Au Théâtre Silvia Monfort
du 17 mai au 16 juin 2001

Texte Choderlos de Laclos
Adaptation pour la scène / mise en scène
Philippe Faure


avec Anne Bouvier, Nicolas Gabion, Fany Mary, Fabrice Pierre, Sylvie Raboutet

Au Théâtre Silvia Monfort
106 rue Brancion 75015 Paris
Réservation 01 56 08 33 88


Une adaptation n'est jamais qu'une adaptation, qui témoigne avant tout d'une sensibilité subjective. Celle du célèbre roman libertin de Choderlos de Laclos par Philippe Faure peut tantôt réjouir, tantôt brouiller les pistes. Il est vrai qu'adapter pour la scène un roman épistolaire (175 lettres) à l'intrigue complexe ne doit pas être chose aisée. Et pourtant, le genre épistolaire n'est pas un obstacle ici, Philippe Faure ayant su exploiter le procédé de manière subtile et ludique, par le biais d'une mise en scène ingénieuse et réussie : Les cloisons coulissantes permettent d'astucieuses et rapides entrées et sorties des personnages et symbolisent les glissements et évolutions des sentiments, ainsi que les complexités de l'âme humaine et des machinations de Valmont et Merteuil ; Les jeux de lumière ont une portée essentielle (celle-ci d'ordinaire plutôt blafarde, virant au rouge, tel un signal d'alarme, lorsque la liaison prend une tournure "dangereuse") ; Enfin, la sobriété du décor, qui neutralise l'action hors de tout contexte spatio-temporel, permet au spectateur de pénétrer la conscience des personnages, leur monde intérieur, à travers les lettres, lues en partie ou évoquées, soit par le personnage sur scène, soit par une voix off qui envahit alors l'espace.
De tous les personnages, celui de Valmont, le seul qui se trouve entre deux mondes (celui du libertinage et de ses complots, pourtant vaincu par celui du sentiment), manipulé et manipulateur, ce personnage, donc, est le plus théâtralisé, d'où une mise en abîme habilement amenée soit par l'agencement scénique soit par des références langagières sur le théâtre dans le théâtre.
Les acteurs tirent leur épingle du jeu et sont tous très convaincants, mais par moments, on peut déplorer la diction par trop affectée de la Marquise de Merteuil. Il faut dire que les joutes oratoires s'éternisent parfois entre les deux protagonistes et l'on a le sentiment que le metteur en scène / adaptateur a privilégié la théorie du duel verbal, au détriment de la trame narrative, reléguée au second plan, ce qui entraîne une certaine confusion : mieux vaut bien connaître l'enchaînement des événements et le postulat de départ (qui est qui) si l'on veut aborder cette adaptation.
Néanmoins, l'atmosphère teintée de tragédie d'un dix-huitième siècle à la fois libertin et dévot est parfaitement restituée, autant par les costumes que par la musique baroque (J.J. Cassanéa de Mondonville, Jean-Philippe Rameau et S. De Brossard) et la performance des acteurs, tout aussi à l'aise dans la lecture que dans l'action, a de quoi séduire.

B.L. / P.M.

A noter, les différentes adaptations cinématographiques (Roger Vadim, 1960 / S. Frears, 1988 / Milos Forman, 1989), dont la plus brillante demeure, à nos yeux, celle de Stephen Frears.

représentations à Lyon, du 9 au 18 décembre 1999
au Théâtre de la Croix Rousse, Lyon 4°
renseignements et location : 04 72 07 49 50

le texte en ligne
http://cedric.cnam.fr/cgi-bin/ABU/go?liaisons3

L'auteur
http://www.encyclopedies.hachette-multimedia.fr/W3E/LITT/ARTICLES/MA_2142.1.html

Le roman classique
http://www.cafe.edu/genres/n-romcla.html

Le théâtre de la Croix-Rousse
http://www.croix-rousse.com/