L’ombre de l’arbre abattu
une nouvelle graphique de
Li Cam et Philippe Aureille
Organic éditions (petite bulle d’univers, n°5), 2008

 

 

Légendes de l’ombre

La rencontre entre une très vieille ombre, quasi disparue, qui « broie du noir » et un « petit rêveur » est à l’origine de ce monologue, sombre et beau. Elle raconte la révolte des ombres, dans des temps très anciens. En ces temps, les ombres n’existaient pas, la terre était presque vide et un grand arbre se dressait en son milieu, abritant toutes les créatures. Lorsqu’un homme osa lever sa machette sur lui. La chute de ses branches fit surgir une ombre, la première, ombre de vengeance, suivie de toutes les autres. Suit le récit de la révolte des ombres, de la trêve et d’une nouvelle union entre elles et les hommes. Le mystère de la voix qui parle se révèle alors : les ombres qui ont perdu leur double matériel (celles que les hommes appellent les fantômes) sont appelées « les rémanentes », qui sont de deux types : les regrettées et les fâcheuses. Celle qui parle est une regrettée, une ombre malheureuse.

Ainsi le texte mêle conte étiologique et récit fantastique, mais sans laisser d’ombres (si l’on peut dire) inquiétantes : la fin, rassurante, cherche à reproduire la réconciliation de l’homme avec son ombre. Le texte est dense, imprimé en petits caractères serrés, puis larges et espacés, et n’a pas peur des grands et beaux mots. La rencontre se clôt sur l’hymne des ombres, un peu grandiloquent comme le reste du texte, mais joliment mystérieux.

Cette « nouvelle graphique » s’inscrit sur des pages de photos d’ombres et d’objets. Les objets sont faits de bois récupéré puis transformé par l’ajout d’un œil de verre, d’une serrure, comme les ombres elles-mêmes qui évoquent diverses formes grâce aux objets qu’on y place. On y trouve aussi des métamorphoses de bois en objet hybride, mi végétal-mi humain : bois-pied, bois-œil, … formant ainsi des sculptures étranges aux contours si nets qu’on aimerait les toucher. Le texte lui même participe à ce jeu d’ombres et de lumières, s’inscrivant sur l’image, la traversant. L’ensemble forme un bel objet, cohérent, beau à lire comme à feuilleter. Du travail d’artiste, bien dans la ligne de cette belle collection (petite bulle d’univers) qui offre ici un cinquième ouvrage très réussi.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(mars 2008 )

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

 

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