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avec Claire Semet,
Jessica Pognant, Christophe Delachaux et Philippe Nesme
Un couple à
la dérive fait l'acquisition d'un objet censé donner
un nouvel élan à leurs ébats amoureux : un
lit mathématiquement parfait (2 mètres sur 2, exactement
ce qu'il faut pour deux personnes...), qui n'attend plus que d'être
étrenné. Mais un lit peut-il réellement changer
une vie ? Il leur faut se rendre à l'évidence, et
las de tourner autour de cet immense lit glacial, nos deux névrosés
font appel à deux de leurs amis qui eux, sauront bien baptiser
l'objet.
Entre grosse farce et théâtre de l'absurde, cette pièce
de l'auteur espagnol Sergi Belbel joue sur les registres de l'excès
et de la provocation : outrance des costumes et des couleurs, des
caricatures et des imprévisibles échanges. On craint
souvent de plonger dans le vaudeville et la vulgarité gratuite,
et pourtant, au-delà du comique de situation, se dégage
un malaise palpable, engendré par la vacuité existentielle
d'êtres à l'agonie sous les masques, des personnages
qui se raccrochent à la symbolique de l'objet : le lit, catalyseur
des sentiments perdus et dont la possession donne l'illusion d'aimer
encore ; le lit, "objet tel qu'en lui-même",
cinquième élément muet et intouchable, auquel
les personnages vouent bientôt un culte qui vire au fétichisme.
L'originalité de la création tient surtout à
sa structure inversée : des bribes de saynètes se
reconstituent peu à peu, créant ainsi un subtil dédale
de situations, même si quelques scènes auraient mérité
d'être écourtées (le comique de répétition
entraînant forcément une certaine lassitude). Mais
l'entrain débridé du quinconce (n'oublions pas le
lit !) rattrape le tout et, allié à l'ingéniosité
et à la précision des enchaînements et des rituels,
on a plaisir à retrouver ici une vivacité cruelle
quasi almodovaresque...
B.
Longre
(décembre 2001)

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