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Lignes
d'enfance
Cet
album est une réussite à la fois graphique (voire
architecturale) et narrative : une osmose que ne manquent pas d'apprécier
les jeunes lecteurs, qui suivent avec grand plaisir le fil conducteur
du récit - dans tous les sens du terme. Ils y redécouvrent
un jeu dont ils connaissent toutes les subtilités, les finalités
et les dangers : le jeu des lignes ; qui consiste, comme chacun
sait, à marcher en équilibre le long d'un trottoir
en suivant (ou parfois en évitant, car le jeu possède
ses mystérieuses variantes que seul l'imaginaire enfantin
peut produire) précautionneusement les lignes et les marquages
au sol qui se font et se défont dans la rue : «Il
ne faut pas marcher entre les lignes, sinon on tombe dans le vide
profond.» La petite fille dont il est question ici -
une simple silhouette à laquelle les enfants peuvent s'identifier
- le sait bien et fait montre à la fois de fantaisie et de
prudence.
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Sous
les yeux de la fillette traversant la ville, tout se fait géométrie
et son cheminement (concret et abstrait) est périlleux,
jamais à l'abri d'un obstacle imprévu, d'une ligne
brisée ou capricieuse, d’un gouffre béant
qui peut soudain piéger la jeune équilibriste.
De retour chez elle, elle «continue de marcher sur
les lignes des cahiers. Et si les cahiers n'ont pas de lignes,
elle en trace.» Des lignes de toutes les formes,
de toutes les couleurs ; et quand elle dort, «elle
rêve qu'elle marche» ... On entre, à
partir de là, dans un univers métaphorique où
chaque occasion est prétexte à réinventer
le monde, à le réinterpréter, par le biais
d’une figure géométrique : tout peut prendre
des allures oniriques, tout devient possible, même la
disparition des peurs enfantines les plus irrationnelles. |
Les
superstitions naïves de l'enfance (quand tout ne tient qu'à
un fil - ou à une ligne...) et les jeux inventifs qu'elles
produisent sont habilement observés, réinventés,
métamorphosés par le biais de l'art ; on retrouve
ici des influences picturales multiples, de Mondrian à Klee,
et une richesse poétique qui font de ce parcours labyrinthique
un bel exploit narratif, esthétique et ludique – encore
une œuvre à mettre sur le compte des éditions
Motus !
B.
Longre
(novembre 2004)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.editions-motus.com
http://perso.club-internet.fr/korkos/
http://ellecause.hautetfort.com/
de
Christine Beigel
Piste noire, Syros, 2006.
En
voiture, en voiture, l'histoire presque vraie de l'Europe,
Sarbacane, 2006
Je suis petite mais…
mon arbre est grand !, ill. R. Dautremer Magnard, 2004
Ne réveillez pas le
dragon ! Motus, 2005
La petite fille qui marchait sur les
lignes, ill. Alain Korkos, Motus, 2004
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