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Livre-témoignage
Carlos Liscano
a vingt-deux ans lorsque le régime militaire uruguayen l’envoie
en prison pour des raisons politiques. Il y passera treize années
de sa vie. Treize années durant lesquelles il apprendra à
comprendre l’incompréhensible, à vivre l’invivable,
et cela afin de pouvoir tout simplement continuer à exister
sous la torture physique et psychologique. Ces treize années
d’emprisonnement représenteront, pour Carlos Liscano,
le passage à l’âge adulte, sous le signe de l’éveil
à la réalité du combat quotidien pour survivre.
Sa profonde connaissance de lui-même se fera ainsi aux rendez-vous
des limites cruellement imposées par ses tortionnaires, ou
bien grâce à l’extraordinaire solidarité
qui lie les prisonniers. En prison il commencera à écrire,
il enseignera l’espagnol, pour devenir ensuite, après
sa libération et son exil en Suède, journaliste, traducteur
et un des plus grands écrivains uruguayens contemporains.
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Le
Fourgon des Fous est un récit autobiographique
parlant de la détention de l’auteur, de l’horreur
de la torture à la liberté retrouvée,
liberté qui s’avère problématique
car insaisissable et floue dans son sens le plus profond.
C’est aussi une interrogation à laquelle le
lecteur lui-même se sent soumis en lisant ce livre,
car nous nous retrouvons devant des questions troublantes
dans leur apparente simplicité : « vivre, à
quoi cela ressemble-t-il ? », vaut-il mieux se laisser
tuer ou bien subir la torture ? C’est également
une réflexion sur l’être humain, dans
son ensemble et dans sa nature profonde : qu’est-ce
que l’homme et comment doit-on se positionner par
rapport à son propre être, à son propre
corps, à sa propre vie ? Le corps est perçu
tel un animal-ami, dont la capacité de résister
aux souffrances physiques est comme une preuve d’amitié
envers l’homme. Plus le corps résiste à
la torture, plus on est content de cet animal-ami qui peut
nous dégoûter par la crasse dans laquelle il
se trouve plongé, mais qui ne nous trahit pas…
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C’est
un livre qui parle aussi de la complexité des relations interhumaines
dans l’univers carcéral : volontairement faussées
dans le but d’anéantir psychologiquement le prisonnier,
ou bien marquées par la solidarité entre ceux qui
partagent les mêmes souffrances et injustices. Dans un monde
ou « chier est un objectif supérieur »,
vivre n’est que résister un jour de plus.
L’écriture de Carlos Liscano est sobre et juste, et
on y devine à chaque instant la conscience - longtemps travaillée
sous la torture – du fait que chaque mot est lourd de conséquences.
Le récit que l’auteur nous confie dépasse l’expérience
individuelle et s’inscrit dans l’universalité
: l’universalité du combat pour la dignité de
l’Homme, des droits élémentaires à la
vie et à la liberté, de l’envie de vivre, tout
simplement et malgré tout.
Corina
Veleanu
(septembre 2006)

L'éditeur
http://www.belfond.fr/
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