I am not these feet
de Kaisa Leka
traduit de l’anglais
éditions Cactus, 2006

 

 


Kaisa Leka est une bien singulière personne ! Cette jeune femme à la silhouette fine et délicate, souriante et détendue, est pourtant forte et déterminée, intelligente et sensible ; elle a fait des choix déterminants qu’elle raconte dans cet album, I am not these feet, le journal intime qu’elle a tenu au printemps 2002, alors qu’elle était hospitalisée pour quelques semaines, à la suite d’une double amputation des jambes !

L’album s’ouvre sur la genèse, son enfance où elle raconte combien ses pieds la faisaient constamment souffrir à cause d’une malformation provoquant une arthrose impossible à guérir. Durant toute son enfance puis son adolescence, Kaisa a dû supporter ce mal, à peine soulagé par des médicaments anti-douleurs qui s’avéraient de plus en plus inefficaces. En 2001, Kaisa a alors 23 ans et elle rencontre une jeune fille amputée qui marche mieux qu’elle ! Elle décide alors l’amputation et le 4 mars, elle entre à l’hôpital et, dit-elle « Je me coupe des ongles des pieds pour la dernière fois ». « Tout le monde à l’hôpital me prend pour une folle. » Elle se fait opérer le lendemain, souffre, apprend à faire correctement ses bandages, lutte comme elle peut contre le stress et l’angoisse, continue à utiliser le mot «pied », reçoit et apprivoise ses prothèses qu’elle n’a pas l’intention de « couvrir avec du plastique couleur peau » parce qu’elle ne veut pas avoir honte d’être et de montrer qu’elle est une handicapée, pense et panse ses plaies et réapprend à marcher.

C’est donc le récit de cette expérience forte qu’elle nous livre ici, en bande dessinée, avec une incroyable maturité et une grande lucidité sur sa démarche, assumant pleinement toutes ses décisions. Ce qui donne encore plus de force au récit, c’est le parti pris graphique. Kaisa choisit un trait minimaliste qui confine à l’épure, un noir et blanc sobre, un dessin qui va à l’essentiel, privilégiant le personnage, un décor quasi absent. Un découpage classique, sans fioritures, efficace. Elle choisit aussi de se montrer en souris, comme celles de Walt Disney, comme tous les personnages qui interviennent dans le récit. Cela donne un côté naïf mais permet aussi au lecteur, et sans doute à la narratrice, de prendre du recul face au propos. Soulignons enfin le dessin de scie qui envahit la couverture intérieure et qui conclut aussi l’album : « Regarde ! J’ai fait un gâteau en souvenir de mes pieds. Il ressemble à une scie. » Humour toujours présent !
Un livre qui interpelle, qui fait réfléchir, qui a du sens, et que l’on ne risque pas d’oublier. Chapeau !

Catherine Gentile
(Janvier 2007)

Catherine Gentile est documentaliste, formatrice en littérature jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville et auteur de Bulles en stock (Bibliographie sélective et commentée de bandes dessinées, ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant plus de quinze ans.

 

Site de Kaisa Leka
http://www.kaisaleka.net/mina/

Interview de Kaisa Leka, sur le site du C.R.L. de Basse-Normandie. L’auteure était l’une des invitée de la quinzième édition des Boréales qui s’est déroulée à Caen, en novembre dernier, dédiée à la Finlande.
http://www.crl.basse-normandie.com/0-actu/004/004.html

Editions Cactus, 4, rue du Clos des Roses, 14 000 Caen.
www.editions-cactus.com