La revanche de Lili Prune
L'Ecole des loisirs, 2003

 

Claude Ponti, écrivain d’intérêt public.

Le tout dernier album de Claude Ponti – que l’on ne présente plus tant sa place dans l’univers de la littérature jeunesse est aujourd’hui prépondérante – est d’une indéniable richesse… comme les précédents, d’ailleurs. Ses ouvrages se ressemblent-ils tous pour autant ? D’une certaine façon, oui, mais on peut aussi rétorquer que c’est la constance de son originalité et de ses créations imaginaires qui est au fondement même des multiples qualités de ces albums que les jeunes lecteurs plébiscitent.
Il est vrai que là encore, à travers l’histoire de Lili Prune, on retrouve le très classique parcours initiatique (cher à l’auteur), qui définit la trajectoire narrative des albums : un jeune héros ou une héroïne – comme ici Lili prune – s’ouvre au vaste monde, doit vaincre quelques obstacles en chemin et par-là même, grandit et se forge une identité. C’est peut-être pour cela que les enfants lecteurs aiment tant se plonger, inlassablement, dans les aventures d’Okilélé, de Oups ou de Lili Prune : ils se reconnaissent dans ce monde-là, dans ces images et ces fables qui formulent, album après album, l'insatiable curiosité, l' envie de grandir et d’affronter le monde des plus jeunes.

On l’aura compris, Lili Prune ne fait pas exception à la règle et l'on suit, de la naissance à l’âge adulte, cette mignonne créature mi-peluche mi-humaine. Elle est née un « quatorze ferfette », mais personne ne sait encore qu’elle est « extraordinaire ». Au lieu de «découvrir», elle «invente», une façon d’expliquer comment, en réalité, elle fait sien le monde qu’elle découvre. La parabole fonctionne parfaitement et les lecteurs comprennent à demi-mot que Lili n’invente pas réellement (le jour et la nuit, les couleurs et les saveurs, le « caca » et la mort, le haut et le bas, les sentiments ou les émotions…) mais que sa curiosité enfantine (qu’elle conserve bien heureusement à l’âge adulte) la pousse à s’approprier ce qui l’entoure.

Mais Lili sait aussi se faire « inventrice » pour de bon : des biberons-ballons gonflables à la dévaleuse à balancelle, son imagination débordante l’incitera, beaucoup plus tard, à concevoir une « machine à tuer les Araknasses Corbillasses », dont un spécimen est sur le point d’envahir le village et massacrer ses habitants… Entre temps, Lili a trouvé un mari avec lequel elle a « inventé » trois enfants !

L'album est parsemé d'autres inventions, que l'on doit directement à Claude Ponti : linguistiques, surtout, car l’auteur a toujours le même goût démesuré pour les néologismes poétiques qui combinent plusieurs termes (et que l’enfant comprend souvent par association d’idées) : on se réjouira des « oisouilles », des prénoms des amis de Lili (Nioutonne, Heurékah et Heubeulle), de la « Roulbarak » et du « mikrorikikiteur » inventé par Lili… Mais l’imaginaire n’est pas tout et l’auteur n’occulte nullement les réalités de l’enfance : ainsi, les lecteurs apprécieront tout autant la série de termes qui désignent les « kikis » de Lili et de son ami Arboussael (« Lili Prune découvrit son kiki et l’appela le lulu pendant qu’Arboussael découvrait son kiki à lui et l’appelait le zizi. »), une façon de poétiser la découverte de la sexualité et de la différence. La revanche de Lili Prune est assurément un bel album, par un conteur-inventeur hors normes, dont la fantaisie et le réalisme mêlés donnent envie d'aller de l'avant et de s’épanouir.

B. Longre
(novembre 2003)

du même auteur :
Le Doudou Méchant (2000)
Petit prince Pouf (septembre 2002)

Georges Lebanc (2001)

http://www.ecoledesloisirs.fr

http://asp.ricochet-jeunes.org/ie/biblio/illus.asp?name=Ponti&surname=Claude

http://www.foliesdencre.com/events/spect/balai.html