La petite fille qui marchait sur les lignes
Motus, 2004

 

Lignes d'enfance

Cet album est une réussite à la fois graphique (voire architecturale) et narrative : une osmose que ne manquent pas d'apprécier les jeunes lecteurs, qui suivent avec grand plaisir le fil conducteur du récit - dans tous les sens du terme. Ils y redécouvrent un jeu dont ils connaissent toutes les subtilités, les finalités et les dangers : le jeu des lignes ; qui consiste, comme chacun sait, à marcher en équilibre le long d'un trottoir en suivant (ou parfois en évitant, car le jeu possède ses mystérieuses variantes que seul l'imaginaire enfantin peut produire) précautionneusement les lignes et les marquages au sol qui se font et se défont dans la rue : «Il ne faut pas marcher entre les lignes, sinon on tombe dans le vide profond.» La petite fille dont il est question ici - une simple silhouette à laquelle les enfants peuvent s'identifier - le sait bien et fait montre à la fois de fantaisie et de prudence.

Sous les yeux de la fillette traversant la ville, tout se fait géométrie et son cheminement (concret et abstrait) est périlleux, jamais à l'abri d'un obstacle imprévu, d'une ligne brisée ou capricieuse, d’un gouffre béant qui peut soudain piéger la jeune équilibriste. De retour chez elle, elle «continue de marcher sur les lignes des cahiers. Et si les cahiers n'ont pas de lignes, elle en trace.» Des lignes de toutes les formes, de toutes les couleurs ; et quand elle dort, «elle rêve qu'elle marche» ... On entre, à partir de là, dans un univers métaphorique où chaque occasion est prétexte à réinventer le monde, à le réinterpréter, par le biais d’une figure géométrique : tout peut prendre des allures oniriques, tout devient possible, même la disparition des peurs enfantines les plus irrationnelles.

Les superstitions naïves de l'enfance (quand tout ne tient qu'à un fil - ou à une ligne...) et les jeux inventifs qu'elles produisent sont habilement observés, réinventés, métamorphosés par le biais de l'art ; on retrouve ici des influences picturales multiples, de Mondrian à Klee, et une richesse poétique qui font de ce parcours labyrinthique un bel exploit narratif, esthétique et ludique – encore une œuvre à mettre sur le compte des éditions Motus !

B. Longre
(novembre 2004)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

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de Christine Beigel

Piste noire, Syros, 2006.
En voiture, en voiture, l'histoire presque vraie de l'Europe, Sarbacane, 2006
Je suis petite mais… mon arbre est grand !, ill. R. Dautremer Magnard, 2004
Ne réveillez pas le dragon ! Motus, 2005
La petite fille qui marchait sur les lignes, ill. Alain Korkos, Motus, 2004