de Aktan Abdykalykov
France/Kirghizistan/Japon, 2001, durée 1h38

Sélection officielle
Un Certain Regard Cannes 2001

Sortie le 23 janvier 2002


avec Mirlan Abdykalykov, Sergej Golovkin, Dzylkyck Dzakypov

Aktan Abdykalykov poursuit une quête cinématographique enracinée à sa propre biographie: après l'enfance dans La Balançoire, l'adolescence dans Le Fils adoptif, Le Singe aborde la jeunesse du cinéaste (joué dans ce film par son fils Mirlan!).
Dans un village kirghiz, un jeune garçon appelé par ses amis "Le Singe" à cause de ses oreilles décollées, attend son incorporation pour le service militaire. Dans cette parenthèse temporelle un peu irréelle, le Singe vit ses premiers émois amoureux et tend peu à peu à se libérer de ses attaches anciennes (famille, village natal, etc.). On le voit avec ses camarades lors de "surprises-parties" ou de canulars organisés, sur son lieu de travail avec son équipe (il travaille à la réparation de voies ferrées), au sein de sa famille avec son père ivrogne et violent, sa sœur et sa mère (qui quitteront bientôt le foyer)…
Chaque séquence est une pièce de puzzle, celui de l'enfance du cinéaste : une mémoire fragmentée en éléments épars et parfois incohérents. Certaines scènes se montrent comme inachevées, voire comme des impasses.

Ce travail sur la mémoire est aussi le parcours d'un labyrinthe, ou, mieux encore, la restauration de vestiges ou de graffitis, sans qu'il soit toujours possible d'établir des relations entre ces éléments. Ce film ressemble au livre de Nathalie Sarraute, Enfance, avec ses blocs d'enfance discontinus, ses paragraphes creusés d'espaces vierges et d'oublis, ses cheminements hors de son propre passé ou de sa propre individualité.

Le cadre d'Abdykalykov a d'ailleurs la dureté de la pierre : souvent fixe, alternant sans raccord plans serrés et plans larges au grand angle, ponctionnant des morceaux de réel avec violence. Au sein de ce cadre, quelques signes peu nombreux, épurés. Une puissance sourde, voire muette (il n'y a quasiment pas de dialogues), traverse ce film minéral. Oreilles décollées, yeux grands ouverts, le singe vibre aux rythmes de la terre et des steppes, de la violence des hommes, des chants d'Eros et des appels du lointain (une ligne de fuite, un hors champ toujours "pressants" : qu'y a-t-il derrière la butte, aux confins de la voie ferrée?).

Jean-Emmanuel Denave
(janvier 2002)

http://www.france.diplomatie.fr/culture/france/cinema/fdsud/fds01/film10.html

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