Soleil de plomb
Traduit de l’américain par Dorothée Zumstein
Belfond, 2006

parution en poche
Pocket, juin 2007

 

 

Jusqu’au bout...


Cassie, jeune anglaise, décide de donner une ultime chance à son couple en acceptant de partir au milieu de nulle part, dans le bush australien : elle et son compagnon, Graham, devront s’occuper pendant un an — promesse d’un joli pactole en contrepartie — de la propriété d’un certain Larry, dont l’épouse, Mara, selon ses dires, « n’est pas tout à fait bien ».

Dès leur arrivée, les jeunes Londoniens, assommés par la chaleur et l’immensité, découvrent une ferme quasi à l’abandon, au confort précaire — pas d’électricité, de radio, de téléphone, de salle de bains et les toilettes, envahis de mouches, sont à l’extérieur —, des insectes mortels et une maîtresse de maison aux mœurs étranges, puisqu’elle vit nue, confinée dans une grange aux allures de sauna et dans une obscurité totale !
Pour son septième roman publié en France, Lesley Glaister — considérée en Angleterre comme l’une des deux grandes spécialistes de l’épouvante avec Ruth Rendell — réussit à nous magnétiser. Comme les héros, piégés dans la toile du diabolique Larry, elle étouffe peu à peu le lecteur, l’engluant dans les fils de l’intrigue. Mais le suspense n’est pas l’unique moteur de Soleil de plomb, qui est surtout un roman noir nimbé d’une atmosphère sensuelle et vénéneuse.

Le lieu, Woolagong Station, « ancienne bergerie de deux cent mille hectares » est brossé avec une précision stupéfiante : la terre rouge volatile s’insinue dans tous les pores, sous les ongles, asséchant la gorge, le soleil brûle les rétines, le sel de la peur se mêle à celui de la sueur, la chaleur plombe les esprits, réveille les corps, les sens, la sauvagerie tapie en chacun, qui trouve écho dans les « rires frénétiques » des Kookaburra tournoyant au-dessus des têtes. Page après page, le dépaysement opère et le vertige augmente : nulle échappatoire dans cette fournaise, nul espoir de survie.

Les personnages, loin de rester en surface, vivent et respirent sous nos yeux. Lesley Glaister cisèle des dialogues efficaces, truffés de non-dits, d’ambiguïté, où transparaissent la perversité de Larry — passé maître dans l’art de la manipulation —, rapports de force et jeux de séduction. Quant à Graham, l’auteur réussit à camper un personnage masculin contemporain, inconstant et immature, éternel adolescent, pendant parfait d’une Cassie, courageuse et terre-à-terre, motivée par le besoin de construire amour et famille, même dans l’effort et les compromis.
As far as you can go, titre original, reflète bien l’état d’esprit de chacun des membres de ce quatuor planté au bout du monde, poussé à bout, au bout d’eux-mêmes, et dont Mara, mi-démon, mi-femelle, en est sûrement la figure la plus étonnante.
Vous l’aurez compris, la lecture de ce livre s’apparente plus à la décharge électrique qu’au simple frisson, alors… Pourrez-vous aller jusqu’au bout ?!

Maïa Brami
(mai 2006)

Née en 1976, Maïa Brami est écrivain — pour petits, moyens et grands! — et journaliste. En parallèle aux ateliers d'écriture dans les écoles et lycées, elle anime une chronique hebdomadaire sur la littérature Jeunesse dans l'émission Au fil des pages, diffusée sur les ondes de RCF. Après un premier roman, Vis ta vie Nina (Grasset Jeunesse, Prix Chronos 2002) elle a reçu en juin 2005 le Prix Matti Chiva de l'Institut Danone pour un album, Goûte au moins! (éditions Circonflexe). Derniers titres paru : Mon arbre ami illustré par Ingrid Monchy (Les albums Duculot, Casterman, 2005) et un roman, Norma (Folies d'Encre, 2006)

 

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(Bloomsbury, 2003)

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