Création et mise en scène : Véronique Chatard

tout public, dès 8 ans

 

Jeu : Véronique Chatard et Jocelyne Tournier
Texte et décors : Philippe Rousseau
Création sonore : Bruno Moreigne Création lumière : Jean-Marc Gély
Costumes, accessoires et personnages en bois : Anna Karin
Régisseurs : Damien Bauer, Jérôme Châtelain, Serge Alonzo

du 31 janvier au 3 février 2006
Théâtre de Sartrouville

du 24 27 janvier 2006
Petit Théâtre, Le Havre

Création de la Compagnie LES YEUX GOURMANDS, Chambéry
En partenariat avec la MJC Totem de Chambéry

 

« J’ai peur de la peur »

Pour sa neuvième création, la compagnie Les Yeux Gourmands a choisi le thème de la peur. Les yeux de Lilith, c’est une variation des peurs des petits et des grands, enfants et adultes : la peur du noir, la peur des bruits, la peur de l’autre... En sept séquences, le lieu de l’action étant un tableau doré dans la scène, une comédienne-danseuse buto et une chanteuse-comédienne mezzo-soprano nous entraînent dans une histoire tourbillon des frasques et des angoisses de leurs personnages.

Ophéline, jeune fille au pair, toute fraîche et rose, avec son parapluie rouge et son canari jaune arrive chez Lilith l’ogresse, laide et méchante, dans une demeure noire et sordide. Lilith Monstre, comme il est inscrit à sa porte, est une femme terrifiante et jalouse. Elle dévore tout ce qui se présente. D’enfants, Ophéline la nurse n’en éduquera point, Lilith les ayant sans doute tous dévorés. Lilith a pourtant fait passer une annonce pour «une gouvernante sachant chanter». Ophéline arrivera-t-elle à apprendre à l’ogresse les rudiments du chant, tout en faisant face à ses propres angoisses ?

Lilith l’ogresse représente sans doute nos peurs de l’étrange, de l’étranger, de ce que l’on ne comprend pas, que l’on ne connaît pas. Les yeux de Lilith conduit le spectateur à s’interroger sur ses peurs, à connaître ses propres réactions, à appréhender l’irréel. On réagit, on vit la scène à la mesure des difficultés que surpassent Ophéline au fur et à mesure des différents tableaux. La mise en scène de ce conte lyrique est pensée comme tel. Comme pour mieux délimiter le mythe et la réalité, le cadre qui entoure la scène met de l’espace entre le spectateur et le récit. Les chants et musiques accompagnant chaque tableau effraient ou adoucissent. Ils posent l’ambiance dès le début. De surcroît, Philippe Rousseau a planté un décor riche de trouvailles (des petites astuces dans le cadre du tableau indispensables à l’histoire).

Véronique Chatard enrichie la mise en scène théâtrale par une forme d’expression corporelle venue d’Asie : la danse Butô. A la fois très expressive et très mystérieuse, cette danse est un mélange masculin-féminin, humain-bestial, qui dérange et qui enfonce les peurs et les angoisses du scénario. Les yeux de Lilith est une pièce où le pluriartistique (musique, danse, chant, théâtre) se met en scène pour défier les peurs et l’étrange. Et y réussit très bien.

La légende de la vieille Lilith nous apprend donc que pour rendre nos craintes irréelles, il faut leur arracher les yeux, leur dire en face que l’on n’a plus peur d’elles. En chacun le monstre n’est pas loin, nous avons tous des démons cachés, enfants comme adultes. La curiosité et le fait de regarder les choses en face nous aident à les combattre. A l’inverse, Lilith emmène tous les enfants qui n’ont pas le courage de chasser leurs peurs… ! Cependant, la peur est peureuse, elle recule dès que le courage se montre. Ophéline donne aux spectateurs, tout au long de la pièce, de petites leçons de courage qui portent leur fruit et font taire nos peurs. De repartir sans crainte et gonfler à bloc pour faire fuir les monstres, les cauchemars, les angoisses et autres peurs.

L. Fontanella
(juin 2005)

http://www.lesyeuxgourmands.com/