de Fédor Dostoïevski

à l'ENSATT
Du 18 février au 2 mars 2002

Du lundi au samedi à 20h

Adaptation Sergueï Golomazov
et Natacha Isaeva
Mise en scène Sergueï Golomazov

Avec la 61ème promotion


Comédiens Mahaut D'Arthuys, Juliette Delfau, Muriel Gaudin, Marianne Pommier, Anne-Valérie Soler, Hélène Viviès, Jérémie Chaplain, Xavier Chevereau, Simon Delétang, Fabrice Lebert, Cédric Michel, Anthony Poupard, Sidney Wernicke, Cédric Zimmerlin

Contrairement à la démesure de certaines productions auxquelles l'ENSATT nous avaient habitués (Preparadise Sorry Now, ou Monsieur de Pourceaugnac), cette adaptation du célèbre roman de Dostoïevski brille par sa sobriété : décor quasi nu, quelques accessoires seulement, des costumes pour la plupart ternes, une scène toute en longueur, où les déplacements des comédiens sont chorégraphiés, un fond lumineux où leurs silhouettes se détachent ; une mise en scène épurée, à l'image de la rigueur philosophique du texte, et qui sert parfaitement ce théâtre d'idées. Ainsi, le texte prédomine, joué dans une atmosphère oppressante et empreinte de noirceur, de pessimisme et de désespoir humain.
Dans une Russie de la fin du XIXe siècle en quête d'un nouvel avenir, de grands troubles se préparent, des débats théoriques et doctrinaires font rage et une société secrète, composée d'étudiants et de jeunes bourgeois, tente de mettre en application des thèses fumeuses, tout en ourdissant d'obscurs projets. Mais l'intrigue est multiple et ne se construit pas uniquement autour du politique ; la première partie de l'adaptation est centrée sur le personnage de Nikolaï Vsévolodovitch Stavroguine, un jeune aristocrate qui revient chez lui après une longue absence ; à son retour, un scandale couve et manque de tacher l'honneur de sa mère : son fils aurait secrètement épousé, quelques années plus tôt, une jeune boiteuse un peu folle, Maria Lébiadkina, dont le frère ivrogne chercherait à s'approprier la pension offerte par Nikolaï. Mais ce dernier, mi-ange mi-démon, est tout particulièrement attendu par Piotr Stepanovitch Verkhovenski, chef de la société secrète, qui voit en lui un messie, le "soleil" indispensable à la construction d'une nouvelle Russie...
La trame se complexifie sans cesse, de nouveaux personnages apparaissent, des bouleversements et des revirements psychologiques se succèdent et les masques tombent, parfois brutalement. Derrière le sourire enjôleur, faussement humain et généreux de Nikolaï, se dissimule un gouffre de cynisme et de mépris, un nihilisme désabusé, une absence de toute valeur morale qui donne à ses actes et à ses paroles une impression de vide, à la limite de l'absurde. Il ne croit plus en rien et ses défenses se brisent, alors que tous les autres n'ont cessé de croire en lui, faisant de lui une créature charismatique. Piotr, quant à lui, joue très bien le dandy, le libertin sans vergogne, mais croit encore à ses projets politiques : il se métamorphose peu à peu en manipulateur enfiévré, en habile instigateur de l'action ; il oscille entre socialisme athée et nihilisme, n'hésitant pas à sacrifier des vies à ses dérisoires machinations. Les personnages, torturés, se comportent davantage en marionnettes, en pantins robotisés, qu'en humains, sans but précis ni espoir ; les joutes verbales, véritables duels, opposent les forts aux faibles dans des rapports sado-masochistes qui vont en s'accentuant.
Paradoxalement, ce sont les aspects obscurs de l'intrigue qui maintiennent le spectateur aux aguets et alimentent tension et suspense, accentués par le sinistre décor et une lancinante musique ; Les Démons est une pièce âpre, où cruauté et sarcasme font bon ménage, un drame crépusculaire où l'on débat surtout de l'existence de Dieu et des irrémédiables conséquences de tout fanatisme ; et l'on se dit alors que les promesses apocalyptiques que contient le texte, écrit en 1871, font de l'auteur un terrible visionnaire...

B. Longre
(février 2002)

"Nous ne voulons pas que notre spectacle reste au niveau des thèmes philosophiques généraux ; au contraire, ça devient plutôt une espèce de polar psychologique ou une farce tragique théâtrale. Ce n'est pas une histoire obscure et lointaine, qui appartient au XIXe siècle - non, c'est quelque chose qui peut nous arriver - ou, au moins, c'est un sujet qui peut se développer autour de nous. Ce nihilisme, cette négation totale, qui détruit tout, qui veut tout brûler, tout anéantir est malheureusement devenu la circonstance donnée (au sens théâtral) de notre vie à tous."
Sergueï Golomazov

ENSATT
04 78 15 05 07
4 rue Sœur Bouvier
69005 Lyon

Autres pièces
L'île des esclaves de Marivaux
Monsieur de Pourceaugnac de Molière
Roberto Zucco de Koltès (octobre 2001)

L'éveil du printemps (Frank Wedekind)
Répétition Publique
(Enzo Cormann)
Preparadise Sorry Now (Fassbinder)
La bonne âme du Setchouan (Brecht)




Dostoïevski
http://perso.wanadoo.fr/cl/dosto.htm
http://www.aei.ca/~claudej/dosto.html

Adaptation de Crimes et châtiments
http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3246--253715-,00.html

L'ENSATT
http://www.artotal.com/form/ensatt.htm
http://www.ensatt.fr