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Légendes
de l’ombre
La rencontre
entre une très vieille ombre, quasi disparue, qui «
broie du noir » et un « petit rêveur
» est à l’origine de ce monologue, sombre
et beau. Elle raconte la révolte des ombres, dans des temps
très anciens. En ces temps, les ombres n’existaient
pas, la terre était presque vide et un grand arbre se dressait
en son milieu, abritant toutes les créatures. Lorsqu’un
homme osa lever sa machette sur lui. La chute de ses branches fit
surgir une ombre, la première, ombre de vengeance, suivie
de toutes les autres. Suit le récit de la révolte
des ombres, de la trêve et d’une nouvelle union entre
elles et les hommes. Le mystère de la voix qui parle se révèle
alors : les ombres qui ont perdu leur double matériel (celles
que les hommes appellent les fantômes) sont appelées
« les rémanentes », qui sont de deux
types : les regrettées et les fâcheuses. Celle qui
parle est une regrettée, une ombre malheureuse.
Ainsi le texte
mêle conte étiologique et récit fantastique,
mais sans laisser d’ombres (si l’on peut dire) inquiétantes
: la fin, rassurante, cherche à reproduire la réconciliation
de l’homme avec son ombre. Le texte est dense, imprimé
en petits caractères serrés, puis larges et espacés,
et n’a pas peur des grands et beaux mots. La rencontre se
clôt sur l’hymne des ombres, un peu grandiloquent comme
le reste du texte, mais joliment mystérieux.
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Cette
« nouvelle graphique » s’inscrit sur des
pages de photos d’ombres et d’objets. Les objets
sont faits de bois récupéré puis transformé
par l’ajout d’un œil de verre, d’une
serrure, comme les ombres elles-mêmes qui évoquent
diverses formes grâce aux objets qu’on y place.
On y trouve aussi des métamorphoses de bois en objet
hybride, mi végétal-mi humain : bois-pied,
bois-œil, … formant ainsi des sculptures étranges
aux contours si nets qu’on aimerait les toucher. Le
texte lui même participe à ce jeu d’ombres
et de lumières, s’inscrivant sur l’image,
la traversant. L’ensemble forme un bel objet, cohérent,
beau à lire comme à feuilleter. Du travail
d’artiste, bien dans la ligne de cette belle collection
(petite bulle d’univers) qui offre ici un cinquième
ouvrage très réussi.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(mars 2008 )
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Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

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