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Roman
épistolaire, roman culinaire, roman oulipien, roman à
tiroirs, roman d’investigation…
Maintes caractéristiques
génériques pourraient qualifier le dernier livre d’Hervé
Le Tellier, qui se situe ici dans la droite (mais complexe) lignée
des initiateurs de l’OuLiPo.
Il y aurait à ajouter, aux limites du romanesque : la fiction
autobiographique, l’érudition historique et artistique,
la poésie italienne (et anglaise ou irlandaise), les jeux
de l’amour (où le hasard, finalement, n’aura
pas voix au chapitre), les malices intertextuelles, de Dante à
Calvino et Roubaud.
On aurait pu
commencer par résumer, en disant par exemple : un chroniqueur
gastronomique publie régulièrement dans un hebdomadaire
français des recettes de pâtes italiennes sur fond
d’anecdotes pittoresques, en usant du beau pseudonyme de Giovanni
d’Arezzo ; un (vrai ?) Giovanni d’Arezzo, ayant découvert
l’un de ces articles, lui écrit sans dévoiler
son adresse, ce qui pousse le (faux) Giovanni à envoyer une
réponse en trois exemplaires aux adresses de trois Giovanni
d’Arezzo florentins trouvées grâce aux renseignements
internationaux ; commence alors une abondante correspondance entre
le narrateur et ses trois « homonymes », dont un retraité
de l’enseignement et un jeune prisonnier.
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Voilà
le début, et on ne poursuivra pas le résumé
; car à partir de là, l’entrecroisement
épistolaire, ponctué d’extraits du «
Carnet de l’auteur » et de narrations culinaires,
mène le lecteur, comme le narrateur, dans un labyrinthe
de faux-semblants (vraisemblables au demeurant), de chemins
de traverse, de jeux de piste, d’embûches intellectuelles
et sentimentales. Qui dit vrai, qui ment ? Qui est le voleur,
qui le volé ? Les «Caro Giovanni», «Cher
Monsieur d’Arezzo», «Cher Giovanni»,
«Giovanni mio», «Carissimo Giovanni»,
les congratulations et remerciements mutuels sont des formules
qui occultent à peine une guerre à pointes
de moins en moins mouchetées où l’on
n’hésite pas à se dérober des
histoires personnelles, des souvenirs, des amours anciennes,
des confidences, la « nostalgie » qu’évoque
le titre.
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Tout cela est
un jeu ? En quelque sorte : jeu de l’arroseur arrosé,
du piégeur piégé, du bourreau victime…
Mais jeu qui, comme dans tout bon roman forgé à l’aune
d’une construction rigoureusement préméditée
(on ne peut manquer de penser, du côté épistolaire,
aux Liaisons dangereuses, et du côté oulipien,
à La vie mode d’emploi), engage une ou des
existences à part entière ; celles des personnages,
et celle du lecteur qui se laisse lui-même prendre au piège
et ne peut s’empêcher de deviner que, sous ce qu’il
a cursivement saisi, bien d’autres choses se tapissent dans
les profondeurs dantesques de l’humaine comédie.
Jean-Pierre
Longre
(mai 2005)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème
siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est
l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages, dont
Queneau en scènes (PULIM, 2005),
ou
articles sur des écrivains contemporains et sur la comparaison
des langages littéraire et musical. Il a participé
à l'édition des romans de Queneau
dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur les
littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

voir
aussi
Les
opossums célèbres -
avec Xavier Gorce - Le Castor Astral, Les mythographes,
2007
La
Bibliothèque Oulipienne volume 6, Le Castor
Astral, 2003
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