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Fuir sa vie
Qui est donc
Nina Todd ? Que cache-t-elle à Charlie, qu’elle aime
mais à qui elle ne veut avouer son passé ? Elle ne
sait pas encore que ce même passé – une enfance
brisée, une adolescence chaotique et un crime pour lequel
elle a payé – est sur le point de la rattraper, incarné
par un bel inconnu qui la séduit un soir, alors qu’elle
est en déplacement professionnel. La vengeance de l’homme,
qui dit s’appeler Rupert, ne s’arrêtera pas là,
et quand il se met à poursuivre Nina de ses assiduités,
menaçant de tout révéler à Charlie,
la jeune femme perd pied mais se refuse à croire que le petit
monde fragile qu’elle a reconstruit depuis peu commence à
s’effriter.
On suit en alternance les deux personnages, qui se livrent un peu
tout en écartant certains épisodes de leur biographie
; de larges zones d’ombre que l’on devine peu à
peu, tandis que l’on prend conscience, au fil de l’intrigue,
que celle qui vit maintenant sous le nom de Nina est plus ambivalente
et perturbée qu’il n’y paraît, et que si
Rupert l’a choisie comme victime, c’est pour une raison
précise. Nina, qui a tendance à idéaliser le
monde, à n’y voir que ce qui lui convient et à
chercher à le modeler à son image, ne semble pas se
rendre compte que la vie qu’elle mène est un leurre
– au grand désarroi de son ami Charlie, oppressé
par l’amour de la jeune femme et par sa sollicitude excessive.
Dans ce thriller introspectif, où chacun des protagonistes
vit dans la dissimulation et joue divers rôles en fonction
des circonstances, les masques tombent rarement. Mais quand cela
survient, ce que l’on découvre est suffisamment sombre
et déstabilisant pour semer le doute dans l’esprit
du lecteur, qui lui aussi perd tout repère.
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Rien
n’est jamais acquis, semble nous dire l’auteure,
les certitudes et la vie peuvent s'effondrer de manière
imprévisible (à l’image du crime commis
par Nina, engendré par une tragique méprise
qui fait basculer le roman dans la farce macabre), à
tout instant, sans qu’il soit possible d’agir
sur le destin. La responsable ? La société,
en grande partie, qui dicte les comportements et malmène
les individus en les formatant dès le plus jeune âge,
tout en engendrant des dysfonctionnements psychologiques durables.
Un déterminisme psychologique et/ou social (plusieurs
passages reviennent sur l’enfance de Nina) qui laisserait
donc peu de chances de rédemption et mettrait la notion
de libre-arbitre au placard. Lesley Glaister manipule personnages
et lecteurs à la perfection et offre, comme dans ses
précédents romans, une vision cynique mais terriblement
juste de l’âme humaine. |
Blandine
Longre
(juin
2007)

lire
aussi
Partial
Eclipse
Bloomsbury,
2003
Soleil de plomb
Belfond, 2006
Bloomsbury
http://www.bloomsburymagazine.com
http://www.contemporarywriters.com/authors/?p=auth183
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