|
Jusqu’au
bout...
Cassie, jeune
anglaise, décide de donner une ultime chance à son
couple en acceptant de partir au milieu de nulle part, dans le bush
australien : elle et son compagnon, Graham, devront s’occuper
pendant un an — promesse d’un joli pactole en contrepartie
— de la propriété d’un certain Larry,
dont l’épouse, Mara, selon ses dires, « n’est
pas tout à fait bien ».
 |
Dès
leur arrivée, les jeunes Londoniens, assommés
par la chaleur et l’immensité, découvrent
une ferme quasi à l’abandon, au confort précaire
— pas d’électricité, de radio, de
téléphone, de salle de bains et les toilettes,
envahis de mouches, sont à l’extérieur
—, des insectes mortels et une maîtresse de maison
aux mœurs étranges, puisqu’elle vit nue,
confinée dans une grange aux allures de sauna et dans
une obscurité totale !
Pour son
septième roman publié en France, Lesley Glaister
— considérée en Angleterre comme l’une
des deux grandes spécialistes de l’épouvante
avec Ruth Rendell — réussit à nous magnétiser.
Comme les héros, piégés dans la toile
du diabolique Larry, elle étouffe peu à peu
le lecteur, l’engluant dans les fils de l’intrigue.
Mais le suspense n’est pas l’unique moteur de
Soleil de plomb, qui est surtout
un roman noir nimbé d’une atmosphère sensuelle
et vénéneuse.
|
Le lieu, Woolagong
Station, « ancienne bergerie de deux cent mille hectares
» est brossé avec une précision stupéfiante
: la terre rouge volatile s’insinue dans tous les pores, sous
les ongles, asséchant la gorge, le soleil brûle les
rétines, le sel de la peur se mêle à celui de
la sueur, la chaleur plombe les esprits, réveille les corps,
les sens, la sauvagerie tapie en chacun, qui trouve écho
dans les « rires frénétiques »
des Kookaburra tournoyant au-dessus des têtes. Page après
page, le dépaysement opère et le vertige augmente
: nulle échappatoire dans cette fournaise, nul espoir de
survie.
Les personnages,
loin de rester en surface, vivent et respirent sous nos yeux. Lesley
Glaister cisèle des dialogues efficaces, truffés de
non-dits, d’ambiguïté, où transparaissent
la perversité de Larry — passé maître
dans l’art de la manipulation —, rapports de force et
jeux de séduction. Quant à Graham, l’auteur
réussit à camper un personnage masculin contemporain,
inconstant et immature, éternel adolescent, pendant parfait
d’une Cassie, courageuse et terre-à-terre, motivée
par le besoin de construire amour et famille, même dans l’effort
et les compromis.
As far as you can go, titre original,
reflète bien l’état d’esprit de chacun
des membres de ce quatuor planté au bout du monde, poussé
à bout, au bout d’eux-mêmes, et dont Mara, mi-démon,
mi-femelle, en est sûrement la figure la plus étonnante.
Vous l’aurez compris, la lecture de ce livre s’apparente
plus à la décharge électrique qu’au simple
frisson, alors… Pourrez-vous aller jusqu’au bout
?!
Maïa
Brami
(mai 2006)
Née
en 1976, Maïa Brami
est écrivain — pour petits, moyens et grands! —
et journaliste. En parallèle aux ateliers d'écriture
dans les écoles et lycées, elle anime une chronique
hebdomadaire sur la littérature Jeunesse dans l'émission
Au fil des pages, diffusée sur les ondes de RCF.
Après un premier roman, Vis ta vie Nina (Grasset
Jeunesse, Prix Chronos 2002) elle a reçu en juin 2005 le
Prix Matti Chiva de l'Institut Danone pour un album, Goûte
au moins! (éditions Circonflexe).
Derniers titres paru : Mon arbre ami illustré par
Ingrid Monchy (Les albums Duculot, Casterman, 2005) et un roman,
Norma (Folies d'Encre, 2006)

http://www.belfond.fr/
lire
aussi
Partial Eclipse (Bloomsbury,
2003)
Bloomsbury
http://www.bloomsburymagazine.com
http://www.contemporarywriters.com/authors/?p=auth183
|