi magnifique,
ou bien Actarus, le pilote de Goldorak ! |
Tout commence
le dimanche de Pâques, un jour qui aurait dû être
joyeux et festif. Mais ce dimanche marque la première fissure
dans l'insouciance et le cocon de l'enfance. Les cloches qui arrivent
sont noires et menaçantes. La menace se précise dans
les semaines qui suivent et la petite bande d'amis, Maël, Mélanie,
Francis-Emmanuel, Sébastien, Karl, le narrateur et son jeune
frère Alric, va vivre d'étranges moments, être
confrontée à des situations très angoissantes,
découvrir la mort et le mal : un cadavre mutilé le
long d'un wagon désaffecté, des corbeaux inquiétants,
un doberman tueur, une église investie par le mal, une femme
noyée dans la rivière... Et puis il y a aussi les
crises d'hystérie qui frappent les gens ordinaires sans prévenir,
qui se manifestent par les yeux dont le blanc devient noir, et qui
les transforment en créatures incontrôlables, l'invasion
des scarabées, les corps qui volent et se désarticulent
... Et surtout, l'étrange silhouette au long manteau noir,
coiffée d'un chapeau haut-de-forme, qui hante les village
et les alentours, que les enfants croisent sur leur chemin, ce Bonhomme
noir, ce croquemitaine silencieux et omniprésent ! Que veut-il
? Que cherche-t-il ? Qui ? Est-ce le mal absolu ? Pourquoi Maël,
le garçon récemment arrivé à Duarraz,
dont la vie passée comporte une zone d'ombre, serait-il au
centre du drame ?
Ce récit
terrifiant, mené avec une parfaite maîtrise, nous entraîne
dans un endroit paisible et sans histoire, où le noir et
l'inexplicable font irruption, englué par une horreur sur
laquelle il est difficile de mettre un nom, dont on ne comprend
pas la cause. Les héros sont des enfants, à la vie
très ordinaire, qui se retrouvent plongés dans quelque
chose qui les dépasse mais qu'ils affrontent avec inconscience,
courage, peur, détermination, tout cela à la fois,
en trouvant du réconfort dans ce qui les unit et dans les
jeux où ils convoquent leurs héros invincibles. Malgré
la menace qui pèse sur eux, ils trouvent encore l'énergie
de jouer, de transformer leurs vélos en fringants coursiers
et leurs bouts de bois en sabres laser. C'est aussi ce qui fait
leur force et leur permet de survivre.
L'écriture
de Loïc le Borgne est efficace, souvent musicale, très
rythmée, toujours au service du récit dans lequel
on s'engouffre en retenant son souffle. Sa grande force réside
dans ce qu'il parvient à restituer de l'enfance, avec des
notations très précises, souvent nostalgiques, sur
l'atmosphère des années quatre-vingts, sur la capacité
à vivre ce qui n'est pas vivable, sur la manière dont
on peut surmonter une telle épreuve, sur les protections
que l'on met en place et sur toutes les fêlures qui accompagnent
tout au long de la vie.
Avec Je suis ta nuit, Loïc Le Borgne
rejoint les maîtres américains du genre, on pense bien
évidemment au Ça, de Stephen
King, entre autres. Ce qui est une excellente filiation.
Loïc Le Borgne a dû être un Jedi quand il avait
onze ans, et la Force est toujours avec lui ! Chapeau !
Catherine
Gentile
(mars 2008)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature
de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant
plus de quinze ans.

Dans
la même collection
La trilogie du gardien, tome 1 : Mu Le
feu sacré de la terre de David Klass
http://www.editionsintervista.com/
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