Nina Todd has gone
Lesley Glaister

Bloomsbury, 2007

 

 

 

Fuir sa vie

Qui est donc Nina Todd ? Que cache-t-elle à Charlie, qu’elle aime mais à qui elle ne veut avouer son passé ? Elle ne sait pas encore que ce même passé – une enfance brisée, une adolescence chaotique et un crime pour lequel elle a payé – est sur le point de la rattraper, incarné par un bel inconnu qui la séduit un soir, alors qu’elle est en déplacement professionnel. La vengeance de l’homme, qui dit s’appeler Rupert, ne s’arrêtera pas là, et quand il se met à poursuivre Nina de ses assiduités, menaçant de tout révéler à Charlie, la jeune femme perd pied mais se refuse à croire que le petit monde fragile qu’elle a reconstruit depuis peu commence à s’effriter.
On suit en alternance les deux personnages, qui se livrent un peu tout en écartant certains épisodes de leur biographie ; de larges zones d’ombre que l’on devine peu à peu, tandis que l’on prend conscience, au fil de l’intrigue, que celle qui vit maintenant sous le nom de Nina est plus ambivalente et perturbée qu’il n’y paraît, et que si Rupert l’a choisie comme victime, c’est pour une raison précise. Nina, qui a tendance à idéaliser le monde, à n’y voir que ce qui lui convient et à chercher à le modeler à son image, ne semble pas se rendre compte que la vie qu’elle mène est un leurre – au grand désarroi de son ami Charlie, oppressé par l’amour de la jeune femme et par sa sollicitude excessive.
Dans ce thriller introspectif, où chacun des protagonistes vit dans la dissimulation et joue divers rôles en fonction des circonstances, les masques tombent rarement. Mais quand cela survient, ce que l’on découvre est suffisamment sombre et déstabilisant pour semer le doute dans l’esprit du lecteur, qui lui aussi perd tout repère.

Rien n’est jamais acquis, semble nous dire l’auteure, les certitudes et la vie peuvent s'effondrer de manière imprévisible (à l’image du crime commis par Nina, engendré par une tragique méprise qui fait basculer le roman dans la farce macabre), à tout instant, sans qu’il soit possible d’agir sur le destin. La responsable ? La société, en grande partie, qui dicte les comportements et malmène les individus en les formatant dès le plus jeune âge, tout en engendrant des dysfonctionnements psychologiques durables. Un déterminisme psychologique et/ou social (plusieurs passages reviennent sur l’enfance de Nina) qui laisserait donc peu de chances de rédemption et mettrait la notion de libre-arbitre au placard. Lesley Glaister manipule personnages et lecteurs à la perfection et offre, comme dans ses précédents romans, une vision cynique mais terriblement juste de l’âme humaine.

Blandine Longre
(juin 2007)

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Soleil de plomb Belfond, 2006

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