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Naufragés
Pietro Querini,
Cristoforo Fioravante
& Nicolò de Michiel
Trad. du vénitien par
C. Judde de Larivière
Editions Anacharsis

Brèves n°72
Actualité de la nouvelle
L'Ateliers du Gué

Fin
d’après-midi
de Grecia Cáceres
Trad.de l’espagnol (Pérou) par J-M.
Saint-Lu
Editions L'éclose

Un
éléphant fou furieux
de J-M. Agrati
Editions La Dragonne

Images politiques
de Raymond Depardon
Editions La Fabrique

Autofiction et autres
mythomanies littéraires
de Vincent Colonna
éditions Tristram

L’art de la fugue
de Sergio Pitol
Trad. de l’espagnol (Mexique) par
Martine Breuer
Passage du Nord-Ouest

Peter Ibbetson
de Georges du Maurier
Traduit de l’anglais
par L. Escoube
et J. Collard
éditions L’or des fous
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Comment
est ensuite venue l’idée de proposer des espaces
Internet aux éditeurs indépendants ? Lesquels
ont adhéré d’emblée au projet ?
La naissance
des espaces des éditeurs indépendants date de
septembre 2003. Il paraissait évident que beaucoup
d’éditeurs indépendants partageaient les
mêmes problématiques (comment accentuer sa présence
en librairie, se laisser découvrir par le grand public
?), mais agissaient de manière isolée.
Dès lors, il paraissait pertinent de travailler sous
la forme d’un collectif informel, qui avance de manière
pragmatique. Chaque éditeur de lekti dispose d’un
espace qu’il peut alimenter de manière autonome,
et ce service est offert par lekti afin de pouvoir accueillir
les structures éditoriales les plus fragiles, du point
de vue économique. Lekti permet également aux
éditeurs de mieux se connaître entre eux, d’instaurer
un dialogue, un échange, et de s’interroger mutuellement
sur la situation actuelle du monde du livre en France.
Les espaces de l’édition indépendante
ont été fondés avec deux éditeurs,
le Passage du Nord-Ouest et Anacharsis, rencontrés
grâce à la complicité de la
librairie Floury, à Toulouse. La proximité
entre ces deux structures éditoriales et lekti ne s’est
pas démentie au cours du temps, facilitée en
cela par la géographie. Le projet lekti est basé
sur Toulouse, Anacharsis l’est également. Quant
au Passage du Nord-Ouest, cette maison d’édition
est située à Albi, non loin de Toulouse.
Le reste est affaire de rencontres. Il nous paraît important
de connaître les éditeurs qui intègrent
lekti, non seulement du point de vue de leur catalogue, mais
tout autant sur le plan humain.
Avez-vous
des critères de choix particuliers ?
Les éditeurs
associés à lekti le deviennent en raison de
critères simples : la rigueur du travail éditorial
mené, et les qualités humaines des responsables
des maisons d’édition. Maintenant, compte tenu
du succès, nous ne pouvons plus intégrer systématiquement
les éditeurs qui en font la demande.
D’autre part, bien que lekti utilise un médium
particulièrement récent, l’Internet, nous
avons la volonté d’inscrire notre travail dans
la lignée de celui d’éditeurs tels que
tels que José Corti, Edmond Charlot (qui a découvert
et publié Albert Camus ou René Cossery), ou
encore René Rougerie. Ce n’est certainement pas
un hasard si nous avons demandé l’autorisation
de reproduire des extraits de Souvenirs désordonnés,
de José
Corti, aux éditions éponymes. Ce n’est
pas plus un hasard si La fête des ânes ou
la mort du livre de René Rougerie, publié
en 1983, est intégralement disponible à la lecture
sur Contre-feux. Nous avons la volonté de
nous situer dans la lignée de ces grands éditeurs
qui nous ont tant apporté, et continuent de nous interroger
sur notre métier.
Qu’entendez-vous
par la devise empruntée à Cornélius Castoriadis,
que vous citez ci-dessus ?
Les grandes
structures éditoriales sont maintenant sous la coupe
réglée de financiers qui leur demandent des
taux de rentabilité très élevés,
parfois irréalistes. Il faut lire à ce sujet
les deux livres d’André Schiffrin publiés
en France par La Fabrique, L’édition sans
éditeur, tome I et II.
Dès lors, pour atteindre de telles ambitions financières,
imposées par les groupes, les structures éditoriales
favorisent la publication de livres dont les qualités
littéraires demeurent incertaines, mis en place de
manière massive dans les lieux de vente, portés
par une campagne de communication de grande ampleur. Mais
ces livres kleenex disparaissent rapidement, sans laisser
guère de traces.
La
littérature s’accommode mal de la prédominance
de ce « temps court ». Un auteur, un livre, a
besoin de temps pour s’installer, être reconnu.
Faudrait-il ici rappeler que les premiers livres de Samuel
Beckett, publiés aux éditions de Minuit, ne
furent vendus qu’à quelques centaines d’exemplaires
durant de nombreuses années, avant qu’ils ne
finissent par rencontrer leur public ? D'où l'importance,
par ces temps incertains, de mettre en avant cette phrase
de Cornélius Castoriadis.
De
nouveaux éditeurs ont encore rejoint le collectif cette
année ; êtes-vous heureux de ce développement
?
Bien sûr...
Ce n'est certes pas sans poser certains problèmes dus
à la taille atteinte par le collectif. Lekti est une
microstructure, et nous avons près d'une trentaine
d'éditeurs associés. Il est possible que nous
ayons atteint une « masse critique », et que nous
ne puissions pendant quelques mois intégrer d'autres
éditeurs, compte tenu de notre charge de travail. Mais
nous sommes évidemment heureux d'associer régulièrement
d'autres éditeurs à l'aventure, puisqu'il s'agit
avant tout d'une aventure humaine.
Quel
doit être selon vous le rôle d’un éditeur
authentique ?
Un éditeur
est un « passeur de textes », par essence. Il
est celui qui prend en charge les textes afin de les porter
à la connaissance du public, d'en expliquer l'importance,
aidé en cela par les structures de diffusion existantes.
C'est un acteur fragile, responsable d'une structure qui doit
présenter des comptes de manière équilibrée
à la fin de chaque année. Il doit jouer sans
cesse sur un mince fil, à la manière d'un équilibriste,
qui conjugue la volonté de publier des ouvrages qui
vont parfois nécessiter plusieurs années de
travail avant de trouver leur public, et la nécessité
de ne pas mettre en danger sa structure, du point de vue économique.
Vous
venez de mettre en place un système de vente en ligne
(vente indirecte) et de la diffusion des éditeurs que
vous soutenez : qu’espérez-vous de ce grand tournant
?
Nous avons
beaucoup réfléchi, au cours de l'année
2005, aux moyens de pérenniser lekti, en l'absence
d'un soutien, autre que formel, de la part des institutions
culturelles françaises. Nous avons exclu d'emblée
certaines possibilités, telles que la constitution
d'une régie commerciale. Dès lors, nous avons
pensé à commercialiser les livres présentés
par les éditeurs, en partenariat avec une librairie
indépendante, afin de respecter l'ensemble des acteurs
de la chaîne du livre. Dans cette aventure, nous avons
eu la chance de trouver un partenaire de grande qualité,
la librairie Clair-Obscur, située à Albi dans
le Tarn. L'ensemble des livres présentés par
les éditeurs sur les espaces éditeurs de lekti,
soit près d'un millier, sont en stock à la librairie,
ce qui permet à Clair-Obscur de procéder à
l'envoi des livres dans des délais brefs (moins de
72 heures). La mise en place de cette interface commerciale
devrait permettre à lekti – nous le souhaitons
– de trouver sa pérennité économique.
Lekti a été conçu en tant qu'outil de
promotion de la littérature, et le projet reste profondément
ancré dans une démarche non commerciale. Mais
les projets mis en place sont nombreux, et leur coût
est élevé. Nous devons donc trouver des solutions
pertinentes pour assurer la viabilité du projet à
long terme, ce qui représente un vrai défi lorsque
le médium est l'Internet. Les grands quotidiens français
ou anglo-saxons, par exemple, ont longtemps tâtonné,
avant de définir avec quelques certitudes leur modèle
économique pour l'Internet, dans un contexte de crise
de leur formule papier. Ils font appel désormais, de
manière systématique, à la publicité
et surtout à l'accès aux contenus payants, deux
solutions que nous avons d'emblée exclues.
Hormis
cette expansion sur le long terme, des projets ponctuels sont-ils
en cours de réalisation ?
Lekti
est un véritable laboratoire d'idées, le nombre
de projets en cours est toujours assez important. Nous allons
ouvrir dans les semaines qui arrivent les premiers blogs,
avec la volonté d'en confier un certain nombre à
des écrivains. À moyen terme, nous aimerions
également ouvrir à nouveau un annuaire de la
culture sur Internet, un projet qui fut une réalité
pendant près d'un an et demi, mais que nous avons mis
en sommeil par manque de temps.
Quelles
réflexions vous inspire ce que l’on nomme communément
la « crise » du livre ?
Ce que
beaucoup appellent désormais la « crise du livre
» a des origines multiples, et il serait prétentieux
de croire que nous pouvons aborder un sujet aussi vaste en
quelques paragraphes. Mais nous pouvons établir tout
de même quelques jalons, et explorer quelques pistes
d'études.
Tout d'abord, nous pourrions dire que nous ne sommes pas en
face d'une crise « de la chose imprimée »,
puisque le volume de titres publiés est considérable,
en hausse chaque année. Mais derrière cette
apparente vitalité se cache de profonds malaises, des
déséquilibres qui prennent rapidement de l'ampleur.
Le monde du livre connaît de profondes mutations, dont
la plus évidente est l'hyper concentration –
toujours en cours – des maisons d'édition au
sein de grandes structures industrielles de type capitaliste,
dans sa forme la plus sauvage. Hachette, le groupe La Martinière
et Wendel Investissements sont devenus les premiers éditeurs
français. Or, dans ces groupes, ceux qui font les livres
ne sont plus des éditeurs, au sens traditionnel du
terme, mais des équipes commerciales adossés
à des chargés de communication, qui jugent le
texte en fonction de sa capacité à s'écouler
très rapidement dans les tuyaux de la distribution,
aidés en cela par des plans média particulièrement
élaborés. D'où la vogue actuelle, par
exemple, des livres de confessions de star ou de personnalités
people, qui ne se dément pas. Ces livres bénéficient
d'une couverture médiatique très large, assurent
des retours sur investissements rapides pour les grands groupes
industriels, mais ne présentent évidemment aucun
intérêt, du point de vue littéraire ou
artistique. Le capitalisme est rentré en force dans
le monde fragile du livre, ces dernières années.
Ernest-Antoine Seillière, à la tête de
Wendel Investissements et second éditeur en France,
peut affirmer avec tranquillité dans un journal comme
Les Echos que son principal objectif est de faire
passer la rentabilité du groupe d'édition qu'il
a racheté en 2004, Editis, de 6 à 20%.
Face à ces groupes dont la force de frappe est considérable,
les éditeurs indépendants disposent de moyens
limités qui ne leur permettent pas d'atteindre le grand
public, de porter leur travail à la connaissance des
lecteurs. D'autant que les librairies, alliés naturels
et essentiels des éditeurs indépendants, deviennent
minoritaires dans la vente du livre. Selon les chiffres du
Centre National du Livre, dans un rapport mis à jour
chaque année, les librairies ne vendent plus qu'un
livre sur cinq, en France. Les grandes surfaces, les superstores
culturels et maintenant l'Internet, concurrencent de manière
parfois dramatique les librairies françaises. Il s'agit
là d'une tendance lourde, particulièrement inquiétante.
Pensez-vous
que Lekti soit une solution ?
Lekti
explore sans doute quelques voies importantes. Il paraît
essentiel, urgent, de renouer un dialogue entre le grand public
et les éditeurs indépendants. Internet est par
nature un média ouvert, particulièrement adapté
pour aller à la rencontre du grand public. Mais lekti
est une structure encore fragile, qui n'a évidemment
pas la prétention de résoudre les problèmes
que nous avons survolés rapidement. Lekti est une solution,
mais il en faut d'autres, beaucoup d'autres. Il faut savoir
faire preuve de créativité pour reprendre contact
avec le grand public, et pallier par l'inventivité
au manque de moyens financiers.
propos
recueillis en octobre
2005 |