Les B@lges
Lansman Editeur
collection « Nocturnes Théâtre »,
décembre 2002.

 

Le lieu est précaire : une baraque de boxe, quelques caravanes... une sorte de théâtre dans le théâtre, plateau fragile et provisoire comme tout lieu où les hommes jouent leur destin. Sous l’autorité d’une femme de tête au nom brutal, Uppercut, s’agitent et tergiversent, s’attirent et se repoussent, s’aiment et se séparent des personnages représentatifs (socialement, culturellement, psychologiquement) de la diversité de l’humanité, de son accablement, de ses questionnements, de ses frivolités, de son acharnement à vivre, ou à donner l’impression de vivre. Une humanité belge, certes, mais n’est-elle pas de tous pays (dans le titre, la voyelle électronique est l’image même de la communication virtuelle mondialisée) ?

Il y a beaucoup de choses, dans ces 23 tableaux, sur le mode de l’allusion ou de la satire ouverte, de l’ironie bienveillante à la dénonciation : la religion, le « pot belge » des sportifs, la langue de bois des politiques, la nostalgie du passé, le bilinguisme, la nouveauté à tout prix, le pessimisme désespéré, l’optimisme envers et contre tout... Et des gens qui disparaissent, qui monologuent dans leur coin mais qu’on ne veut pas entendre (alors qu’on écoute les morts), qu’on recherche plus ou moins jusqu’à ce qu’on disparaisse soi-même.


Jean-Marie Piemme


Paul Pourveur

Beaucoup de choses, sur le mode d’un théâtre vivant où les questions sont posées sans en avoir l’air, où les réponses pointent le nez sans convaincre parce qu’on préfère s’arranger entre soi, s’installer dans le provisoire. « C’est une vision qu’il nous manque. Mais il n’y a plus de vision », reconnaît Uppercut qui elle-même, comme d’autres, s’évanouira dans le virtuel, alors que les rescapés se répètent à l’envi : « Tout va bien, tout va bien, restons armés, que rien ne change ».

Les éditions Lansman, spécialisées dans les publications théâtrales (ce volume est le 124ème de la collection) ont encore une fois opéré un choix intéressant, avec cette pièce écrite par deux vrais dramaturges, dont l’œuvre est reconnue aussi bien en Belgique qu’à l’étranger.

Jean-Pierre Longre
(février 2003)

Jean-Pierre Longre, enseignant en littérature du XXème siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains contemporains et sur la comparaison des langages littéraire et musical. Il a participé à l'édition des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

 

http://www.lansman.org/