Mes Algéries de France, Carnet de voyages
(Bleu Autour, 2004)

 

 

Visages d’Algérie

Écrit sous l’égide du père algérien, instituteur laïc, et de l’admirable mère française, Mes Algéries en France est un émouvant recueil de courts textes, “carnet de voyages” agrémenté de photographies belles et nombreuses, un livre généreux dans lequel la romancière et nouvelliste Leïla Sebbar transmet avec douceur et simplicité son amour de l’Algérie, de la France, des Algériens et des Français.

Après une plaisante mise en bouche de Michelle Perrot, qui préface le livre et lui confie un témoignage, la plume fraîche de Leïla Sebbar nous emmène pour mille voyages dans ce monde franco-algérien qu’elle affectionne, voyages dans le temps et dans l’espace et voyages dans l’humanité. Au fil des rencontres, cette enquête passionnelle nous “raconte les gens”, leur histoire, quelle qu’elle soit : Algériens de France, Français d’Algérie, voyageurs d’une rive à l’autre de la Méditerranée, Leïla Sebbar leur prête sa voix, mêlant réalité et fiction, conte et récit, drames historiques et poésie éternelle.
Certaines histoires sont plus tristes que d’autres, bien sûr, et la nuance est fine parfois entre la douceur et la douleur du souvenir : la guerre d’Algérie d’il y a cinquante ans (1954-1962), avec ses secrets, ses tragédies encore mystérieuses ; l’islamisme sanglant ; les Zouaves morts pour la France, les tombes musulmanes en mal de reconnaissance parmi les champs de croix chrétiennes de nos cimetières ; les camps désolés des harkis, les pauvres chibanis à la terrasse des cafés... L’historien Pierre Vidal-Naquet participe à cet in memoriam et raconte sa propre expérience des cinquante dernières années, tandis que Leïla Sebbar, sans lâcheté ni agressivité, souligne ce que les Français n’ont pas fait de l’Algérie, et se réjouit de ce que les Algériens font, aujourd’hui encore, de la France. Elle s’insurge contre la République qui s’essouffle, et applaudit l’apport algérien d’énergie, d’idées, de couleurs... pour une France meilleure.

À l’histoire romantique de ses parents, à son histoire de petite fille sensible, puis de femme responsable, voire engagée, Leïla ajoute le récit d’autres vies à la fois ordinaires et exceptionnelles, toujours parlantes.
Dans un français purifié de toute affectation, dans une langue saine et honnête qui n’est pas sans rappeler entre autres la figure tutélaire de la littérature algérienne francophone, Kateb Yacine, l’auteure évoque aussi des visages plus célèbres : Abd el-Kader le fondateur, Pierre Loti l’orientaliste, Mohammed Dib, ou même Zinedine Zidane...

Heureux, malheureux, tous aiment l’Algérie, et Leïla Sebbar les aime tous, chaleureusement, ces frères et sœurs auxquels elle offre ces pages et toute sa belle nostalgie, dans l’attente du retour au pays : “Je saurai que je peux revenir sans crainte ni méfiance au pays de mon père, au pays où je suis née. Personne ne pourra me l’interdire. J’irai, je ne serai pas seule, avec mes sœurs (...) dans le village de l’enfance. Les fleurs du jardin de ma mère, les asperges du jardin de mon père et ses abeilles. Nous serons assises sous la véranda et nous mangerons les figues de l’aube”.

Nicolas Cavaillès
(octobre 2004)

Nicolas Cavaillès, spécialiste de l'œuvre de Cioran, lié à la Roumanie et à sa littérature, poursuit, après des études de lettres et de philosophie, des recherches autour de l'écriture, des manuscrits et de la création artistique (critique génétique).

 

http://www.bleu-autour.com

se procurer l'ouvrage
http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/Mes-Algeries-en-France.html

du même auteur
Sept Filles (Editions Thierry Magnier, 2003)

http://bief.org/?fuseaction=annuaire.editeur&E=7696

http://clicnet.swarthmore.edu/leila_sebbar/

http://www.limag.refer.org/Volumes/Sebbar.htm

http://dzlit.free.fr/sebbar.html