Un film de Serge Le Péron.
Musique de Antoine Duhamel

1h34 /2000 / France
sortie le 13 septembre 2000


avec : Jean-Pierre Léaud, Irène Jacob, Mathieu Amalric, Philippe Khorsand, Dominique Reymond et Hélène Surgère

François Marcorelle (Jean-Pierre Léaud), juge d'instruction à Chambéry, assiste à la projection d'un vieux film dans un cinéma d'art et d'essai. Soudain sa voisine glisse une main sur sa cuisse, penche la tête sur son épaule, avant de s'effondrer, morte. La salle s'allume et les spectateurs désignent du doigt Marcorelle en criant : " C'est lui le coupable " !
Cette scène s'avère un cauchemar. Elle ouvre le film de Serge Le Péron où Léaud campe un personnage de magistrat névrosé, au complexe de culpabilité inextinguible. De plus son passé d'ex-gauchiste en Mai 68 intensifie sa mauvaise conscience vis à vis de son métier d'homme de loi et de sa nouvelle existence bourgeoise.
Ses remords se font d'autant plus insistants qu'il est en charge d'une affaire où le principal inculpé pourrait l'avoir rencontré dans le bidonville de Nanterre en 68. Fourcade (Mathieu Almaric), jeune avocat très ambitieux, exploitera sournoisement les ambiguïtés du juge.

Un second épisode achèvera de plonger Marcorelle dans la tourmente. Après avoir dîné dans un restaurant turc, il raccompagne la serveuse, Anieska (Irène Jacob), jusque chez elle. Celle-ci l'entraîne dans sa chambre où son soi-disant père les découvre. Marcorelle l'assomme afin de protéger Anieska, et s'enfuit avec, cette fois-ci, la certitude d'avoir commis un meurtre.

Comédie ou drame, " L'affaire Marcorelle " se veut l'investigation du sentiment de culpabilité d'un homme, et voudrait s'inscrire dans la lignée des films d'Hitchcock. Mais ici le scénario devient rapidement incompréhensible et gratuitement embrouillé.
Léaud parvient à donner épaisseur et ambivalence à son personnage et c'est peut-être le seul intérêt du film (bien que l'on puisse lui reprocher de ne jouer que du Léaud). Pour le reste " L'affaire Marcorelle " verse dans une théâtralité figée, fade et sans rythme.
Le regard porté sur Mai 68 et ses prolongements actuels (sujet peu novateur) est désespérément ironique et empreint de fatalisme.
Le second degré, à peine voilé, où Léaud est aussi juge du cinéma français, n'aboutit qu'à de lourdes oeillades en direction de quelques cinéphiles. Certes Léaud est une icône d'un certain cinéma mais ici au service d'une affaire un peu trop privée. Pour s'en persuader il suffit de voir le dernier film de Clint Eastwood (Space Cowboys), icône lui-aussi, et la manière infiniment plus drôle et légère avec laquelle il tord et utilise son image.

Jean-Emmanuel Denave

 

Avec Jean-Pierre Léaud : Le Pornographe (2001)

Interview du réalisateur en real audio
http://www.filmfestivals.com/cannes_2000/filmfestivals
_tvfr/interviews/leperonf.shtml

A propos du film
http://www.checkout.com/movies/title/review/0,7696,1989484,00.html

La musique du film (Antoine Duhamel) en écoute http://www.admstudio.com/n000201.shtml