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L’amour
à l’écossaise (économie de moyens)
« Notre
héros » (puisque c’est sous ce nom que notre
auteur dissimule son personnage) est amoureux de « notre héroïne
», cela semble clair. Ce qui est aussi clair, c’est
que celle-ci a pris ses distances avec celui-là, distances
géographiques, physiques, sentimentales.
L’histoire
est simple : un homme, menacé par la cinquantaine et la calvitie,
débarque en Ecosse pour y retrouver pendant quelques jours
une jeune femme qui fut sa maîtresse à Paris. Elle
habite chez sa mère, attendant l’arrivée de
son « régulier » (« presque
un mari ») – alors que notre héros est pour
ainsi dire son « irrégulier », celui
qui vient la visiter en catimini. Evidemment, comme il devait le
prévoir, comme il le prévoyait sans vraiment vouloir
se l’avouer, c’est la solitude qui l’attend, une
solitude à peine ponctuée de quelques rendez-vous
avec la jeune femme, de quelques verres de bière, de quelques
errances dans une Ecosse peu conforme aux clichés, de quelques
bouffées de désir insatisfait. Déçu,
notre héros ? Oui, mais à peine ; il faut bien qu’il
reparte, après que notre héroïne l’a gratifié
de gestes tendres avidement réclamés, chichement concédés
(elle est écossaise, rappelons-le) et teintés de remords,
ou de regrets.
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La situation
est pathétique, certes, mais narrée avec le
recul humoristique d’un auteur qui sait ce qu’écrire
veut dire – et aimer aussi, certainement. Les silhouettes
des personnages passent sur le fond lumineux d’une
Ecosse d’aujourd’hui, entre deux avions, entre
deux autoroutes, entre les moutons paisibles, quand même
toujours là. L’ironique dissection des sentiments
et des situations paraît vouloir éviter le
pathos, et tout compte fait le met en relief aux moments
cruciaux. Avec une sensible économie de moyens, l’écriture
d’Hervé Le Tellier nous rappelle comment les
hommes se laissent transporter par l’amour : lucidement
et follement.
Jean-Pierre
Longre
(juillet 2007)
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Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de revues, il a participé à la publication des romans
de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique,
peinture) et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie et Belgique
en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau
en scènes (Presses Universitaires de Limoges,
2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

http://www.1001nuits.com/
Lire
aussi :
Les
opossums célèbres -
avec Xavier Gorce - Le Castor Astral, Les mythographes,
2007
Esthétique de l'Oulipo
Le Castor Astral, 2006.
Le voleur de nostalgie Le Castor
Astral, 2005
La Bibliothèque Oulipienne volume
6, Le Castor Astral, 2003
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