Les
agités de la couronne
Le règne
de Léopold III fut le plus court mais également le
plus controversé de l’histoire de Belgique. Arrivé
au trône suite au décès accidentel (?) d’Albert
Ier, le jeune monarque se voit investi d’une lourde responsabilité
: reprendre dignement la succession du mythe laissé par son
père, celui du Roi Chevalier, indéfectiblement proche
de son peuple, même en les circonstances les plus tragiques.
Léopold
n’a que trente-trois ans lorsqu’il prête serment
le 23 février 1934, et le contexte politique de l’époque
n’est guère à la sérénité.
Les crises gouvernementales se succèdent (en six ans, la
Belgique comptera pas moins de huit remaniements ministériels)
et les effets du déficit économique international,
consécutif au krach de 1929, se font sentir. Autant dire
que le parlementarisme souffre d’un discrédit dont
s’empressent de profiter les agitateurs de tout bord, à
commencer par Léon Degrelle et son programme de « Chasse
à mort aux pourris ». Entre front populaire et dictature
fasciste, les cœurs commencent à balancer…
Rien d’étonnant
donc à ce qu’une frange de l’opinion se déclare
en faveur d’une reprise en main autoritaire des rênes
du pouvoir, que le Roi, figure fédératrice par excellence
des forces vives de la nation, serait seul capable d’assumer.
Émerge alors un courant néo-monarchiste, certes minoritaire
et éclaté, mais qui aura un indéniable poids
sur la tournure des événements jusqu’à
la défaite de Mai 1940.
Grâce
à Sébastien Cokaiko, nous redécouvrons cette
nébuleuse que constituèrent ceux qu’il surnomme
« Les Fous du Roi ». Une appellation justifiée,
dans la mesure où nombre d’individus ou de groupuscules
se réclamant de cette tendance se montreront souvent plus
royalistes que le souverain lui-même !
De Réaction,
animé par Fernand Neuray depuis 1932, au corporatisme prôné
par Charles Anciaux, du cercle La Tour du Pin au périodique
Va partout, de l’Action Nationale Populaire au Front
Unique de Labrique, Cokaiko élabore la généalogie
de l’Ordre Nouveau en Belgique. Un arbre aux ramifications
complexes, aux boutures parfois inattendues et dont les racines
plongent profondément dans le terreau du maurrassisme voisin.
L’ouvrage
clarifie les rapports entretenus par le Palais avec ces jeunes partisans
enflammés. Il montre aussi comment une ébauche de
culte de la personnalité à l’égard de
Léopold III s’est constituée à travers
une iconographie populaire qui aurait pu virer à l’idolâtrie
si l’histoire n’avait pas pris le tour que l’on
sait. Devenu veuf en 1935 de sa première épouse, la
vénérée Reine Astrid, le roi perdra doublement
de son crédit en acceptant, durant la Deuxième Guerre
mondiale, de rencontrer Hitler au Berghof et de se remarier avec
Liliane Baels, d’ascendance germanique. Suite à la
très houleuse « Question royale », il sera contraint
d’abdiquer en 1951, en faveur de Beaudouin.
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L’ouvrage
de Sébastien Cokaiko présente un intérêt
indéniable, car il dépoussière un aspect
méconnu de l’histoire belge. Malheureusement,
il souffre d’être trop peu étayé
en références. N’aurait-il pas été,
par exemple, intéressant de citer plus de textes
de néo-monarchistes afin de voir notamment ce qui
les liait au modèle français ou les en éloignait
? Ou encore de mentionner le destin qu’allaient connaître
tous ces agités de la couronne durant l’Occupation
? Une introduction appréciable donc, mais qui gagnerait
sans doute à être amplifiée.
Frédéric
Saenen
(mars 2008)
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Frédéric
Saenen, licencié
en philologie romane, professeur de français-langue étrangère,
auteur et poète, collabore à de nombreuses revues
de poésie ou de critique littéraire, en Belgique et
en France et participe régulièrement à des
lectures publiques. Depuis mai 2003, avec Frédéric
Dufoing, il anime Jibrile,
revue de critique littéraire et politique.

http://www.lucpire.be/
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