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avec Mirlan Abdykalykov, Sergej Golovkin, Dzylkyck Dzakypov
Aktan Abdykalykov poursuit une quête cinématographique
enracinée à sa propre biographie: après l'enfance
dans La Balançoire, l'adolescence dans Le
Fils adoptif, Le Singe aborde la jeunesse
du cinéaste (joué dans ce film par son fils Mirlan!).
Dans un village kirghiz, un jeune garçon appelé par
ses amis "Le Singe" à cause de ses oreilles décollées,
attend son incorporation pour le service militaire. Dans cette parenthèse
temporelle un peu irréelle, le Singe vit ses premiers émois
amoureux et tend peu à peu à se libérer de
ses attaches anciennes (famille, village natal, etc.). On le voit
avec ses camarades lors de "surprises-parties" ou de canulars
organisés, sur son lieu de travail avec son équipe
(il travaille à la réparation de voies ferrées),
au sein de sa famille avec son père ivrogne et violent, sa
sur et sa mère (qui quitteront bientôt le foyer)
Chaque séquence est une pièce de puzzle, celui de
l'enfance du cinéaste : une mémoire fragmentée
en éléments épars et parfois incohérents.
Certaines scènes se montrent comme inachevées, voire
comme des impasses.
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Ce
travail sur la mémoire est aussi le parcours d'un labyrinthe,
ou, mieux encore, la restauration de vestiges ou de graffitis,
sans qu'il soit toujours possible d'établir des relations
entre ces éléments. Ce film ressemble au livre
de Nathalie Sarraute, Enfance, avec ses blocs
d'enfance discontinus, ses paragraphes creusés d'espaces
vierges et d'oublis, ses cheminements hors de son propre passé
ou de sa propre individualité. |
Le cadre d'Abdykalykov
a d'ailleurs la dureté de la pierre : souvent fixe, alternant
sans raccord plans serrés et plans larges au grand angle,
ponctionnant des morceaux de réel avec violence. Au sein
de ce cadre, quelques signes peu nombreux, épurés.
Une puissance sourde, voire muette (il n'y a quasiment pas de dialogues),
traverse ce film minéral. Oreilles décollées,
yeux grands ouverts, le singe vibre aux rythmes de la terre et des
steppes, de la violence des hommes, des chants d'Eros et des appels
du lointain (une ligne de fuite, un hors champ toujours "pressants"
: qu'y a-t-il derrière la butte, aux confins de la voie ferrée?).
Jean-Emmanuel
Denave
(janvier 2002)

http://www.france.diplomatie.fr/culture/france/cinema/fdsud/fds01/film10.html
http://www.hautetcourt.com
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