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du
28 mars au 13 avril 2006 Théâtre
Les Ateliers,
Lyon
6 juin 20h30, Auditorium de la Médiathèque Jean Prevost,
Bron (69)
8
juin 2006 14h30 & 20h30 St Clement Les Places
(69)
15 juin 2006 A 20h30 St Cyr Au Mont D'or (69)
Mardi 20 juin 14h30 et 20h30 Tassin la demi Lune,
L'Atrium
(69)
Théâtre
Les Ateliers
5, rue du petit david
69002 Lyon
réservations 04 78 37 46 30
avec
Yannick Laurent, comédien
Yi-Ping Yang, musicienne, percussions
L’Orient, la mort et
le mot
À quelques heures de sa fin, le conquérant insatiable
que fut Alexandre ne peut s’engager dans le dernier voyage
en silence, comme le reste de l’humanité : le premier,
il entend dire à la camarde qui est l’homme qui vient
à elle, quelle vie de voyages immenses et de victoires grandioses
il aura menée, quelle soif d’espaces lointains aura
été la sienne jusqu’à cette heure tardive
où il avance encore le front haut, avec le langage pour armée
et le mot pour cheval d’assaut. Alexandre le Grand mourant,
héros tout puissant devenu héraut sous la pression
absurde et hautaine de la mort, tel est le narrateur extraordinaire
de ce monologue épique, gorgé de sauvagerie, de noblesse,
et de vitalité, que l’on doit à la plume possédée
de Laurent Gaudé, et que Yannick Laurent élève
à des sommets d’intense hypotypose, sur une scène
nue, géographie insondable baignée dans le turquoise
mystique et dans les percussions troublantes de la musicienne taïwanaise
Yi-Ping Yang.
Alexandre
meurt seul, comme il aura vécu seul, seul avec son ambition,
n’ayant de frères en ce monde qu’en son ennemi
perse Darius, qu’en la Mort, qu’en cet énigmatique
Tigre bleu de l’Euphrate, vision irrésistible qui mène
Alexandre jusqu’aux confins de l’Orient (Tyr, Babylone,
Kandahar, Samarcande...). Guerrier et bâtisseur, esthète
civilisé fasciné par le monde barbare, Alexandre touche
au divin par sa soif de périls vierges et de paysages nouveaux,
avant de sombrer à son tour dans une humanité vulnérable
dont les errances doivent un jour s’arrêter. Mais si
Alexandre n’est lui-même que dans la conquête,
il ne se présente pas à la mort sous un masque : il
présente ses conquêtes, il dit les mondes traversés,
les obstacles surmontés, les adversaires terrassés,
et par cette voix fortement évocatrice, jaillie d’un
aède dont les poses saisissantes révèlent que
l’être vivant se mue, dans l’agonie, en statue
de feu, par cette confession de soi toute en images bestiales et
en désir inexpugnable, par cette audace qui tutoie la mort
pour revivre sous ses yeux la fièvre du dépassement
de soi dans l’ailleurs, Le Tigre bleu de l’Euphrate
donne tout son sens au mot théâtre.
Nicolas
Cavaillès
(avril 2006)

Théâtre
Les Ateliers
http://www.theatrelesateliers-lyon.com
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