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Souvenirs
imaginaires en liberté
Une jeune femme
se raconte et laisse le champ libre à son imagination ; emprisonnée
pour un crime dont on ne sait rien, elle est en cellule d'isolement
pour quelques jours et la monotonie de l'enfermement réveille
en elle des souvenirs brûlants : sa grand-mère qui
l'a élevée, son grand-père naturiste et surtout,
un soir de Noël passé dans une sinistre pension de famille
: elle a vingt ans et rencontre Tom, un homme marié qui a
trente ans de plus qu'elle mais qui succombe allègrement
à la jeunesse de Jenny. De fil en aiguille, leur passion
éclate, se nourrit d'elle-même puis se délite,
inexorablement, tandis que Jenny décide de tout quitter pour
lui.
Afin
d'échapper à la souffrance qu'engendrent ces réminiscences
et à la folie qui semble par instants la gagner, Jenny
la prisonnière s'évade différemment, réinventant
l'histoire de son ancêtre Peggy : une autre jeune femme
d'un autre temps, qui aurait été déportée
vers l'Australie (une "chance" accordée à
certains condamnés à mort) pour avoir volé
un paon : Jenny n'en sait pas plus mais se satisfait de ce matériau
pour se lancer, avec frénésie, dans un récit
imaginaire douloureux.
Ainsi, sans autre indication qu'un saut de ligne, l'on passe
d'une histoire à l'autre, de Peggy à Jenny, d'une
morne cellule aseptisée à un navire insalubre,
des chambres d'hôtels lugubres où Tom et jenny
se rencontraient au vaste océan. Les réalités
- peut-être les rêveries remémorées
et imaginées - se superposent et s'entrechoquent, suivent
leur cours vers un dénouement peu surprenant, tout en
demeurant en dehors de la "vraie" vie - que Jenny
n'a jamais su vivre. |
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La narratrice
n'attend aucune rédemption et ces journées passées
dans l'isolement le plus total n'auront pas l'effet escompté
(elle ne se repent pas de ses actes - pas plus que Peggy) mais lui
permettent de prendre un nouveau départ. A travers ce personnage
ambivalent - qui se dit profondément mauvais mais dont la
grande naïveté est parfois touchante - Lesley Glaister
explore avec talent le thème du souvenir, transformé
ou recréé (mais nécessairement perverti par
la conscience), le rapprochant sans cesse des pouvoirs de l'imagination
et de l'idée de créativité naissante ; dans
le même temps, l'auteure examine sans merci la violence des
passions humaines : la fascination (celle de Jenny pour Tom et,
en parallèle, celle de Peggy pour le paon et pour son fils),
la frustration de l'enfermement, qui ne se résume pas nécessairement
à l'emprisonnement physique du corps dans un lieu clos :
ce dernier peut être contrecarré - car l'esprit reste
libre - et paradoxalement, la vraie liberté n'est pas toujours
là où l'on croit qu'elle se trouve, elle peut n'être
que partielle - comme l'éclipse du titre - et s'échappe
quand on croit la posséder : en témoignent les destins
croisés de Jenny et de Peggy, toutes deux prisonnières
de leurs désirs.
Ce beau roman, aussi étouffant que The private
parts of women, mêle avec talent réalisme
social et pérégrinations intimes, sans se départir
d'un ton brutal et d'un cynisme très noir : sa parution en
paperback permettra d'attendre patiemment le prochain roman
de Lesley Glaister, Ladder trick, prévu
pour mars 2004.
Blandine
Longre
(novembre
2003)

lire
aussi
Soleil de plomb
Belfond, 2006
Bloomsbury
http://www.bloomsburymagazine.com
http://www.contemporarywriters.com/authors/?p=auth183
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