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Un
auteur complet
Cela
commence dans un paysage bucolique et paisible où, en voix
off, on entend la narratrice. Puis on se rapproche et l’on
voit Lily et Rubis sous la pluie, sous un arbre, dans une voiture
décapotée. Elles attendent le beau temps mais décident
finalement de continuer leur route mouillée. Elles croisent
un camion et c’est l’accident ! Toute la vie leur revient
« aussi clairement qu’une pluie d’étoiles
filantes dans le désert. » Retour en arrière
vers la vie de Lily Love Peacock. Lily est belle, grande, brune,
elle fait la moue à la une des magazines de mode du monde
entier, prend l’air de dédain qu’affichent les
mannequins, allez savoir pourquoi ! Lily parcourt le monde, va d’avion
en avion, de rencontres éphémères en copines
déracinées. Lily est seule et elle s’ennuie,
gosse de riche en mal de vivre. A New York, elle rencontre une shampouineuse
qui porte un alien tatoué sur l’épaule gauche,
Rubis Rachmaninov, avec laquelle elle se lie d’une vraie amitié
qui lui tient chaud, la faire rire et lui donne envie de vivre mieux.
Rubis a un vrai appétit de vie, elle est drôle, énergique,
et elle ne mâche pas ses mots quand il s’agit de porter
sur notre monde un regard aiguisé. Rubis aime la musique,
joue de la guitare. Lily aime chanter et chante bien. Ces deux-là
étaient faites pour se rencontrer. La vie de Lily change,
devient plus belle, plus réelle ; elle se confie à
Rubis, lui raconte son enfance africaine au Kenya, son père
qui y dirigeait un parc protégé, sa grand-mère,
Jeanne Picquigny, ses amis africains… Avec Rubis, elle part
à la rencontre de sa famille qu’elle avait perdue de
vue. Avec Rubis toujours et ses copains musiciens, elle donne des
concerts et fait un disque…
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Les
deux autres albums de Fred Bernard sont parus au Seuil, La
Tendresse du crocodile (2003) et L’Ivresse
du poulpe (2004). Le premier raconte l’histoire
de Jeanne Picquigny, la grand-mère de Lily ! La toute
première histoire de Jeanne avait elle-même fait
l’objet d’un album dessiné par Roca et
publié chez Albin Michel en 2001, Jeanne
et le Mokélé.
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Fred
Bernard, que l’on connaissait surtout à travers
les histoires qu’il écrit dans de beaux albums
dessinés par son complice François Roca, signe
son troisième album de bande dessinée. Il s’affirme
donc comme un auteur complet qui excelle à dire l’indicible
et les sentiments enfouis, qui sait montrer, suggérer
avec une évidente simplicité et beaucoup de
justesse et de pudeur à la fois. Son dessin est efficace,
simple, direct et très personnel. On le reconnaît
sans hésitation. Il est au service d’une narration
fluide, aux enchaînements impeccables. Il alterne des
scènes intimes, douces ou dramatiques, où le
jeu des regards et le langage des corps jouent à plein,
avec de grandes planches aux décors urbains ou africains
qui permettent au lecteur de respirer et de prendre du champ.
Le récit à la première personne est scandé
par des textes de chansons, où figurent des lieux et
des dates, qui donnent des repères aux lecteurs en
suivant Lily dans ses périples et dans sa quête
d’autre chose. On prend infiniment de plaisir à
lire cet album très réussi, où il y a
de la vie, de la joie et du désespoir parfois, où
l’on entend sans cesse comme une espèce de petite
musique nostalgique très envoûtante, qui est
celle que chacun pourrait entendre s’il s’écoutait
et se retournait parfois sur sa vie. C’est aussi sans
doute ce sentiment de familiarité qui accroche !
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Catherine
Gentile
(décembre 2006)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature
de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant
plus de quinze ans.

http://www.casterman.com/
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