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Le
droit de s’emparer de tout
«
Existe-t-il une approche oulipienne de l’esthétique
? Une esthétique oulipienne ? Quitte à décevoir,
affirmons-le : sous cette formulation brutale, certainement pas.
Le groupe est lié par un refus commun, celui du hasard, et
non par une quelconque théorie du beau ». Qu’est-ce
à dire ? Hervé Le Tellier cultiverait-il le paradoxe
gratuit ? La provocation ? Pas vraiment. Il n’y a pas de «
beau » oulipien, mais il y a une « création »
et une « réception » oulipiennes, qui peuvent
être étudiées, et c’est à cette
étude que se consacre l’un des piliers actuels de l’Ouvroir
de Littérature Potentielle, dans une perspective à
la fois vulgarisatrice, scientifique, et tout de même un peu
ludique, forcément.
Cinq chapitres
qui se succèdent dans un ordre logique (« Fondation
et influences », « Univers (et niveaux) « naturels
» de complicité », « Immédiatetés
culturelles », « Lecteur, encore un effort »,
« La forme, la contrainte et le monde » (ou «
Desseins et dessins », on ne sait pas bien)) convergent vers
l’idée d’un oulipisme humaniste : le groupe que
fondèrent légitimement Raymond Queneau et François
Le Lionnais (avec quelques autres) et qui fonde sa légitimité
sur les contraintes formelles serait l’un des ultimes lieux
où l’homme trouverait une place, «parce que
la potentialité de la littérature est une forme de
revanche dérisoire sur celle de l’existence »
; lieu de complicité, « choix de création,
ironique et désenchanté ».
Oui. Et comme
« l’Oulipo revendique, avec d’autres, le droit
des poètes à s’emparer de tout »,
Le Tellier poète laisse parler Le Tellier poéticien,
analyste et théoricien. S’il recense les principaux
procédés contraignants de la création oulipienne
– des poèmes à forme fixe à l’homophonie
(« l’homme aux faux nids ») en passant
par le pastiche, la parodie, le contrepet, l’acrostiche, le
palindrome, le lipogramme, le « S+7 » et quelques autres
manipulations –, il les place dans le contexte général
de la création. Et s’il étudie les rapports
de l’Oulipo avec le surréalisme, avec les mathématiques,
avec l’art, il rappelle que tout cela se situe dans un vaste
cadre : celui de la littérature.
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Alors,
il ne paraît pas inutile qu’il participe aux
tentatives de définition et d’évaluation
de la littérature ; qu’il rappelle le rôle
des mots et de la langue dans la poésie («
il y a chez tout poète cette utopie cratylienne de
la langue »), ainsi que la richesse de la multiplicité
linguistique (jeux lexicaux et orthographiques à
l’appui) ; qu’il développe le concept
d’intertextualité afin de montrer comment les
textes oulipiens s’inscrivent dans la « généalogie
de la littérature »… Et il ne paraît
pas hors de propos d’affirmer que cette
Esthétique de l'Oulipo, destinée
à la fois à faire le point sur 45 ans de vie
commune, à replacer cette vie dans le champ littéraire
général et à ouvrir des horizons nouveaux,
est un ouvrage nécessaire.
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Jean-Pierre
Longre
(septembre 2006)
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de revues, il a participé à la publication des romans
de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique,
peinture) et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie et Belgique
en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau
en scènes (Presses Universitaires de Limoges,
2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/-Le-Castor-Astral-.html
voir
aussi :
Les
opossums célèbres -
avec Xavier Gorce - Le Castor Astral, Les mythographes,
2007
Le voleur de nostalgie Le Castor
Astral, 2005
La Bibliothèque Oulipienne volume
6, Le Castor Astral, 2003
http://www.francisdannemark.be
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