Léopold III. 1934-1940
Sébastien Cokaiko

Luc Pire , 2008

 

 

 

Les agités de la couronne

Le règne de Léopold III fut le plus court mais également le plus controversé de l’histoire de Belgique. Arrivé au trône suite au décès accidentel (?) d’Albert Ier, le jeune monarque se voit investi d’une lourde responsabilité : reprendre dignement la succession du mythe laissé par son père, celui du Roi Chevalier, indéfectiblement proche de son peuple, même en les circonstances les plus tragiques.

Léopold n’a que trente-trois ans lorsqu’il prête serment le 23 février 1934, et le contexte politique de l’époque n’est guère à la sérénité. Les crises gouvernementales se succèdent (en six ans, la Belgique comptera pas moins de huit remaniements ministériels) et les effets du déficit économique international, consécutif au krach de 1929, se font sentir. Autant dire que le parlementarisme souffre d’un discrédit dont s’empressent de profiter les agitateurs de tout bord, à commencer par Léon Degrelle et son programme de « Chasse à mort aux pourris ». Entre front populaire et dictature fasciste, les cœurs commencent à balancer…
Rien d’étonnant donc à ce qu’une frange de l’opinion se déclare en faveur d’une reprise en main autoritaire des rênes du pouvoir, que le Roi, figure fédératrice par excellence des forces vives de la nation, serait seul capable d’assumer. Émerge alors un courant néo-monarchiste, certes minoritaire et éclaté, mais qui aura un indéniable poids sur la tournure des événements jusqu’à la défaite de Mai 1940.

Grâce à Sébastien Cokaiko, nous redécouvrons cette nébuleuse que constituèrent ceux qu’il surnomme « Les Fous du Roi ». Une appellation justifiée, dans la mesure où nombre d’individus ou de groupuscules se réclamant de cette tendance se montreront souvent plus royalistes que le souverain lui-même !
De Réaction, animé par Fernand Neuray depuis 1932, au corporatisme prôné par Charles Anciaux, du cercle La Tour du Pin au périodique Va partout, de l’Action Nationale Populaire au Front Unique de Labrique, Cokaiko élabore la généalogie de l’Ordre Nouveau en Belgique. Un arbre aux ramifications complexes, aux boutures parfois inattendues et dont les racines plongent profondément dans le terreau du maurrassisme voisin.

L’ouvrage clarifie les rapports entretenus par le Palais avec ces jeunes partisans enflammés. Il montre aussi comment une ébauche de culte de la personnalité à l’égard de Léopold III s’est constituée à travers une iconographie populaire qui aurait pu virer à l’idolâtrie si l’histoire n’avait pas pris le tour que l’on sait. Devenu veuf en 1935 de sa première épouse, la vénérée Reine Astrid, le roi perdra doublement de son crédit en acceptant, durant la Deuxième Guerre mondiale, de rencontrer Hitler au Berghof et de se remarier avec Liliane Baels, d’ascendance germanique. Suite à la très houleuse « Question royale », il sera contraint d’abdiquer en 1951, en faveur de Beaudouin.

 

L’ouvrage de Sébastien Cokaiko présente un intérêt indéniable, car il dépoussière un aspect méconnu de l’histoire belge. Malheureusement, il souffre d’être trop peu étayé en références. N’aurait-il pas été, par exemple, intéressant de citer plus de textes de néo-monarchistes afin de voir notamment ce qui les liait au modèle français ou les en éloignait ? Ou encore de mentionner le destin qu’allaient connaître tous ces agités de la couronne durant l’Occupation ? Une introduction appréciable donc, mais qui gagnerait sans doute à être amplifiée.

Frédéric Saenen
(mars 2008)

Frédéric Saenen, licencié en philologie romane, professeur de français-langue étrangère, auteur et poète, collabore à de nombreuses revues de poésie ou de critique littéraire, en Belgique et en France et participe régulièrement à des lectures publiques. Depuis mai 2003, avec Frédéric Dufoing, il anime Jibrile, revue de critique littéraire et politique.

 

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