| Comédiens
Mahaut D'Arthuys, Juliette Delfau, Muriel Gaudin, Marianne Pommier,
Anne-Valérie Soler, Hélène Viviès,
Jérémie Chaplain, Xavier Chevereau, Simon
Delétang, Fabrice Lebert, Cédric Michel,
Anthony Poupard, Sidney Wernicke, Cédric Zimmerlin |
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Contrairement
à la démesure de certaines productions auxquelles
l'ENSATT nous avaient habitués (Preparadise
Sorry Now, ou Monsieur
de Pourceaugnac), cette adaptation du célèbre
roman de Dostoïevski brille par sa sobriété :
décor quasi nu, quelques accessoires seulement, des costumes
pour la plupart ternes, une scène toute en longueur, où
les déplacements des comédiens sont chorégraphiés,
un fond lumineux où leurs silhouettes se détachent
; une mise en scène épurée, à l'image
de la rigueur philosophique du texte, et qui sert parfaitement ce
théâtre d'idées. Ainsi, le texte prédomine,
joué dans une atmosphère oppressante et empreinte
de noirceur, de pessimisme et de désespoir humain.
Dans une Russie de la fin du XIXe siècle en quête d'un
nouvel avenir, de grands troubles se préparent, des débats
théoriques et doctrinaires font rage et une société
secrète, composée d'étudiants et de jeunes
bourgeois, tente de mettre en application des thèses fumeuses,
tout en ourdissant d'obscurs projets. Mais l'intrigue est multiple
et ne se construit pas uniquement autour du politique ; la première
partie de l'adaptation est centrée sur le personnage de Nikolaï
Vsévolodovitch Stavroguine, un jeune aristocrate qui revient
chez lui après une longue absence ; à son retour,
un scandale couve et manque de tacher l'honneur de sa mère
: son fils aurait secrètement épousé, quelques
années plus tôt, une jeune boiteuse un peu folle, Maria
Lébiadkina, dont le frère ivrogne chercherait à
s'approprier la pension offerte par Nikolaï. Mais ce dernier,
mi-ange mi-démon, est tout particulièrement attendu
par Piotr Stepanovitch Verkhovenski, chef de la société
secrète, qui voit en lui un messie, le "soleil"
indispensable à la construction d'une nouvelle Russie...
La trame se complexifie sans cesse, de nouveaux personnages apparaissent,
des bouleversements et des revirements psychologiques se succèdent
et les masques tombent, parfois brutalement. Derrière le
sourire enjôleur, faussement humain et généreux
de Nikolaï, se dissimule un gouffre de cynisme et de mépris,
un nihilisme désabusé, une absence de toute valeur
morale qui donne à ses actes et à ses paroles une
impression de vide, à la limite de l'absurde. Il ne croit
plus en rien et ses défenses se brisent, alors que tous les
autres n'ont cessé de croire en lui, faisant de lui une créature
charismatique. Piotr, quant à lui, joue très bien
le dandy, le libertin sans vergogne, mais croit encore à
ses projets politiques : il se métamorphose peu à
peu en manipulateur enfiévré, en habile instigateur
de l'action ; il oscille entre socialisme athée et nihilisme,
n'hésitant pas à sacrifier des vies à ses dérisoires
machinations. Les personnages, torturés, se comportent davantage
en marionnettes, en pantins robotisés, qu'en humains, sans
but précis ni espoir ; les joutes verbales, véritables
duels, opposent les forts aux faibles dans des rapports sado-masochistes
qui vont en s'accentuant.
Paradoxalement, ce sont les aspects obscurs de l'intrigue qui maintiennent
le spectateur aux aguets et alimentent tension et suspense, accentués
par le sinistre décor et une lancinante musique ; Les Démons
est une pièce âpre, où cruauté et sarcasme
font bon ménage, un drame crépusculaire où
l'on débat surtout de l'existence de Dieu et des irrémédiables
conséquences de tout fanatisme ; et l'on se dit alors que
les promesses apocalyptiques que contient le texte, écrit
en 1871, font de l'auteur un terrible visionnaire...
B.
Longre
(février 2002)
"Nous
ne voulons pas que notre spectacle reste au niveau des thèmes
philosophiques généraux ; au contraire, ça
devient plutôt une espèce de polar psychologique
ou une farce tragique théâtrale. Ce n'est pas une
histoire obscure et lointaine, qui appartient au XIXe siècle
- non, c'est quelque chose qui peut nous arriver - ou, au moins,
c'est un sujet qui peut se développer autour de nous.
Ce nihilisme, cette négation totale, qui détruit
tout, qui veut tout brûler, tout anéantir est malheureusement
devenu la circonstance donnée (au sens théâtral)
de notre vie à tous."
Sergueï Golomazov |
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Dostoïevski
http://perso.wanadoo.fr/cl/dosto.htm
http://www.aei.ca/~claudej/dosto.html
Adaptation
de Crimes et châtiments
http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3246--253715-,00.html
L'ENSATT
http://www.artotal.com/form/ensatt.htm
http://www.ensatt.fr
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